ÉCONOMIE & FINANCE
BON POUR LA TÊTE

ACTUALITÉ

ÉCONOMIE & FINANCE

SOCIÉTÉ

POLITIQUE

ÉCOLOGIE

RÉACTIONS

CULTURE

DOSSIERS

PERSONNALITÉS

ENTREPRISES

MIX & REMIX

GUIDES

FORMATION

INTERVIEWS

BLOGS

TV

IPAD

LE CHANTIER Un trou de 17 mètres de profondeur accueillera le réacteur de fusion.
DR

HOME > ÉCONOMIE & FINANCE >  Réduire la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article

Cadarache, France
La fusion nucléaire inspirée des étoiles

Par Elisabeth Gordon - Mis en ligne le 28.09.2011 à 09:45

En France, la construction d'ITER, le réacteur international de fusion nucléaire, a démarré. Sur un vaste terrain à Cadarache, dans le sud de la France, se joue l'avenir énergétique de la planète.

 

Le visiteur doit montrer patte blanche au service de sécurité avant de pouvoir pénétrer, casqué, botté et équipé d’un gilet jaune, sur le plus grand chantier de construction d’Europe. Rien de bien spectaculaire encore en ce lieu du sud de la France, situé à Cadarache à une trentaine de kilomètres d’Aixen-Provence. Sur la plateforme nivelée et surélevée occupant la surface d’une soixantaine de terrains de foot, seuls deux bâtiments sont en train de sortir de terre.

Non loin de là, des ouvriers s’activent dans un immense trou de 17 mètres de profondeur qui accueillera une machine, unique en son genre. Car, malgré les apparences, ce chantier est exceptionnel. Il abritera ITER («chemin» en latin) qui représente un énorme pari technique, mais aussi économique et politique. Ce projet vise, rien de moins, à recréer l’énergie des étoiles dans une gigantesque bouteille. Son objectif est de démontrer la faisabilité de la fusion nucléaire, une technologie qui pourrait contribuer à résoudre les problèmes énergétiques à l’horizon 2050.

Plus de 150 millions de °C. Contrairement à la fission qui produit de l’énergie nucléaire en cassant des atomes d’uranium, ce procédé consiste à fusionner deux isotopes d’hydrogène, le deutérium et le tritium. Pour y parvenir, il faudra construire une énorme machine, un tokamak, dont le cœur est constitué d’une chambre à vide en forme d’anneau. Tout autour, des bobines magnétiques confineront un plasma porté à une température extrêmement élevée; elles créeront ainsi une sorte de cage virtuelle dans laquelle auront lieu les réactions de fusion.

Plusieurs tokamaks fonctionnent dans le monde, mais aucun n’est comparable à ITER, ni en taille, ni en performance. Quelques chiffres en témoignent. La chambre à vide, avec ses quelque 8000 tonnes, sera plus lourde que la tour Eiffel. Les 48 éléments du système magnétique généreront un champ magnétique qui sera 200 000 fois plus important que celui de la Terre. Quant à la température du plasma, elle devra atteindre plus de 150 millions de degrés Celsius, dix fois plus qu’au centre du Soleil!

Avant d’en arriver là, chercheurs, ingénieurs et techniciens devront surmonter des difficultés de tous ordres. Scientifiques et techniques d’abord. ITER «est une installation expérimentale», souligne le Britannique David Campbell, directeur pour l’opération du plasma, et sa mise en fonction nécessitera la résolution de nombreux problèmes de physique.

Par ailleurs, certains composants de cette machine complexe «sont les premiers du genre et il est difficile de trouver des entreprises industrielles qualifiées pour les fabriquer», constate le Néerlandais Rem Haange, directeur général adjoint chargé de la construction. «Chaque jour, ajoute-t-il, nous apporte son lot de problèmes et de nouveaux défis.»

L’un d’eux – et non des moindres – provient du fait qu’ITER est un projet international qui, aux côtés de l’Europe (qui inclut la Suisse), regroupe la Chine, la Corée du Sud, les Etats-Unis, l’Inde, le Japon et la Russie. Outre la difficulté qu’il y a à faire travailler ensemble quelque cinq cents personnes de trente nationalités différentes, tous les pays membres du consortium participent à la construction de la machine et chacun «souhaite se charger des pièces les plus sophistiquées», précise Rem Haange. Afin que personne ne soit lésé, une même pièce peut ainsi être fabriquée dans plusieurs pays. «Habituellement, dans un processus industriel, on minimalise les interfaces. Ici, nous sommes forcés de les maximaliser, ce qui fait qu’il y a toujours quelque chose qui pose problème.»

Cette contrainte affecte aussi les coûts de la construction du réacteur qui ont pratiquement doublé en dix ans: de 6,7 milliards d’euros en 2001, ils atteignent aujourd’hui 12,8 milliards d’euros. «Ce surcoût s’explique par la flambée des prix des matières premières, mais aussi par le fait qu’en 2001, le projet était très loin d’être finalisé», explique Michel Claessens, le porte-parole d’ITER.

