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Par Sabine Pirolt - Mis en ligne le 06.06.2012 à 11:49 |
Sourire franc, yeux bleus et cheveux blonds, Diana Fankhauser a l’air d’une jeune fille comme les autres dans son jean moulant et sa veste noire. Pourtant cette écolière d’Oron-la-Ville a accompli un petit exploit le 6 mai dernier. Pour sa première fête – nom donné aux compétitions de lutte suisse – dans la catégorie «femmes», elle a fini troisième et gagné une couronne. Certaines de ses adversaires comptabilisaient dix ans d’expérience de plus; on ne parle même pas des kilos. «Avant le combat, j’avais peur et j’étais stressée. Mais je me suis dit que je n’avais rien à perdre», raconte la jeune fille, en sirotant un thé froid. Aux dires de son entraîneur Bertrand Pasche, Diana compense sa petite taille et son gabarit peu impressionnant par une volonté de fer, une grande rapidité et beaucoup de technique. Exit les «mastodontes» qui luttent tout en force? C’est l’avis de Raymond Stalder, porte-parole de l’Association fédérale de lutte suisse féminine, forte de 138 membres. «Diana représente une nouvelle génération de lutteuses.» On observe la même évolution chez les hommes: en 2010, Kilian Wenger, 100 kilos, est devenu roi des lutteurs en battant Christian Stucki, 140 kilos, «un poids variable suivant les saisons», est-il précisé sur son site internet. Rarissime. Dimanche 10 juin, fait exceptionnel en Suisse romande, une fête régionale de lutte féminine et masculine est organisée à Oron-la-Ville. Deux cent cinquante lutteuses et lutteurs sont inscrits. D’habitude, les fêtes féminines – environ cinq par année – ont lieu en terre alémanique. Cheffe technique du club de la Haute-Broye, Yasmina Burgy raconte: «Nous avons organisé cette rencontre ici pour Diana. Pour une fois, elle n’aura pas à se rendre jusqu’au fin fond de la Suisse alémanique.» La Vaudoise ne tarit pas d’éloges à son sujet. «Une de ses qualités, c’est l’attaque. Elle s’entraîne une fois par semaine avec les garçons, car il n’y a pas de club pour les filles ici. Contre elle, ils volent! C’est impressionnant de la voir lutter. Elle ne lâche rien, même quand elle est mal prise.» Membre du club, Marc Gottofrey, 18 ans, explique en rigolant: «Certains gars ne font pas les malins face à elle. Diana est endurante et comprend très vite les prises.» Ses huit premières années, la petite Diana les a passées à Beimbach. C’est dans ce village de l’Emmental qu’elle a grandi auprès de sa mère et de ses grands-parents. La lutte fait partie de l’ADN familial: son grand-père était lutteur, tout comme sa mère, ses trois oncles et deux de ses tantes. «L’une d’elles a été deux fois reine de lutte», précise Diana. Sa mère se marie et la nouvelle famille acquiert un domaine agricole à Chesalles-sur-Oron. Une nouvelle vie commence pour la fillette qui ne parle pas un mot de français. Sept ans plus tard, seul un très léger accent rappelle ses origines. En huitième année d’école, elle est à la recherche d’un apprentissage d’assistante en soins communautaires pour devenir éducatrice de la petite enfance par la suite. Sur le chemin de la consécration. Comment ses copains romands perçoivent-ils son activité sportive? «Leur première réaction a été de la confondre avec le catch. Mes copines, elles, trouvent que c’est trop brusque. Mais tous me disent que c’est bien que je fasse de la lutte.» Et l’entraînement avec les garçons? «Au début, en 2007, j’étais gênée, comme eux d’ailleurs. Au-jourd’hui, il n’y a plus de problème, ils m’ont acceptée.» Autre membre du club, Gil Dufey, 15 ans, confirme: «C’est une bonne sportive et elle rigole toujours.» Elle le bat? «C’est moitié-moitié. Perdre contre une fille à l’entraînement c’est ok, mais sur un terrain, devant un public, ce ne serait pas la même chose...» Tout comme leur entraîneur, Gil parie sur Diana: «Dans quelques années, si elle continue comme cela, elle sera reine de lutte.» Oron-la-Ville, salle polyvalente. Dimanche 10 juin, dès 9 h. |









