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MÉDITER S’asseoir, ressentir son corps et sa respiration, puis se placer à l’arrière-plan pour observer tout ce qui se passe en lâchant prise. «Pour regarder ce qui ne fait que passer comme des nuages dans le ciel de votre conscience», écrit Jacques de Coulon.
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Société
La grande vogue de la méditation

Par Isabelle Falconnier - Mis en ligne le 21.12.2011 à 15:10

La pratique de la méditation fait fureur et la fréquentation des cours est en hausse exponentielle. Grâce à des passeurs qui l’ont laïcisée et occidentalisée; à cause d’une société stressée, angoissée et frustrée qui privilégie l’avoir à l’être.

Il appelle cela des «marathons de méditation». Régulièrement, le samedi ou le dimanche, débutants ou avancés peuvent s’inscrire pour une, deux ou trois heures de méditation dans son cabinet de l’avenue de Chamonix à Genève. La fréquentation, tout comme celle de ses cours collectifs et particuliers, est en augmentation «exponentielle» depuis une année, alors qu’il ne fait quasi aucune publicité.

"IL NE FAUDRAIT PAS QUE LA MÉDITATION DEVIENNE UNE SIMPLE PILULE DU BONHEUR." Jacques de Coulon, philosophe et enseignant, Fribourg

Ariel Guerra, né en Argentine il y a trente-neuf ans, a créé Idenciel à Genève en 2007 après de longues années en Asie. Il est désormais sollicité pour proposer de la méditation aux femmes qui vont accoucher, aux enseignants de classes enfantines, aux étudiants de l’Université de Genève. «Le mot même de méditation a été démystifié. Il a longtemps été perçu comme lié à une tradition religieuse asiatique sans lien avec nous. Moi-même, je préférais parler de “gestion du mental”, c’est tout dire...»

Directeur de la collection L’esprit d’ouverture chez Belfond, fondateur de l’Ecole occidentale de méditation, basée à Paris et à Genève, Fabrice Midal a été l’un des premiers à proposer, voici vingt-cinq ans, un apprentissage de la méditation adapté aux Occidentaux. Son dernier livre, en fait un coffret CD (Audiolib) proposant 12 séances de méditations guidées, est quasi épuisé un mois après sa sortie.

«C’est stupéfiant, spectaculaire, cette hausse de la demande de méditation! Nous étions une vingtaine dans mes cours il y a quelques années, désormais c’est plus d’une centaine. Et tous publics: hommes, femmes, jeunes, vieux. Il y a vingt ans, nous étions en pleine mode du bouddhisme, avec une acmé lorsque le Dalaï-Lama a été fait Nobel de la paix. En Amérique, cet engouement date d’il y a quelques années. Il arrive aujourd’hui en Europe dans une version adaptée, lisible, utilisable.»

A Fribourg, Jacques de Coulon a refusé du monde lors de sa conférence sur la méditation au dernier Salon du mieuxvivre. Proviseur au collège Saint-Michel, philosophe, cofondateur en 1978 du RYE (Recherches sur le yoga dans l’éducation) et auteur des Méditations du bonheur (Payot), il refuse régulièrement des demandes de cours. «Il y a un tel engouement.

Des psys m’ont demandé de faire une conférence à leur congrès à Nîmes, les élèves de Saint-Michel m’en demandent, même mon éditeur souhaite que j’écrive un livre sur la méditation et les enfants!»

Devenu un nouvel outil thérapeutique, grâce notamment aux travaux de l’Américain Jon Kabat-Zinn, la méditation est désormais utilisée dans le cadre de psychothérapies de plus en plus larges et ses effets positifs sur la santé ne cessent d’être constatés.

Matthieu Ricard, scientifique français converti au bouddhisme et auteur notamment de L’art de la méditation assure que «des études ont démontré les bienfaits qui découlent de 20 minutes de méditation quotidiennes: diminution de l’anxiété et de la vulnérabilité à la douleur, de la tendance à la dépression et à la colère, renforcement de l’attention, du système immunitaire et du bien-être en général».

Les raisons d’un succès. Bref, après le yoga, la méditation, pratique mentale et spirituelle millénaire au coeur tant du bouddhisme, de l’hindouisme, du taoïsme, de l’islam que du christianisme, gagne sous sa forme contemporaine, laïcisée et accessible, nos villes et nos vies de manière spectaculaire. Un engouement impossible à chiffrer mais qui n’a rien d’une mode éphémère ni d’un caprice.

«Notre société hypertechnologisée permet une communication qui rend tout accessible mais nous menace d’étouffement, constate Ariel Guerra. Les gens qui viennent me voir sont bloqués, en grande demande de fluidité.» Nous vivons dans un monde du faire et de l’avoir, ou tout va très vite, renchérit Jacques de Coulon.

