Les milliardaires tels les Médicis
Le Moyen Age a connu des innovations, du canon à la boussole, qui allaient toutes dans le sens d’une exploration plus poussée du monde. De même, la rapidité des communications et des transports sera telle que la simultanéité deviendra la règle. Avec la multiplication des milliardaires, les mégaphilanthropes vont devenir les Médicis postmodernes, financer l’exploration spatiale et sous-marine, et diriger des territoires et l’économie comme les princes médiévaux.
Le nouveau Moyen Age sera à la fois multipolaire – avec des empires en expansion dans la masse eurasienne – et apolaire, car il n’y aura pas une seule et unique puissance mondiale. A un Charlemagne aspirant à reconstituer l’Empire romain d’Occident succèdent, plus d’un millénaire plus tard, des contingents d’eurocrates colonisant peu à peu la Baltique, les Balkans, et enfin l’Anatolie et le Caucase. Leur livre n’est pas la Bible, mais l’«acquis communautaire», les trente-cinq chapitres de la Lex europaea qui refondent de l’intérieur les Etats membres de l’Union européenne (UE).
Le rôle de la Turquie
Seront membres de l’UE en 2030 non seulement l’Ukraine et la Turquie mais aussi, avec un peu de chance, une Russie dépeuplée et grincheuse. Déjà devenue l’un des principaux corridors énergétiques de l’Europe, la Turquie va aussi jouer un rôle de canal commercial et financier vers l’Asie centrale et le Proche-Orient. Les réseaux routiers reliant l’Anatolie à la mer Caspienne auront été prolongés vers le sud en direction de la Syrie, de l’Iran et de l’Irak. Ils offriront ainsi un accès direct à l’énergie du Moyen-Orient et aux voies d’exportation pour les produits européens haut de gamme.
En 2030, le Moyen-Orient fera partie de la sphère d’influence élargie de l’Europe. Le monde arabe sera certes plus peuplé que l’Europe, mais il verra ses ressources énergétiques s’amoindrir et il sera de plus en plus dépendant des investissements européens pour la production industrielle, des automobiles aux panneaux solaires. L’islam restera une religion divisée, avec de très nombreux fidèles, mais son dynamisme sera tempéré par le développement économique. De même que l’Europe a acheté le communisme, elle va amener l’islam politique à se réformer pour en faire un allié constructif et prospère de la sociale-démocratie. Les pays du Maghreb seront plus que jamais liés à l’Europe, du fait de leurs gazoducs, de leur production délocalisée à petite échelle et de leur agriculture. Le projet d’Union pour la Méditerranée cher à Nicolas Sarkozy aura effectivement abouti à une résurrection de l’Empire romain – avec Bruxelles pour capitale.
Mais cette Europe de 2030 ne fera pas qu’intégrer ses voisins, elle les brassera aussi à l’intérieur de ses frontières. Les dynamiques populations ukrainiennes et turques feront plus que jamais partie du tissu économique et social européen, contribuant à maintenir l’empire au rang de géant industriel. Les migrants arabes demeureront une constante des sociétés occidentales européennes, mais, comme les Turcs de la fin du XXe siècle, ils formeront des diasporas constructives, défendant des modèles sociétaux et microéconomiques progressistes, grâce à la libre circulation des capitaux et des idées avec l’Occident.
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