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La grande reconversion des employés de banque

Par William Türler - Mis en ligne le 23.04.2009 à 06:00

Emploi. Les vagues de suppressions de postes de travail encouragent les changements de filière. Les grandes banques prévoient déjà des plans de transition de carrière.

Moins de 100''000 emplois bancaires en Suisse en 2010?
 
Mercredi 15 avril, le nouveau patron d’UBS et ex-dirigeant du Credit Suisse, Oswald Grübel, biffait 8700 postes de travail, dont 2500 en Suisse. Les licenciements frôleraient, eux, les 1500. Des coupes qui surviendront d’ici à 2010. Plus tôt, sa rivale bancaire, le Credit Suisse, annonçait la suppression de 5300 emplois avant la fin de l’année. Ici, 650 postes seront touchés en Suisse.

S’ajoutent encore quelques centaines de suppressions de postes dans des institutions de petite taille et dans la banque privée. Au total, estime l’Institut conjoncturel KOF de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich, les rangs du personnel bancaire devraient se réduire de 5% d’ici à la fin de 2009. Soit une perte de 5400 à 6000 postes de travail, dont plus de la moitié dans la région de Zurich. Pour la seule UBS par ailleurs, environ 80% des coupes annoncées par Oswald Grübel auront lieu dans l’agglomération zurichoise.

En 2007, les banques exerçant en Suisse employaient un peu plus de 108 800 personnes. Ce nombre issu des données de la Banque nationale suisse (BNS) sera mis à jour en juin prochain pour 2008. Avec les réductions qui s’annoncent pour 2009, le nombre de postes dans la banque devrait, selon plusieurs experts cités dans la presse dominicale, frôler les 100 000. Voire moins, à suivre les plus pessimistes. Un niveau qui rappelle celui atteint entre 2002 et 2003, quand les banques helvétiques salariaient tout juste 99 500 collaborateurs.

En suivant la statistique de la BNS, on constate aussi que près de 16 000 emplois ont été supprimés en une vingtaine d’années dans le secteur bancaire du pays. Et ce, alors que la législation sur le secret bancaire n’avait pas subi de modification significative.

De plus, neuf postes biffés sur dix, durant ces années-là, l’ont été dans les grandes banques. Alors que celles-ci rayaient, entre 2000 et 2008, près de 3200 postes de travail, les banques de moindre importance (Raiffeisen, banques cantonales...) en créaient presque autant...
Les milieux bancaires se préparent à une année tragique. A elles seules, l’UBS et le Credit Suisse prévoient la suppression de plus de 3000 postes sur le territoire national ces prochains mois. Et chez la concurrence, le climat n’est pas à l’embauche… Ces conditions difficiles contraignent une partie du personnel à sérieusement envisager un changement de secteur, même au prix de fortes réductions de salaire.

Avec quelles perspectives? «Les cadres peuvent se diriger dans la trésorerie, le consulting, la formation ou les relations avec les investisseurs, que ce soit au sein de grandes structures ou dans l’industrie, indique Heather Steele, responsable du secteur finance chez Adecco. Les employés avec moins de spécialisation, notamment dans le back office, peuvent tenter leur chance dans les assurances, la vente, l’administration ou le service à la clientèle.» Le personnel bancaire peut miser sur des caractéristiques fort appréciées dans ces secteurs, telles que la discrétion ou le sens du détail: «Les employés du front office peuvent également mettre en avant leurs compétences commerciales ou leur capacité d’analyse, ceux du back office la précision, la tenue de délais ou une certaine aisance avec les chiffres.»

Programmes spéciaux. Beaucoup d’employés, présents depuis de nombreuses années dans les entreprises, devront réapprendre à se mettre en valeur sur le marché du travail. Les grandes banques préparent à leur attention des programmes d’accompagnement spéciaux. Le Credit Suisse (entre 600 et 650 suppressions de postes, 3% de l’effectif total en Suisse) prévoit des formations et des bilans de compétences, de même que la possibilité d’une mise à jour des connaissances linguistiques par le biais d’un financement total ou partiel. «Les mesures décidées se déclinent en trois points: exploiter au mieux les possibilités à l’interne, geler les embauches et fournir un service personnalisé en fonction des profils», résume le porte-parole de la banque, Jean-Paul Darbellay. Prévue d’ici à la fin du premier semestre, les coupes concerneront en priorité les activités d’investissement et les services d’assistance s’y rattachant (support, administration, ressources humaines, service juridique, communication ou marketing). Les personnes en contact direct avec la clientèle se voient, dans leur ensemble, moins touchées.

Plans de carrière variés. De son côté, UBS (2500 suppressions prévues dont 1500 licenciements) a conclu un accord de partenariat social avec l’Association suisse des employés de banque (ASEB) et la Société suisse des employés de commerce (SSEC). Des mesures d’aide – bilan personnalisé, préparation du CV, recours à des plateformes spécifiques de recherche d’emploi – s’appliquent à tous les collaborateurs, cadres et employés. Un montant de 6000 francs pourra être demandé par les collaborateurs pour financer des mesures «incitatives» (formations, reconversions externes ou reclassements collectifs) jugées utiles par l’employeur.

Quel que soit le cas de figure, une reconversion ne s’improvise pas: «Je conseille vivement de toujours tenir son CV à jour, d’agir rapidement mais sans précipitation et de réaliser un bilan de compétences afin de connaître ses forces et ses faiblesses», souligne Heather Steele. Et tous les plans de carrière doivent être envisagés: «Nous avons nous-mêmes engagé des employés venant du back office en tant que conseillers. De par leurs connaissances et leur expérience dans le secteur bancaire, ces personnes remplissent des conditions idéales pour devenir des consultants.»
Riccardo Barilla, 46 ans, n’a pas attendu la crise pour changer de voie. Il a quitté la banque Syz en 2004 pour se reconvertir, en compagnie de sa femme – également ex-banquière – dans le domaine de l’art: «Nous souhaitions surtout pouvoir passer plus de temps ensemble. Bien sûr, améliorer notre vie privée a nécessité de faire pas mal de sacrifices matériels. C’est un luxe que tout le monde ne peut pas se permettre.»





Tags: Banquiers, reconversion, crise, emploi,

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