Reste que l’Union européenne, qui finance le projet à hauteur de 47%, devra faire une rallonge de 1,3 milliard d’euros pour 2012 et 2013. «Le Parlement européen s’est engagé à trouver cet argent», assure Michel Claessens, mais nul ne sait encore dans quel budget il pourra le prendre. Malgré tout, Minh-Quang Tran se déclare confiant. Le directeur du Centre de recherche en physique des plasmas de l’EPFL et exvice- président du Comité consultatif scientifique et technique d’ITER, est persuadé que «le problème finira par être résolu».

Mais d’autres nuages s’annoncent à l’horizon d’ITER. Tous les responsables du projet ont beau affirmer – à juste titre – que la fusion n’a rien à voir avec la fission. Ils ont beau souligner que le processus de fission est facile à enclencher et difficile à arrêter, alors que c’est exactement l’inverse pour la fusion. Ou expliquer, comme le fait l’Espagnol Carlos Alejaldre, directeur général adjoint chargé de la sécurité, que «les risques engendrés par ITER seront qualitativement et quantitativement plus faibles que ceux des réacteurs classiques».

Ils ont beau dire que les déchets, constitués de matériaux de la machine rendus radioactifs par les réactions de fusion, «ne sont que faiblement ou moyennement radioactifs», selon Carlos Alejaldre. Ou ajouter que «la machine est conçue pour résister à un tremblement de terre d’une magnitude 7 sur l’échelle de Richter». La fusion relève, elle aussi, du nucléaire et dans ce domaine, la catastrophe de la centrale de Fukushima a changé la donne. Le rejet d’une grande partie de la population vis-à-vis de cette technologie pourrait rejaillir sur ITER.

Oppositions. Le projet était déjà contesté par la coordination antinucléaire du sud-est de la France, Stop Iter, qui le juge «irresponsable» et en réclame l’abandon. Pour l’heure, l’opposition «reste limitée», selon Michel Claessens. Mais elle pourrait prendre de l’ampleur, même si au niveau politique, ni l’Allemagne ni la Suisse, qui ont décidé de sortir du nucléaire, ne remettent en cause l‘avenir d’ITER.

«Si la fusion nucléaire est maîtrisée dans trente ans et que les avantages de l’atome sont prépondérants, il sera possible d’adapter la loi», a précisé la conseillère fédérale Doris Leuthard dans la NZZ am Sonntag, en mai dernier.

Sur le site, les travaux vont donc bon train. ITER devrait fonctionner en 2019 et l’on saura alors si la fusion est techniquement faisable. Pour David Campbell, la réponse ne fait aucun doute. «L’expérience accumulée depuis plusieurs décennies montre que l’on a les outils pour faire fonctionner ITER et pour que la machine remplisse ses objectifs.» A savoir produire dix fois plus d’énergie qu’elle n’en consommera.

Toutefois, ITER n’a pas été conçue pour produire de l’électricité. Ce sera le rôle de son successeur, DEMO, qui devrait livrer ses premiers kilowattheures aux alentours de 2050. Et permettre de «faire face aux problèmes énergétiques de l’avenir», assure Minh-Quang Tran.




Tags: Cadarache, France, ITER, réacteur, fusion nucléaire,

Partager: Partager sur Facebook Partager sur Delicious Ajouter aux favoris Google Ajouter aux favoris Yahoo! Partager sur Twitter Partager sur Yahoo Buzz Partager sur Myspace   Aller en haut de page Haut de page

Réaction de Rinfaf
le 23.01.2012 à 21:45
Et de plus, plus compléter ce que dit Fafnir, si...
 
Réaction de tiendonc
le 05.10.2011 à 08:05
là au moins on a une réponse à la question...
 
Réaction de tiendonc
le 04.10.2011 à 10:36
et si on pense aux millions déjà dépensés et en...
 
Réaction de tiendonc
le 04.10.2011 à 10:26
heureusement l'affaire DSK a permi de dévier les regards tandis...
 
Réaction de Fafnir
le 03.10.2011 à 23:00
Ce projet fait rêver mais il aurait du être construit...
 



Inscrivez-vous à notre newsletter afin de recevoir en primeur le sommaire de la semaine ainsi que nos offres spéciales.


