«La Suisse ne soutient a priori pas un candidat européen.» Par cette déclaration recueillie par le journal alémanique Sonntag, le Suisse René Weber, qui siège au conseil exécutif du Fonds monétaire international (FMI), ne craint visiblement pas de froisser les Européens.
Lesquels soutiennent chaque jour un peu plus la candidature de Christine Lagarde, ministre française de l’Economie et des Finances, au fauteuil laissé vacant par l’ex-directeur général du FMI Dominique Strauss-Kahn (DSK).
Fin diplomate, audacieux sans toutefois être téméraire, René Weber ne cite cependant pas Grigori Marchenko, le candidat du Kazakhstan proposé par la Russie et la Communauté des Etats indépendants (CEI). Il aurait pu.
Le Kazakhstan se trouve en compagnie de la Suisse et de sept autres pays, pour la plupart issus de l’ex-URSS, dans le même groupe de vote: l’Helvétistan. Une circonscription que Berne dirige depuis son adhésion au FMI en 1992.
Promesse oubliée. A l’instar de ses voisins européens, la Suisse a considéré après l’élection de DSK à la tête du FMI, le 1er novembre 2007, qu’il fallait la prochaine fois tordre le cou à cette tradition un tantinet désuète qui veut qu’un Européen dirige cette institution, la gouvernance de la Banque mondiale étant laissée à un Américain. Donnant, donnant.
Un héritage des accords de Bretton Woods en juillet 1944, époque à laquelle les seuls pays qui comptaient étaient ceux de l’Europe et les Etats-Unis, les seconds aidant les premiers à se relever de la guerre. Aujourd’hui, les pays émergents ont suffisamment émergé pour avoir voix au chapitre, de l’Asie à l’Amérique latine en passant par l’Afrique.
Apparemment, les Européens ont oublié leur promesse. «Ils s’attachent à leurs anciens privilèges», commente Cédric Dupont, professeur à l’Institut des hautes études internationales et du développement, «c’est particulièrement choquant», renchérit l’économiste Charles Wyplosz, de l’Université de Genève.
Comme au sein du FMI, gouverné par ses 187 pays membres, chacun dispose d’une voix pondérée par sa participation financière à l’organisation (voir notre infographie), le choix du directeur général est le résultat d’inévitables alliances.
A eux seuls, Européens et Américains ne font pas le jeu. Unis, ils décrochent la timbale. Si une casserole judiciaire liée à l’exhomme d’affaires Bernard Tapie ne la suit pas, Christine Lagarde a le très grand avantage d’être une femme, fort compétente, dans un univers très masculin.
Les Européens prétendent par ailleurs qu’il vaut mieux que les dossiers de la dette souveraine de la vieille Europe soient traités par un(e) expert(e) provenant du sérail. L’argument ne convainc guère tous ceux qui estiment, comme le professeur d’économie de l’Université de Fribourg Sergio Rossi, «qu’il vaut mieux que le FMI soit dirigé par une personnalité très éloignée des capitales européennes et si possible originaire d’un pays créancier».
Mosaïque. Du côté des pays émergents, la grande difficulté sera de trouver un terrain d’entente d’ici au 30 juin, le délai que s’est donné le FMI pour trouver sa perle rare. Les candidats sérieux ne manquent pas.
Le Sud-Africain Trevor Manuel, ancien ministre des Finances, le Mexicain Agustin Carstens, gouverneur de la Banque du Mexique, l’Indien Montek Singh Ahluwalia, directeur adjoint du Commissariat au plan ou le Chinois Zhu Min, conseiller spécial auprès du directeur général du FMI, tous incarnent, à leur manière, le nouveau monde.
Droits de vote au sein du FMI

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