ACTUALITÉ
BON POUR LA TÊTE

ACTUALITÉ

ÉCONOMIE & FINANCE

SOCIÉTÉ

POLITIQUE

ÉCOLOGIE

RÉACTIONS

CULTURE

DOSSIERS

PERSONNALITÉS

ENTREPRISES

MIX & REMIX

GUIDES

FORMATION

INTERVIEWS

BLOGS

TV

IPAD

HOME > ACTUALITÉ >  Réduire la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article

PETROLE
La fin d’une Europe raffinée

Par Clément Bürge - Mis en ligne le 01.02.2012 à 10:52

PETROPLUS. Loin d’être un fait isolé, la mise en faillite du premier raffineur indépendant d’Europe s’ancre dans une crise profonde du secteur sur le Vieux Continent. Une chute qui annonce l’arrivée des pays émergents dans cette industrie.

Une tempête au sein d’un ouragan. La faillite de Petroplus, mise à genoux par ses créanciers, s’ancre dans une crise globale du secteur qui souffre d’une surcapacité de raffineries sur le Vieux Continent. Un état de fait couplé à une chute de la demande: entre 2005 et 2012, la consommation européenne a baissé de deux millions de barils par jour. «Si les installations ne sont pas utilisées à 90% de leurs capacités, elles ne sont pas rentables», commente, sombre, Giacomo Luciani, professeur spécialiste du pétrole à l’Institut des hautes études internationales et du développement à Genève.

A ces problèmes s’ajoutent la question de l’âge des raffineries, qui perdent en rentabilité au fil du temps, et la consommation croissante de diesel en Europe, au détriment de l’essence. «Les raffineurs ne trouvent plus de débouchés pour l’essence qu’ils produisent», souligne Isabelle Muller, secrétaire générale d’Europia, l’association européenne de l’industrie du pétrole.

Aujourd’hui, le secteur se meurt. «Les politiciens se démènent pour sauver ces raffineries. Mais selon la logique du marché, elles doivent être fermées», ajoute Giacomo Luciani. Une fermeture que certains voient d’un bon œil, comme le relève un trader en produits raffinés d’une maison de négoce genevoise: «Les concurrents de Petroplus se lèchent les babines pour l’instant. Si leurs raffineries ferment, on peut estimer que les marges d’utilisation se relèvent de 3 à 4%.»

Le boom des émergents. «Ailleurs, c’est le phénomène inverse qui est en train de se passer», observe John Gault, économiste spécialiste des énergies. Dans les pays émergents, la demande pour les produits pétroliers augmente et les infrastructures, plus modernes, sont plus rentables. Un phénomène qui n’échappe pas à certaines sociétés de négoce basées à Genève, comme Puma Energy, filiale de Trafigura, qui s’est engouffrée dans ce marché en Amérique du Sud et en Afrique. Fondée en 2007, la société a connu une croissance de son chiffre d’affaires de 50% par an, atteignant 2,7 milliards en 2011.

Si ces pays ont commencé par répondre à une demande nationale, leurs raffineries ont maintenant l’ambition d’exporter vers l’Europe. «Au lieu de vendre du pétrole brut à un seul client, ils raffinent leurs produits sur place pour les vendre à plusieurs acheteurs différents, maximisant ainsi leurs profits», explique Philippe Cordonier, porte-parole de l’Union pétrolière suisse. En 2010, l’Asie produisait déjà 30% des produits raffinés de la planète, contre 17% pour l’Union européenne.

 

«LES POLITICIENS SE DÉMÈNENT POUR SAUVER CES RAFFINERIES, MAIS ELLES DOIVENT ÊTRE FERMÉES.»
Giacomo Luciani, professeur à l’IHEID

 

S’ancrant dans cette logique, le français Total construit une raffinerie en Arabie saoudite, en collaboration avec la société saoudienne Aramco. En octobre 2011, la société azérie Socar – qui a récemment racheté les stationsservices d’Esso en Suisse – a conclu un accord avec la Turquie pour y construire une raffinerie. «Seules les raffineries les plus modernes tiendront le coup face à cette concurrence», commente John Gault. Ce que réfute le milliardaire Gary Klesch, à la tête du groupe du même nom basé à Genève. «Je vois mal comment une raffinerie en Arabie saoudite arriverait à être aussi compétitive que nos installations dans le nord de l’Allemagne. Cela me paraît impossible.»

L’expansion des pays émergents a atteint de nouvelles proportions en 2011. D’abord, lorsque la société indienne Essar Energy a mis la main sur la raffinerie de Stanlow, en Angleterre. Puis, lorsque la société anglaise Ineos, désormais basée à Rolle (VD), a cédé 50% de ses deux raffineries en Ecosse et en France aux Chinois de Petrochina.