«Bien sûr, nous prenons aussi, ou croyons prendre, soin de nous: nous chouchoutons notre corps, pansons les bobos de notre âme, devenons experts en recettes psychologiques. Mais nous nous sentons manipulés, impuissants, et nous nous coupons de la dimension la plus haute, celle de l’esprit. Nous sommes dans un monde qui est l’opposé de ce que demande la méditation, c’est pourquoi la méditation est ressentie comme un véritable besoin. Pour compenser cet excès d’extraversion.»

A l’occidentale. Un engouement qui est également le résultat du travail de quelques personnes, dont des gens comme Matthieu Ricard ou Fabrice Midal, qui l’ont «occidentalisée». «Nous avons montré ses aspects directs et concrets, hors religion. Mais surtout, la méditation répond à une demande profonde de l’Occident. Nous n’avons plus le temps, l’espace ni la disponibilité de savoir ce que nous ressentons, ce que nous sommes.

Les gens se sentent coupés de la vie en eux. Le taux de suicide est en hausse constante, la dépression est le mal du siècle, tout comme le stress. La méditation ne résout pas tous les problèmes, mais elle est une manière de retrouver le contact avec la vie en soi», raconte cet ancien adolescent désespéré, qui trouvait la vie «horrible», et que la méditation, découverte chez des amis étudiants à Paris dans les années 80, a soulagé immédiatement.

Anne Michel enseigne la méditation en Suisse romande depuis onze ans. «Les gens sentent intuitivement qu’il y a quelque chose de plus que le monde incarné ou virtuel. Et la pratique s’est démocratisée, on trouve des livres très bien pour la pratiquer de son côté, même à la Poste.» Jean Lechim, qui enseigne le yoga et la méditation à Lausanne depuis plusieurs décennies, parle aussi de succès «exponentiel» et n’accueille plus depuis longtemps des gens n’ayant pas au moins deux ou trois ans de pratique. «C’est dans l’air du temps. L’apparent confort dans lequel vit la société ne la rend pas heureuse. Pour y remédier, les gens sont de plus en plus ouverts aux approches intérieures. Le bonheur est en soi, et la méditation fait bouger les gens, au sens figuré.»

"LA MÉDITATION RÉPOND À UNE DEMANDE URG ENTE DES OCCIDENTAU X, AUJ OURD’HUI COUPÉS DE LEUR ÊTRE." Fabrice Midal, fondateur de l’Ecole occidentale de méditation

Terminé le folklore des ashrams et des tuniques oranges: l’adepte contemporain de méditation a lu Freud, Marx et Nietzsche. Ce qui tombe bien: la plupart des enseignants aussi. «Il n’est pas nécessaire de croire en telle ou telle divinité, abonde Jacques de Coulon. Il suffit de faire ce pari: je suis plus que ce que je pense être. La méditation est au-delà de tout dogmatisme religieux.

C’est le noyau commun profond de toutes les spiritualités du monde, c’est l’humanité de l’homme.» Basée sur la respiration, la gestion du mental et la concentration sur le ressenti émotionnel et corporel, la méditation proposée par des enseignants comme Fabrice Midal et Ariel Guerra s’est dépouillée de tout ce qui pouvait paraître rébarbatif et déroutant. «Les Occidentaux ont envie d’explications, raconte Fabrice Midal. Les Orientaux répètent les gestes, et ensuite les comprennent.

Même moi je veux comprendre. Je ne veux pas devenir oriental. Je ne présente pas la méditation comme une évasion dans un monde oriental idéalisé, ni comme l’apprentissage d’une technique mystique pour happy few, mais comme une manière concrète de répondre à nos aspirations et nos difficultés. Mais c’est le discours qui a changé, non la pratique. Qui est devenue peut-être même plus proche de l’origine.» Méditer en Suisse ou au Tibet a «tout autant de sens, et est tout aussi juste», résume Ariel Guerra.

Clichés cassés. Une modernisation d’une pratique ancestrale qui a le mérite de tordre le cou à quelques clichés concernant la méditation: non, elle ne consiste pas à faire le vide dans son esprit et ne se résume pas à une séance de relaxation. «Imaginez que vous ayez une tension, explique Fabrice Midal. La relaxation va faire disparaître cette douleur. La méditation vous invitera à explorer cette douleur.

Il ne s’agit pas d’être plus calme mais plus vivant, ouvert et curieux.» «Méditer, ce n’est pas arrêter de penser, renchérit Ariel Guerra. C’est voir ce qui se passe en nous pour découvrir une autre source d’énergie et de bien-être, transformer l’esprit.»

