C’est l’histoire d’un gigantesque malentendu: longtemps, Christoph Blocher a réussi à se profiler comme un champion de l’économie. Et parce que le leader de l’UDC a imposé, de sa trajectoire à la tête de son entreprise EMS-Chemie, un récit héroïque, on a cru qu’il serait aussi un dirigeant politique clairvoyant et d’envergure.
En matière économique, l’UDC zigzague. Le centre droit saura-t-il en profiter?
A droite, surtout. Depuis quelques mois, l’incohérence de ses positions, son opportunisme apparaissent au grand jour. La fascination maladive pour le personnage s’estompe. Les masques tombent.
On passera sur son changement spectaculaire de discours vis-à-vis de la Banque nationale suisse (BNS). Pendant des mois, Christoph Blocher a aligné les attaques sous la ceinture pour déstabiliser son patron Philipp Hildebrand, qui tentait d’enrayer la hausse du franc.
Du pur hooliganisme politicard. Aujourd’hui, il revient sur ses perfidies et appelle à le soutenir. Une volte-face qui prêterait à sourire si la situation n’était pas préoccupante.
Depuis le lancement de l’initiative contre l’immigration de masse, l’ex-conseiller fédéral se trouve aussi en conflit croissant avec les milieux économiques. Ce texte met la Suisse dans une situation intenable face à l’Europe.
Il est surtout mauvais pour la santé des entreprises. Où est passé le patron responsable? Il zigzague, il sert à la louche son management de cantine («Das Blocher Prinzip»). Un programme digne de ce nom? On le cherche en vain.
Les partis du centre droit disposent ainsi d’une occasion rêvée de s’émanciper de l’UDC. Avec la crise du franc, leurs thèmes de prédilection reviennent au cœur de la bataille électorale. Le Parti libéralradical a quelques belles cartes à jouer – après tout, il avait décidé d’emblée d’axer sa campagne sur l’emploi et une économie forte.
Le Parti démocrate-chrétien n’est pas moins bien placé avec son combat pour le pouvoir d’achat de la classe moyenne et le soutien aux familles. On sent d’ailleurs un frémissement dans les sondages. Mais il faudra argumenter sec pour gagner des voix. Ne pas se laisser intimider par l’animal blessé, toujours redoutable sur les plateaux de télé.
Incohérent, Christoph Blocher l’est de toute évidence. Mais il sait aussi se tirer des contradictions les plus crasses. Surtout quand l’actualité vient à son secours. On voit d’ici la manœuvre si la conjoncture se détériore ces prochaines semaines. Pour faire le lien entre chômage et immigration, lui et ses acolytes sont très forts. Et sans scrupules.
A coups d’affiches et de spots, ils vont seriner le couplet de l’immigrant qui vole le travail des Suisses. Ils ont des millions dans leurs coffres pour, jusqu’au 23 octobre, faire monter la psychose. Leurs slogans antiétrangers ont pu paraître usés. Avec les nuages qui s’accumulent, ils retrouvent leur dangereuse efficacité.
ALAIN JEANNET RÉDACTEUR EN CHEF
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