La fin d'une absurdité?
HAUTES ÉCOLES. Le Parlement vote pour éviter l’expulsion des étrangers formés après l’obtention de leurs diplômes.
Former des spécialistes puis les envoyer se faire voir chez les Américains? La très controversée loi sur les étrangers pourrait être révisée le 3 mars. Le Conseil national vote sur l’initiative parlementaire de Jacques Neirynck (PDC/VD), qui veut permettre aux étrangers diplômés des hautes écoles suisses de s’insérer dans le marché du travail. Actuellement, avant même de commencer leurs études, les ressortissants des pays tiers (hors Europe et AELE) doivent s’engager à quitter la Suisse dès l’obtention de leur diplôme. Théoriquement, afin de ramener leur savoir-faire au pays, en une forme d’aide au développement indirecte. En vérité, la plupart prennent le chemin des Etats-Unis, qui accueillent ces cerveaux à bras ouverts.
Voler les emplois des Suisses? La Commission des institutions politiques du National qui a étudié l’initiative Neirynck propose d’aller plus loin. Elle préconise d’offrir un permis de séjour de six mois aux diplômés afin qu’ils cherchent un emploi dans des conditions réalistes. «C’est difficile de trouver un travail avant la fin des études, comme l’exige la loi actuelle, car les étudiants doivent se concentrer sur leurs examens», assure Isabelle Moret (PLR/VD), rapportrice de la commission.
C’est autour de ce ticket de séjour que s’articuleront les principales oppositions, comme l’ont déjà fait savoir une minorité de la commission et le Conseil fédéral. En période de crise, la crainte de voir les diplômés étrangers «voler» les places de travail des Suisses s’affirme. Le Conseil fédéral estime qu’un séjour de six mois «permettrait à un grand nombre de personnes dont la formation ne répond pas aux besoins de l’économie (...) d’accéder au marché suisse du travail.»
En vérité, les statistiques montrent que les étrangers investissent les domaines où la Suisse souffre justement d’une pénurie, comme l’ingénierie (lire L’Hebdo du 4 février). Par ailleurs, «ces diplômés ne seront pas en concurrence avec les Suisses, mais plutôt avec les Européens venus trouver un emploi ici, ajoute Isabelle Moret. Or, pour les entreprises, il est préférable d’engager une personne formée en Suisse, qui connaît sa spécificité et pourra être efficace tout de suite.»
En consultation, l’initiative a ratissé large, avec la majorité des cantons et tous les partis sauf l’UDC (or, le Vaudois Guy Parmelin avait signé le texte initial). De plus, les milieux économique et académique plaident pour une fois en chœur. Le texte dispose de bonnes chances de passer, mais amputé peut-être de sa «greencard» de six mois.
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