Pourquoi la société Petroplus n’at- elle pas changé de cap? «Elle était trop endettée pour tenter quoi que ce soit», analyse Gary Klesch, qui affirme s’intéresser à trois de ses raffineries: Coryton (GB), Ingolstadt (D) et Petit-Couronne (F). «Même si le secteur est en crise, cela ne veut pas dire que toutes les installations ne sont pas rentables. La question est de savoir bien les gérer. Nous pourrions acquérir jusqu’à dix raffineries ces prochaines années», révèle-t-il. Le site de Cressier (NE) ne l’intéresse pas, par manque de rentabilité. Philippe Cordonier garde bon espoir: «Cette raffinerie est particulièrement bien adaptée au marché suisse, qui consomme plus d’essence que d’autres pays.» Un optimisme également porté par le conseiller d’Etat neuchâtelois Thierry Grosjean, qui affirme que près de quinze acheteurs se seraient déjà manifestés.

Démonter Cressier. Si la vente échoue, d’autres possibilités sont évoquées, comme celle de démonter la raffinerie pour l’installer dans un pays en voie de développement. «Cela s’est déjà fait en Afrique», rappelle John Gault. «Un démantèlement reste très compliqué, estime Giacomo Luciani. Les lois exigent que le terrain exploité soit rendu intact, ce qui coûte très cher.» A l’image d’autres raffineries en Europe, la piste la plus crédible en cas de fermeture serait la conversion en dépôt pétrolier.

Si l’avenir paraît sombre pour le secteur du raffinage européen, Samir Zeitkrat, un consultant, estime que le marché pourrait rebondir: «Entre la crise de l’euro, la guerre civile en Syrie et l’embargo sur l’Iran, nous sommes à un moment très instable. Les analystes sont partagés entre un baril à 80 dollars, ce qui accélérerait la fermeture des raffineries, et un baril à 140 dollars, ce qui les renforcerait. Nous en saurons plus dans les prochains mois.»

 

LA GÉOPOLITIQUE DU RAFFINAGE BOULEVERSÉE




Tags: Pétrole, raffinement, Petroplus,

Partager: Partager sur Facebook Partager sur Delicious Ajouter aux favoris Google Ajouter aux favoris Yahoo! Partager sur Twitter Partager sur Yahoo Buzz Partager sur Myspace   Aller en haut de page Haut de page

Réaction de Pas Encore
le 05.02.2012 à 12:04
"la piste la plus crédible en cas de fermeture...
 



Inscrivez-vous à notre newsletter afin de recevoir en primeur le sommaire de la semaine ainsi que nos offres spéciales.


ACTUALITÉ
L'hélicoptère avait touché un câble avant le crash
L'hélicoptère a vraisemblablement heurté un cable (archives). Keystone
L'hélicoptère qui s'est écrasé jeudi soir dans l'Oberland bernois a vraisemblablement heurté un câble avant l'accident, selon les premiers éléments...


ACTUALITÉ
 Neuchâtel: De la crise au rebond
 Illustration DR
C’est la sinistrose en pays neuchâtelois. En ce vendredi 27 janvier, L’Express plonge ses lecteurs dans la déprime. «Xamax en...
ACTUALITÉ
 Contre-temps: Mademoiselle...
Elle a marqué le XXe siècle. La place Vendôme l’avait inspirée pour créer l’octogonal bouchon de son mythique N°5; une...
ACTUALITÉ
 Affaire Luca Mongelli: «Ce n’est pas de notre faute si c’est arrivé ici»
«Ça me touche qu’à la Paradeplatz ou ailleurs, on parle de Veysonnaz ainsi. C’est mon village, j’y connais tout le...
ACTUALITÉ
 Espionnage: Que dit le droit suisse?
Infiltration, boîte aux lettres morte, «fadettes» (relevés d’appels obtenus illégalement): le vocabulaire de l’affaire d’espionnage chez Areva est digne de...
ACTUALITÉ
 Grâce et disgrâce: Aux cocus du 12 mars
Joyeux privilège: le 11 mars, les Suisses voteront pour s’octroyer six semaines de vacances. L’affaire devrait être pliée d’avance. En...
ACTUALITÉ
 La chronique de Jacques Pilet: La France qui nous interroge
La fascination des Français pour la fonction présidentielle n’en finit pas d’étonner. Un chef d’Etat qui s’installe sur neuf chaînes...
ACTUALITÉ
 La lettre ouverte de Charles Poncet à Hansjörg Walter
Monsieur le Président, Citoyen de Wängi, commune thurgovienne dont personne n’a jamais entendu parler, vous présidez dans une muette discrétion tant...
ACTUALITÉ
 Débats & polémiques: «NZZ», dans l’esprit de Konrad Hummler
Naguère patron tout-puissant d’UBS, Marcel Ospel était le plus vantard des banquiers suisses: il a transformé la grande banque suisse...
ACTUALITÉ
 La chronique de Christophe Passer: Bulat Chagaev et les interviews-vérité
Vous savez, ce genre de cliché ancien: la première impression est toujours la bonne. Nous vivons en un monde raisonnable...
ACTUALITÉ
 Ne partons pas fâchés
Si au moins elle était moche, Ségolène, cela justifierait cyniquement qu’elle ait disparu du clip promotionnel que le Parti socialiste...
12