ÉCONOMIE & FINANCE
L'Espagne poussée au sauvetage public le plus cher de son histoire
Bankia a besoin de 19 milliards d'euros d'argent public (archives). Keystone
La situation est pire que prévue chez Bankia, quatrième banque espagnole, qui croule sous les actifs immobiliers risqués. Elle a...
ÉCONOMIE & FINANCE
Avions militaires: Pilatus signe avec l'Arabie Saoudite
Des Pilatus PC-7 en démonstration (archives) Keystone
Pilatus va fournir 55 avions d'entraînements à l'Arabie Saoudite. La firme a signé vendredi un contrat avec le groupe de...
ÉCONOMIE & FINANCE
Le personnel de Merck Serono va protester mercredi à Darmstadt
Des employés de Merck Serono manifestent à Genève (archives). Keystone
Le personnel genevois de Merck Serono menacé de licenciement ou de transfert va protester mercredi devant le siège du groupe...
ÉCONOMIE & FINANCE
Le projet d'Ikea dans la Broye commence à se concrétiser
Logo d'Ikea (archives) Keystone
Le projet d'implantation du grand distributeur de meubles suédois Ikea dans la commune fribourgeoise de Bussy est à un tournant....
ÉCONOMIE & FINANCE
Le marché du travail s'améliore légèrement au premier trimestre
Un homme consulte des offres d'emploi (image symbolique/archives) Keystone
Le marché du travail a enregistré une croissance "modérée" au cours des trois premiers mois de l'année, selon l'Office fédéral...


ÉCONOMIE & FINANCE
 Nuuk, Danemark: Sous la glace, la liberté
DERNIERE FRONTIERE Héritier de traditions culturelles et architecturales danoises autant que de références et dune sensibilité venues du monde inuit, le Groenland cherche une voie pour concilier le tout alors que le réchauffement climatique le place en première ligne des enjeux écologiques. Fotosearch
Une reine du Danemark, à Nuuk, Groenland, c’est une vieille dame digne au chignon serré qui boit son thé sans...
ÉCONOMIE & FINANCE
 Uyuni, Bolivie: La longue route du lithium
OR BLANC Le lithium est abondant dans les saumures des hauts plateaux andins. Ford et l'Université du Michigan estiment que les réserves mondiales actuelles suffisent jusqu'en 2100. Les Boliviens, eux, pensent que leur pays peut en approvisionner la planète pendant au moins mille ans. Martin Bernetti / AFP Photo
Dans un soulèvement de poussière, cinq jeeps arrivent à la queue leu leu et s’arrêtent à quelques mètres de la...
ÉCONOMIE & FINANCE
 Chiang Mai, Thaïlande: Alzheimer sous les tropiques
SORTIE Promenade dans les rues du village de Faham pour Gunther, accompagné de Cutjay. Patrick Brown
Confortablement installé dans un fauteuil, les jambes allongées sur un coussin, Hans* couvre une feuille de papier de sa signature....
ÉCONOMIE & FINANCE
 Macao, Chine: Les nouvelles règles du jeu
Le cliché colle à la ville comme le sparadrap du capitaine Haddock. «L’enfer du jeu»: une île entière ensuquée dans...
ÉCONOMIE & FINANCE
 Singapour: Capitale des fortunes de l'Asie
LUXE Vue de la ville, depuis la piscine installée au 57e étage de l'Hôtel Marina Bay Sands. Bloomberg / Getty Images
Souvent appelée «La Suisse d’Asie», Singapour ravira-t-elle sous peu à l’Helvétie sa place de numéro un mondial de la gestion...
ÉCONOMIE & FINANCE
 Mumbai, Inde: Tous derrière Bacchus
SYMBOLE Que l'Inde se mette à consommer mais aussi à produire du vin atteste du mouvement du
La route est longue jusqu’à Nasik. En quittant Mumbai direction nordest, on longe les tours modernes et insipides de la...
ÉCONOMIE & FINANCE
 Kaust, Arabie saoudite: De l'or noir à l'or gris
AMBIANCE Grandeur, par la dimension des bâtiments, et convivialité, par les formes, les couleurs et l'omniprésence de l'eau: le campus reflète la nature et la cité arabe. Kaust
Jessica Bouwmeester avait l’intuition qu’un événement important allait se produire ce 16 avril 2011. Une nuit de pleine lune. En...
ÉCONOMIE & FINANCE
 Kigali, Rwanda: Un Singapour africain
BALLET NOCTURNE Le grand rond-point de Kigali est le théâtre d'un trafic incessant. Jeremy Jowell / Majority World
Le grand rond-point de Kigali donne le vertige. Est-ce le ballet des rutilantes Toyota Land Cruiser? Les buildings qui poussent...
ÉCONOMIE & FINANCE
 Kinshasa, République démocratique du Congo: L'avenir du français s'écrit en noir
 Dessin original Kash
«Migre», mot compte triple, 27 points. Agacé, Jean-Paulin Saula claque de la langue et jette ses mains vers le ciel...
ÉCONOMIE & FINANCE
 Toshka, Egypte: Un jardin dans le désert
CLIMAT EXTREME Pour irriguer ce sol aride, un pivot tourne sur lui-même pratiquement en continu - 18 heures par jour au plus fort de l'été. Le sable se gorge d'eau, perd sa salinité et, au bout de quelques saisons, on peut y faire pousser de la luzerne, comme ici. La plante fourragère sera ensuite exportée vers les pays du Golfe. Shawn Baldwin
Le ciel est presque blanc, comme délavé par le soleil brûlant qui avoisine les 45 degrés. Le long de la...
12