En annonçant son achat de la Banque Sarasin le 25 novembre dernier, le groupe financier brésilien Safra ne se doutait certainement pas de se voir mêlé à une nouvelle affaire de violation du secret bancaire étalée à la une des médias. Il pensait acquérir un établissement bâlois de très bonne réputation et à la longue histoire. Avec l’affaire Hildebrand, le voilà qui se retrouve au cœur d’un nouveau scandale de vol de données censées demeurer strictement confidentielles.
«No comment ne signifie pas aucun dommage.» Si les établissements étrangers achètent des banques suisses, c’est pour participer au développement de la place financière dont la discrétion reste l’un des principaux attraits. Présent à Genève par sa filiale J. Safra depuis passé dix ans, le groupe brésilien a payé plus d’un milliard de francs pour acquérir, auprès de la néerlandaise Rabobank, la majorité des droits de vote du vieil établissement bâlois, au nez et à la barbe d’autres candidats et à la surprise générale. A peine deux mois après cette acquisition, comment juge-t-il les développements récents? «No comment», rétorque sèchement le chargé de relations publiques du groupe à New York. Safra, basé à São Paulo, ne se livre pas volontiers. S’il indique gérer globalement 109 milliards de dollars, il ne détaille pas l’état de ses activités en Suisse. Le dernier chiffre concernant la fortune gérée par sa filiale genevoise a été publié en 2007. Il indiquait 22,9 milliards de francs. Impossible de savoir si, depuis lors, les actifs ont progressé ou fondu.
Si le groupe ne commente pas, «cela ne signifie pas qu’il n’y a pas de dommages», poursuit le chargé de relations publiques. Le vol de données écorne la réputation de la Banque Sarasin, jusqu’alors épargnée par ce type d’affaires ayant touché HSBC, Credit Suisse ou encore LGT. Lundi dernier, l’établissement bâlois a déposé plainte contre la Weltwoche auprès du Conseil suisse de la presse, invoquant le traitement «erroné» du dossier de l’ancien président de la BNS et des «dommages à [sa] réputation et à celle de [son] client». «C’est une affaire embarrassante, qui peut conduire à une baisse de l’activité de Sarasin et donc de sa valorisation, au cas où de nombreux clients décidaient de partir», souligne un expert suisse reconnu. Aussi n’est-il pas entièrement exclu que le prix d’acquisition payé par Safra s’en trouve, à terme, abaissé.
Urgence. Le nombre grandissant de fuites, et surtout la publicité faite autour d’elles, n’est donc plus un risque propre à chaque établissement pris isolément, mais est devenu un défi pour l’ensemble de l’industrie de la gestion de fortune. Toutes les banques doivent par conséquent prendre des mesures pour minimiser les dangers posés par les employés indélicats. Le fontelles toutes? «Si une banque accepte de s’exprimer sur ce sujet, c’est qu’elle a pris des mesures à l’interne. Si elle se tait, c’est qu’elle reste encore désarmée», indique un consultant britannique. L’urgence est d’autant plus grande que, comme le note un banquier genevois, l’acte de l’informaticien de Sarasin «n’est ni le premier ni le dernier» du genre.
La valorisation de l’ensemble des banques suisses pourrait s’en trouver affectée. Les fuites s’ajoutent aux autres problèmes qui pèsent sur les banques depuis l’éclatement de la crise: la pression sur le secret bancaire, le resserrement des exigences réglementaires, la hausse des coûts qui en découle alors que les revenus sont sous pression. Conséquence: «Une banque suisse s’achète pour un prix inférieur à celui d’un établissement basé à Singapour», note un analyste financier londonien spécialisé dans le secteur financier. Un paramètre que bien des propriétaires de banque doivent prendre en compte au moment de décider de vendre, alors que l’industrie se trouve, de l’avis général, à la veille d’une nouvelle vague de consolidation. En clair: acquérir une banque suisse deviendra moins cher à l’avenir.
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