Une affiche de Hans Erni appelant à accepter l’AVS orne l’Office de gestion des fonds de compensation AVS/AI/ APG. Installé à Genève depuis la création du 1er pilier en 1948, cet office indépendant de l’administration assure la gestion du patrimoine et des flux financiers de ces trois assurances. Il a changé de nom le 1er janvier, à la suite de la création, au début de 2011, de trois fonds de compensation distincts.
«EN RÉDUISANT LE NOMBRE DE MANDATS EXTERNES NOUS AVONS PU ÉCONOMISER ENTRE 10 ET 20 MILLIONS DE FRANCS PAR AN.» Eric Bréval
Les assurances vieillesse et survivants, invalidité et pertes de gain disposent désormais chacune d’un fonds de compensation. Une évolution découlant de l’approbation en votation, le 27 septembre 2009, du financement additionnel de l’AI. Il prévoyait une augmentation temporaire de la TVA; mais aussi un fonds de compensation propre à cette assurance dont les pertes, d’un montant cumulé de 15 milliards de francs, étaient jusque-là imputées au fonds de l’AVS.
Les financements croisés entre assurances étant désormais prohibés, le Conseil d’administration a décidé de pousser cette logique jusqu’à prévoir une gestion différenciée des trois fonds, en fonction de leur profil de risques.
Marco Netzer – qui assume à titre de fonction de milice la présidence de ce conseil de 11 membres, en sus de son activité de président de la Banque Cramer & Cie – et Eric Breval – directeur de l’Office de gestion qui emploie une trentaine de personnes – évoquent cette nouvelle organisation, ainsi que les changements induits dans le risk management, les outils de pilotage et la gestion des actifs.
Comment avez-vous défini le profil de gestion de chacun des fonds?
Marco Netzer (M. N.): Nous partons du scénario de base de l’OFAS sur les futures recettes et dépenses des assurances sociales pour fixer la volatilité que nous estimons supportable pour chaque fonds. La fortune est également prise en compte: au début de 2011, quelque 20 milliards pour le fonds AVS, 5 milliards pour l’AI et 500 millions pour celui des APG.
Eric Breval (E. B.): Selon les calculs actuels de l’OFAS, hors éventuelles modifications législatives: la fortune du fonds AVS restera stable quelques années, avant de décliner vers 2015; les recettes de l’AI seront à peu près constantes jusqu’en 2018, date à laquelle l’augmentation temporaire de la TVA prendra potentiellement fin; et les perspectives seront durablement positives pour les APG.
Quelle est la volatilité acceptable pour chaque fonds?
M. N.: Nous ne la communiquons pas pour l’instant, d’autant que nous sommes en phase de test de la structure de gestion mise en place le 1er janvier. Test que nous jugeons d’ores et déjà satisfaisant.
Le niveau de risque accepté détermine pourtant en partie le rendement espéré?
M. N.: Les deux sont évidemment liés. Gérer des œuvres sociales impose d’opter pour la prudence et de mettre en place une gestion fine du risque. Notre approche intègre une forte composante de risk management. D’où la création d’instruments de pilotage permettant à l’office de gestion de savoir à tout moment quelle est, par exemple, la duration moyenne de son obligataire; de manière à pouvoir la modifier si le conseil le souhaitait. En ce qui concerne la performance à long terme, nous tablons ces dix prochaines années sur un rendement annuel moyen d’environ 3,5% pour les fonds de compensation.
E. B.: Les fonds de compensation ont été créés pour garantir le paiement en tout temps des prestations dues par l’AVS, l’AI et les APG; même si les recettes de ces assurances étaient momentanément inférieures aux dépenses. Nous devons donc conserver un montant important en liquidités: fin 2010, sur les quelque 25 milliards gérés, ce volant de liquidités atteignait environ 3 milliards contre 22 milliards d’actifs placés.
Nous avons transformé nos mandats en comptes gérés et les avons regroupés en deux grands portefeuilles: le portefeuille de base, composé de liquidités, a une volatilité proche de zéro mais conséquemment une rentabilité très faible; et le portefeuille de marché, composé d’obligations, actions, immobilier coté, matières premières et prêts. En 2010, le rendement global de la fortune gérée a atteint 4,3%, pour une performance des placements de 4,9%.
Quelle est l’allocation de votre portefeuille de marché?
E. B.: Environ 37% d’obligations en monnaies étrangères, 20% d’obligations suisses, 10% de prêts aux cantons et communes et 25% d’actions; le solde étant composé d’immobilier coté et de matières premières.
Avec quelle gestion du risque?
E. B.: Sur une telle répartition, l’essentiel du risque vient des actions; environ 20% de l’exposition aux devises, après couverture du risque de change; et 15% des taux. Nous gérons le risque actions en réduisant la volatilité lorsqu’elle augmente: en vendant des futures ou en cédant les actions elles-mêmes.
«LE FONDS DE COMPENSATION DE L’AVS COUVRE AUJOURD’HUI ENVIRON LA MOITIÉ DE CE QUE LA LOI PRÉVOYAIT.» Marco Netzer
Nous couvrons 80% de nos risques de change dans les huit principales devises: dollar, euro, livre anglaise, yen, couronne suédoise et dollars canadien, australien et de Hong Kong. Pour le risque de taux, nous avons des programmes permettant de piloter la duration.
Le Fonds de compensation de l’AVS est censé couvrir une année de dépenses…
M. N.: Ce fonds couvre aujourd’hui environ la moitié de ce que la loi prévoyait. Mais si l’AVS n’avait pas dû supporter les pertes de l’AI ces dix dernières années, son fonds de compensation détiendrait 15 milliards de plus. Sa fortune serait ainsi très proche d’une année de dépenses. Si la révision 6b de l’assurance invalidité est acceptée, l’AI devra rembourser ses dettes à l’AVS ces vingt prochaines années. Nous ne sommes que mandataires de la gestion de ces œuvres sociales. Le peuple et le législateur ont toujours trouvé des solutions raisonnables élaborées pour garantir leur pérennité.
Le rendement des fonds de compensation pourrait-il combler les trous?
E. B.: Personne ne pourrait nous demander de chercher à obtenir un rendement compensant les pertes des assurances. L’AI, avant la création de son fonds de compensation, perdait jusqu’à 1,5 milliard par an. Son fonds, doté de 5 milliards, devrait réaliser un rendement annuel impensable pour espérer combler les pertes…
Quid des coûts de gestion?
M. N.: Confier la gestion des trois fonds au même office de gestion nous a permis de bien contrôler l’évolution des coûts. Nous avons aujourd’hui la moitié des actifs gérés en interne et l’autre moitié en externe. La diminution du nombre de mandats externes a permis de réduire les coûts. Alors même que la gestion est aujourd’hui plus complexe et que nous avons augmenté les effectifs de l’office à trente personnes, le coût des fonds de compensation a diminué.
E. B.: En réduisant le nombre de mandats externes, nous avons pu embaucher des professionnels de haut niveau, continuer à développer nos outils informatiques, gérer les trois fonds et économiser malgré cela entre 10 et 20 millions par an.
Profil
ÉRIC BREVAL
Directeur depuis 2003 du Fonds de compensation AVS. Ancien CIO de Gérifonds société de fonds de placement de la BCV. MBA de Duke University, CFA et CAIA.
MARCO NETZER
Président du Fonds de compensation AVS depuis 2008. Partner et président du conseil d’admin. de la Banque Cramer & Cie. Ex-CEO du groupe Banco del Gottardo, après divers postes à responsabilités à UBS. Licence en droit de l’Université de Zurich.
Tags: Marco Netzer, Eric Breval, AVS, AI, APG,
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