Les conseillers nationaux Ruedi Noser et Antonio Hodgers ont tous deux décidé de s’établir quelques mois de l’autre côté du röstigraben pour mieux connaître la Suisse qui leur est moins familière, et parfaire leurs connaissances linguistiques. Certes, le radical et le Vert ne sont pas seuls à faire des efforts, mais il ne faut pas se cacher que le niveau de maîtrise des autres langues nationales s’effondre au Parlement. En septembre dernier, une enquête du Tages-Anzeiger indiquait que la moitié des élus alémaniques ne comprenaient pas leurs collègues latins, et que beaucoup opinent de la tête, sans jamais faire de remarque additionnelle aux propos des Romands, comme si tout ce qu’ils exprimaient était toujours parfaitement limpide.
L’origine des deux croisés de la multiculturalité helvétique est intéressante. Noser est un Zurichois de Glaris, un self-mademan qui souligne volontiers ce qu’il doit au bon fonctionnement du système de formation comme ascenseur social. Hodgers est un réfugié politique, né en Argentine, qui a grandi dans le biotope de la Genève internationale, ouvert donc, mais vacciné contre le sectarisme de gauche qui y sévit parfois.
Leurs aventures ont généré des débats passionnants sur l’usage du schwyzerdütsch, la cohésion nationale et l’identité. Des réflexions aussi provocatrices que lucides qui surviennent au moment où le Conseil fédéral doit décider du redécoupage des départements. Manifestement un département de la formation correspondrait à quelques besoins.
Lorsqu’il était parlementaire, Didier Burkhalter avait dessiné les contours d’un ministère de l’Intelligence, englobant la formation, la recherche, la formation professionnelle, la culture, le sport et les loisirs. Josiane Aubert (PS/VD) a remixé l’idée et l’a enrichie de ses réflexions: pourquoi ne pas y ajouter la politique de la petite enfance et l’intégration des étrangers, qui sont d’autres défis de formation?
Le redécoupage des dicastères ne doit pas avoir pour seul objectif de rendre celui de l’Intérieur moins gros. Transvaser la gestion des hautes écoles à l’économie ne fait pas grand sens, et les scientifiques et chercheurs – les meilleurs d’entre nous – accueillent cette perspective fraîchement, comme en témoigne leur récente lettre ouverte au Conseil fédéral. Le département de la formation esquissé par Josiane Aubert est autrement plus stimulant. Une fois créé, sa première tâche pourrait consister à concevoir un programme d’impulsion pour l’apprentissage de toutes les langues nationales, schwyzerdütsch compris, à tous les étages de la formation.
Trois comptines en schwyzerdütsch dès le jardin d’enfants pour les uns, deux en français et une en italien pour les autres, des échanges linguistiques généralisés pendant toute l’école obligatoire, orientés sur la pratique orale, de l’immersion plus tard: voilà qui tracerait une Suisse où la cohésion nationale ne serait pas une phrase dans les discours mais une réalité vécue, l’apprentissage des langues non pas un devoir mais un plaisir joyeux...
OBJECTIF: TROIS COMPTINES EN SCHWYZERDÜTSCH DÈS LE JARDIN D’ENFANT.
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