L'Hebdo;
2003-09-11 La francophonie passe par la «solidarité numérique» Communication Enjeu du prochain Sommet mondial sur la société de l'information: améliorer la communication et la scolarisation en branchant l'Afrique à Internet.
Communication Enjeu du prochain Sommet mondial sur la société de l'information: améliorer la communication et la scolarisation en branchant l'Afrique à Internet.
Les 4 et 5 septembre derniers, Rabat, capitale du Maroc, accueillait les délégations officielles d'une cinquantaine de pays. L'Organisation internationale de la francophonie (OIF) organisait en effet une réunion ministérielle pour préparer le prochain Sommet mondial sur la société de l'information (SMSI), qui se tiendra en décembre à Genève, sous l'égide des Nations Unies. Parmi les diplomates présents, une bonne quarantaine de ministres avaient fait le déplacement, dont Moritz Leuenberger. L'objectif était de préparer une déclaration commune, qui sera présentée à Genève entre le 16 et le 26 septembre, lors de la troisième réunion préparatoire avant le SMSI.
On le sait, l'objectif du SMSI est d'être, sur le thème des nouvelles technologies de l'information et de la communication, un équivalent au sommet de Rio sur l'environnement. Des accords internationaux doivent y être signés qui visent à réduire la fracture numérique entre le Nord et le Sud. Jusqu'à présent, ce sommet jugé nébuleux et trop éloigné des préoccupations de la société civile avait plutôt mauvaise presse. A Rabat, Moritz Leuenberger a assuré que les organisateurs avaient résolu nombre de problèmes ces derniers mois, notamment grâce à des tables rondes qui ont permis d'intégrer ONG et acteurs privés à la discussion.
Accès à la Toile Le texte commun rédigé par les pays francophones prône «l'accès universel et généralisé aux technologies de l'information et de la communication en tant qu'outil essentiel à la réduction de la fracture numérique». Cette déclaration reprend ainsi le terme de «solidarité numérique», proposé par Abdou Diouf, ancien président du Sénégal et secrétaire général de l'OIF, en début de réunion.
Reste à savoir si les francophones parviendront à imposer leur point de vue au reste du monde et, surtout, à mettre en oeuvre les quelques objectifs listés, comme équiper les écoles des zones isolées en connexions internet. Pour l'Afrique, l'enjeu est énorme, car un meilleur accès à la Toile permettrait d'améliorer la scolarisation ainsi que l'accès à l'information. Mais justement, tous les Etats sont-ils prêts à développer la liberté d'expression? «Je n'ai senti aucune réticence de la part d'Etats présents à Rabat», affirme Abdou Diouf.
En outre, comment intéresser les pays riches à la solidarité numérique? Ce sera bien sûr tout l'enjeu des négociations du SMSI. En coulisses, on met l'accent sur l'ouverture de nouveaux marchés, et l'on fait remarquer qu'une société de l'information organisée vaut mieux qu'une jungle où règnent la cybercriminalité et le piratage. Adama Samassakou, président du Comité préparatoire du SMSI, semble confiant: «Le sommet mondial est le début d'un processus. Nous devons croire en nos capacités de changer les choses. Et nous n'avons pas le choix. Le contexte actuel conduit chaque acteur à considérer que la situation ne peut perdurer. Quelles que soient les organisations politiques des pays qui seront présents à Genève, on note l'engagement de tous. La volonté d'en être se manifeste à mesure qu'on approche de la date du sommet.»
Logiciels libres Pour installer cette solidarité numérique, l'OIF mise sur le développement des logiciels libres, type Linux. Gratuits ou de faible coût, ils peuvent être modifiés à loisir par les utilisateurs. «On peut faire évoluer en continu un logiciel libre, et l'adapter en bambara, note Pietro Sicuro, directeur de l'Institut francophone des nouvelles technologies de l'information et de la communication (INTIF). C'est extrêmement important pour l'Afrique subsaharienne. On encourage ainsi les gens à être créateurs. Nous devons permettre aux gens d'utiliser les nouvelles technologies sans instaurer de nouvelles dépendances. Et nous ne sommes pas là pour trouver de nouveaux clients à Microsoft. La question des logiciels libres sera au centre du débat.»
En fait, la satisfaction des diplomates présents à Rabat est d'avoir réussi à adopter une position commune, qui transforme les pays francophones en un groupement actif. Aujourd'hui, la volonté affichée est d'adopter une telle démarche avant tout sommet mondial.
Sylvie Tanette
Frankophonie; Weltgipfel der Informationsgesellschaft; Digitale Solidarität
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