Frédéric, 53 ans, travaille dans une société financière à Genève. Peu avant la trentaine, il a découvert la méditation lors d’un stage d’un mois au Népal avec des lamas tibétains. Lui qui croyait accéder au nirvana découvre «l’état de conscience de tout ce qu’on ressent ou vit». Depuis, la méditation est devenue fondamentale dans sa vie. «On devient moins narcissique, moins stressé et plus gentil.» Il ne parle pourtant pas de cela au travail.

«Dans le monde de la finance, la méditation est encore mal acceptée. On croit que l’on sort du pragmatisme, de l’esprit de compétition guerrier. Les gens préfèrent s’alcooliser ou prendre des drogues...» Joyce Kholer, 23 ans et en formation d’herboriste à Lausanne, est partie en Inde à 18 ans et depuis, s’intéresse passionnément au yoga, à la méditation et à la philosophie orientale.

«J’étais révoltée par le matérialisme de la société. Je voulais voir à l’intérieur de moi pour découvrir mon essence. Si les gens s’intéressent à la méditation, c’est qu’ils ne sont pas satisfaits des systèmes religieux qu’ils connaissent.» Jacques de Coulon se souvient des crises d’angoisse terribles qui le traversaient, du mal-être récurrent dont la méditation l’a sorti. «C’est davantage un état qu’une technique. Elle nous permet de choisir les événements plutôt que de les subir.»

Mode éphémère? Sans doute pas, mais début d’un mouvement de fond pour Fabrice Midal. «Je suis persuadé que la méditation sera introduite dans les écoles, à l’armée, comme c’est déjà le cas aux Etats-Unis. Les enfants n’arrivent plus à fixer leur attention à cause des jeux vidéo et des smartphones. C’est un problème majeur.»

Reste que si elle est à portée de tous, la méditation n’est pas facile pour tout le monde et suscite des attentes parfois démesurées. «Les gens viennent pour se reposer après une semaine de boulot, regrette Anne Michel, alors que la méditation peut être épuisante, difficile, exigeante. Il s’agit d’une transformation intérieure qui demande du temps.»

Même doute chez Jacques de Coulon, qui craint que le côté «profondément subversif» de la méditation passe au second plan. «Elle donne la liberté d’esprit nécessaire pour se dégager des idées reçues et des sentiers battus. Il ne faudrait pas qu’elle devienne une pilule du bonheur!» COLLABORATION MARIANNE GROSJEAN


 

 «J’ai fait l’amour avec une mandarine»

Pourtant élevé par des parents enseignant la méditation, le chanteur lausannois K n’est pas tombé dans la marmite quand il était petit.

La méditation, Nicolas Michel alias K la découvre lors d’une retraite de méditation vipassana, «vers 23 ans, suite à une crise existentielle. Je m’étais épuisé à vouloir m’en sortir tout seul, alors j’ai demandé de l’aide à la vie, raconte-t-il simplement. Pendant ces dix jours de silence complet, j’ai pu démasquer le fonctionnement de mon esprit, comprendre ce qui m’empêchait d’être heureux», et ce, de manière infiniment plus efficace que par la psychothérapie.

Eloquent, la voix douce, les yeux vifs, l’oreille attentive aux pleurs de sa fillette âgée de 2 mois, le chanteur évoque avec enthousiasme «la joie, le kiff, la fête» que lui a apporté la méditation. «Vivre de mes chansons m’a alors semblé une évidence, quand bien même je n’en avais encore écrit aucune, se souvient-il. Quand on médite, chaque objet révèle sa magie». Il évoque une mandarine avec laquelle il avait l’impression de «faire l’amour» en la savourant, après une longue méditation.

Méditant assidûment pendant longtemps, Nicolas Michel, 35 ans, doit compter avec un emploi du temps «complètement chamboulé» par la vie familiale. Il essaie tout de même de méditer dès qu’il peut: «Une journée qui commence par 20 minutes de silence devant une bougie a une qualité décuplée.»

Les fléaux de notre société? L’illusion du bien-être matériel. Mais le père de famille est «absolument convaincu» que l’humanité arrivera à passer «de la consommation à la célébration». Plus encore, il voit dans les crises écologiques et économiques «un immense cadeau». Sans ironie mais avec un sourire confiant, il explique que «l’humanité a maintenant l’occasion rêvée de repenser son rapport au monde». MARIANNE GROSJEAN





Tags: Méditation,

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Réaction de slimnature
le 25.12.2011 à 20:09
@tiendonc Ce n'est pas pour dire mais, tu ne serais pas...
 
Réaction de slimnature
le 25.12.2011 à 20:00
Ce n'est pas parce que tout le monde fait du...
 
Réaction de tiendonc
le 24.12.2011 à 19:20
après les séminaires ayant débouché sur de nombreuses relations extra-conjugales,maintenant...
 



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