La fascination des Français pour la fonction présidentielle n’en finit pas d’étonner. Un chef d’Etat qui s’installe sur neuf chaînes de télévision pour s’adresser à son peuple, on ne voit ça nulle part ailleurs. Du moins dans les démocraties.
Un président-candidat qui, à moins de cent jours avant le verdict des urnes, lance des initiatives à long terme, sûr que le Parlement à élire les soutiendra, c’est d’un culot renversant.
Mais ces particularités mises à part, le débat préélectoral en France fait surgir des questions qui se posent partout en Europe. Comment maintenir la production industrielle? Comment lutter contre le chômage? Comment maintenir la protection sociale? Comment stopper la progression de la pauvreté, manifeste jusque dans beaucoup de ménages actifs mais à bout de souffle? Nicolas Sarkozy était brouillon l’autre soir. Naïvement idolâtre de l’Allemagne après l’avoir été des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne. Il a cependant mis le doigt sur un point sensible. Trop de charges pèsent sur ceux qui travaillent, salariés et employeurs. Pas seulement en France. En Suisse aussi, par exemple, le coût du chômage pèse sur les fiches de paie, pas sur les factures d’honoraires libéraux et encore moins sur les gains financiers. Côté santé, c’est pire: le système des primes par tête pénalise les bas revenus même si le subventionnement à travers l’impôt atténue cette injustice.
L’idée d’alléger les retenues sociales et de les compenser par une augmentation de la TVA n’est pas folle. Pas très juste puisque l’impôt indirect touche tout le monde, mais reste supportable. Les pays scandinaves où cette taxe est lourde en apportent la preuve: ils s’en trouvent plutôt bien. Bricolée en fin de mandat, cette proposition élyséenne a évidemment tout pour dresser l’opinion contre elle, mais sur le fond, elle a du sens. Faisons le pari que chez nous aussi, bon gré mal gré, cette douloureuse augmentera aussi pour faire face à la facture monstrueuse de la médecine et du vieillissement…
Nicolas Sarkozy était brouillon l’autre soir. Naïvement idolâtre de l’Allemagne après l’avoir été des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne.
Le hic, c’est qu’à force de voir le coût du travail comme la clé absolue de la performance économique, on s’aveugle. La Suisse l’illustre: ses hauts salaires – trop rarement rapportés au coût de la vie – ne l’empêchent pas d’être une brillante exportatrice. L’Allemagne? Le prix tout compris de l’heure salariée y est légèrement supérieur comparé à la France, mais dans l’industrie, il est plus élevé! Cela n’empêche pas les voitures made in Germany de se vendre mieux que les françaises. On évoque trop peu le succès d’autres pays. La Belgique et les Pays-Bas ont des balances commerciales saines: on n’y est pas moins payé qu’outre-Jura et les exportateurs y font pourtant de belles affaires.
Alors quoi? Que faut-il pour mieux s’en tirer dans la compétition internationale? Un industriel allemand, Edwin Kohl, a investi dans une petite entreprise de Poitou-Charentes qui produit des voitures électriques (la Mia). Attiré par l’excellence des ingénieurs du lieu. Il ne se plaint pas de leurs salaires. Encore moins de l’appui que lui apporte la région, présidée par Ségolène Royal. Mais deux choses l’irritent: la paperasse («l’Etat est suradministré») et les banques qui ne soutiennent pas les PME.
L’innovation, l’allègement de la bureaucratie, l’accès facilité au financement: ces trois leviers valent pour tous.
Autre sujet de réflexion que nourrit le débat français. Le gouvernement Sarkozy assure que l’augmentation de la TVA se fera sans douleur, que les prix à la consommation ne bougeront pas parce que la concurrence est vive. Vraiment? Dans la pratique, on voit que les grandes chaînes de distribution s’entendent fort bien à la détourner derrière les effets d’annonce. Les Suisses le savent bien. Il a fallu la tempête du franc fort et de hauts cris pour que leurs deux géants revoient à la baisse quelques-unes de leurs étiquettes. Quant aux tarifs du téléphone et de l’internet, ils restent plus élevés que partout ailleurs… malgré la concurrence.
Les voisins de la France auraient tort de se borner à ricaner devant les bizarreries de son cirque politique. Les discussions qui l’échauffent ces temps-ci nous éclairent sur les forces et les faiblesses européennes. Quelles que soient les différences d’un pays à l’autre. Les plus sûrs d’eux ont aussi, plus que jamais, à s’interroger.
Tags: France, présidentielles, démocratie, Sarkozy,
|