La chronique de Jacques Pilet
La Grèce, l'Europe et nous
L’Europe en capilotade? C’est ce que clament les eurosceptiques et les Cassandre de tout poil. Et si le contraire était vrai?
L’Union européenne s’est peut-être renforcée dans la crise grecque. Elle ne prévoyait pas de courir au secours d’un Etat menacé de débâcle financière. Elle excluait même cette possibilité. Mais nécessité fait loi. Et les membres de la zone euro sont convenus de prêter 80 milliards d’euros – ajoutés aux 30 du FMI – à la Grèce pour la remettre à flot. Qu’il ait fallu du temps pour arriver à cette décision, que certains aient renâclé, quoi de plus normal si l’on songe à l’effort demandé? 275 euros par habitant en Allemagne, 256 en France, et... 411 au Luxembourg!
Cet événement marque un pas de plus dans la solidarité continentale. Celle-ci ne résulte pas d’un idéalisme béat. Elle exprime un intérêt commun: résister aux manœuvres anglo-saxonnes pour affaiblir, tuer peut-être, la monnaie européenne, affirmer la volonté et la force du club.
Le plan de sauvetage conçu à Athènes en échange de cette aide laisse cependant un goût amer. Il frappe la population avec une sévérité inouïe. Il est injuste: les fonctionnaires, les retraités, les consommateurs sont appelés aux sacrifices, mais les grandes fortunes, les tricheurs de l’impôt trouveront sans peine le moyen d’échapper à l’effort. Pas un mot non plus sur la réduction des dépenses militaires. L’armée grecque veut acheter deux sous-marins de fabrication allemande sous prétexte que la Turquie dispose de cette arme. Une aberration de plus.
Enfin, ce qui choque dans cette opération, c’est le bénéfice qu’en tireront les banques internationales qui ont prêté les yeux fermés des sommes faramineuses à ce pays trop dépensier. C’est elles aussi que l’on sauve. Un rééchelonnement de la dette les aurait mises à contribution. Mais il en aurait résulté un trouble que les acteurs internationaux n’auraient pas manqué d’exploiter.
De cet épisode dramatique, l’Europe tirera une leçon. Elle est à mi-chemin du gué. Si elle renforce son unité, si elle se dote d’une gouvernance économique plus forte, elle sera en mesure de s’affirmer face aux puissances qui cherchent à l’affaiblir. Si elle reste divisée entre Etats fixés sur leurs intérêts particuliers, elle s’engagera dans un détricotage fatal.
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