La fin de l'omerta
DÉBAT. Provocante, Jacqueline de Quattro veut que le Parti libéral-radical lance une initiative populaire sur l’adhésion de la Suisse à l’Union européenne.
Pour renouveler le Parti libéral-radical, Fulvio Pelli a misé depuis quatre ans sur les femmes et les jeunes. S’en mord-il désormais les doigts? Alors que la direction du parti récuse violemment toute discussion sur l’adhésion de la Suisse à l’Union européenne, jugeant plus opportun de signer des accords de libre-échange avec l’Inde et la Chine, la section des jeunes libéraux-radicaux des hautes écoles a organisé samedi dernier à Lausanne un débat sur «l’avenir européen de la Suisse».
Un boulevard politique. Pire, la conseillère d’Etat vaudoise Jacqueline de Quattro, par ailleurs présidente des femmes libéralesradicales, a clairement souhaité que le PLR lance une initiative populaire demandant l’adhésion. Quant au conseiller d’Etat genevois François Longchamp, il a estimé que la reprise du débat sur l’adhésion représentait «politiquement un boulevard pour le PLR entre le Parti socialiste qui a quitté le terrain européen et l’UDC» que toute perspective de rapprochement avec l’UE révulse.
Autre élu PLR invité par les jeunes, le Valaisan Claude Roch a pour sa part plaidé le passage par un accord-cadre (coiffant les 130 accords bilatéraux) pour préparer à plus long terme, «faire mûrir» le débat sur l’adhésion. Quatrième conseiller d’Etat sollicité pour cette matinée d’information, le Vaudois Philippe Leuba, plus dubitatif sur l’option de l’adhésion, a jugé que la discussion ne devait pas être repoussée audelà de 2011, année des élections fédérales, «pour de pures raisons électoralistes, par peur de perdre des voix».
La direction du PLR n’a pris connaissance des propos tenus par ses élus que par la presse. «Que les jeunes organisent un débat européen, c’est tout à leur honneur et c’est leur rôle, explique Damien Cottier, porte-parole du PLR. Mais il n’est pas question de lancer un débat national sur l’adhésion avant 2011. Le PLR soutient la poursuite de la voie bilatérale. Mme de Quattro est membre du comité exécutif, si elle veut mettre une proposition à l’agenda, elle peut le faire.»
Un nouveau 13 mars. Comme l’a souligné dans son introduction l’un des organisateurs de la manifestation, le Valaisan Philippe Nantermod, il s’agit de mettre fin à «l’omertà» qui entoure tout débat sur l’adhésion depuis plus d’une décennie. Mais les conseillers d’Etat libéraux-radicaux n’ignorent pas les difficultés. Ils réclament surtout de leur parti «une nouvelle analyse»: la voie bilatérale se révèle de plus en plus «étroite», trop «statique» par rapport à une législation européenne toujours en train d’évoluer. Ils ne doutent pas que les milieux économiques eux aussi procèdent bientôt à un nouvel examen, notamment si l’accès aux marchés de certains produits n’est plus assuré.
«Il est temps de secouer le landerneau, a conclu Mme de Quattro, une initative doit être l’expression d’une volonté populaire. Il ne s’agit pas de lancer une idée le lundi dans la presse pour qu’elle soit tuée le mardi.» Mais bien plutôt d’instruire le dossier de l’adhésion, afin d’éviter de devoir négocier ou céder dans la panique comme ce fut le cas pour le secret bancaire le 13 mars dernier.
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