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Jean-Claude Juncker
"La grèce n’est pas en faillite"

Par Christoph Schult, Michael Sauga - Mis en ligne le 25.05.2011 à 13:00

Le premier ministre luxembourgeois et chef de l’Eurogroupe s’exprime sur les moyens de sortir de la crise grecque, son idée d’un «rééchelonnement doux» de la dette et les pieux mensonges des politiciens.

Vous êtes catholique et démocrate- chrétien. C’est pourquoi nous allons parler avec vous des dix commandements.

Je vois où vous voulez en venir…

Connaissez-vous le huitième?

Bien sûr: «Tu ne porteras point de faux témoignage contre ton prochain.»

Mais vous ne l’observez guère: il y a trois semaines, vous avez démenti la rencontre secrète à Luxembourg de quelques ministres des Finances pour évoquer la crise grecque.

Le commandement le plus important exige de ne pas nuire à autrui. Il ne figure pas tel quel dans le décalogue mais on peut l’en déduire. Les ministres des Finances de plusieurs pays européens se sont rencontrés un vendredi avec Jean-Claude Trichet, le président de la Banque centrale européenne.

Comme les marchés financiers n’étaient pas encore clos et que les transactions se poursuivaient à Wall Street, nous avons dû nier la tenue de cette réunion. Sans quoi le cours de l’euro aurait catastrophiquement dégringolé.

Mais l’ordre du jour de la séance a été publié sur le site du «Spiegel».

Rien d’étonnant à ce que des ministres des Finances débattent de toutes les hypothèses qui se discutent aussi dans le public. La sortie de la Grèce de l’Union monétaire est un thème de discussion public. Cela ne signifie de loin pas que la question soit à l’ordre du jour. J’ai dû veiller à éviter des turbulences superflues sur les marchés.

Dites-vous par là que, à l’ère des marchés globalisés, un ministre des Finances n’a plus le droit de dire la vérité?

Je n’ai pas de réponse définitive. Je veille avant tout à éviter des inconvénients. C’est pourquoi je suis obligé de faire en sorte qu’il n’y ait pas des rumeurs dommageables. Le fait est que je ne cours pas chez mon confesseur pour un faux démenti. Le bon Dieu a une meilleure connaissance des marchés financiers que bon nombre de ceux qui écrivent sur le sujet.

Quand il y a des réunions secrètes et que la vérité n’est pas forcément dite, les gens peuvent avoir l’impression que quelque chose ne joue pas avec cette Union européenne.

Les gens comprennent très bien que, sur des points sensibles, les politiciens se barricadent. J’avais dix secondes pour décider comment répondre à la presse. Imaginez que j’aie dit: «Oui, nous sommes réunis mais je ne vous dis pas de quoi nous parlons», c’eût été un tsunami sur les marchés financiers. J’ai préféré susciter un peu d’énervement avec un pieux mensonge.

Essayons quand même d’être véridiques: quelle est la situation de la Grèce?

La Grèce a mis en œuvre le programme de consolidation convenu de façon insuffisante. Les recettes sont 9% au-dessous de ce qui est attendu, la réforme du système fiscal n’est pas aussi avancée que prévu et les privatisations programmées n’ont même pas été entamées. Lors de la dernière réunion des ministres des Finances, nous avons tenté d’exprimer ces manquements à nos amis grecs de manière directe.

Qu’est-ce qui doit changer?

La Grèce peut encore entreprendre des choses pour mettre son ménage en ordre. L’appareil étatique est surdimensionné et doit être réduit. Et le pays possède une fortune considérable sous forme de propriétés de l’Etat.

Des experts évaluent la valeur des propriétés de l’Etat à 300 milliards d’euros.

Je ne puis confirmer ce montant. Mais je pars de l’idée qu’au fil des ans le gouvernement peut obtenir, par le biais de privatisations, bien plus que les 50 milliards proposés.

Mais la Grèce ne le fera pas spontanément. Ne faut-il pas la mettre sous pression?

A l’avenir, l’Union européenne accompagnera le processus de privatisation aussi étroitement que si nous le réalisions nousmêmes. La communauté européenne s’attend à ce que, dans cette affaire touchant au destin national, les deux grandes factions politiques du pays mettent de côté leurs petites querelles. Le gouvernement et l’opposition doivent déclarer ensemble qu’ils se reconnaissent dans les réformes élaborées avec l’UE.

Le poids de la dette est si grand que le pays ne s’extirpe pas de la crise malgré les crédits et de cruels paquets d’économies. Pourquoi n’admettez-vous pas enfin que la Grèce est en faillite?

La Grèce n’est pas en faillite. Les experts du FMI et de la Banque centrale européenne nous le confirment. Je suis persuadé qu’au prix d’un effort commun la Grèce peut sortir de la crise.

L’endettement total représente près de 160% de la capacité économique grecque. Comment le pays pourrait-il se retrouver dans le vert avec une telle charge?

Les Etats-Unis et le Japon ont aussi un endettement élevé et personne ne dit qu’ils sont en faillite.

Mais ils possèdent leur propre monnaie que, le cas échéant, ils peuvent dévaluer.

D’accord, la Grèce n’a pas cette possibilité. Mais le gouvernement n’est pas impuissant. Au contraire: la Grèce peut renforcer sa compétitivité, adopter une politique économique raisonnable et créer plus de croissance.

On se berce d’espoir…

Non. Mais si demain la Grèce se déclarait en banqueroute, elle n’aurait plus aucun accès aux marchés financiers pour des années et ses principaux créanciers, les banques européennes, auraient un énorme problème avec des conséquences incalculables sur le marché financier.

Vous exagérez. Les banques européennes se portent mieux qu’il y a deux ans et beaucoup de pays ont instauré des instruments pour les protéger d’un krach.

Restons prudents. Nous sommes toujours à l’épicentre d’une crise globale. Nous avons affaire à des marchés irrationnels, des investisseurs nerveux, des agences de notation dont les constats ne sont pas toujours irréprochables.

Mais les banques en profitent. Elles empochent de juteux intérêts pour leurs engagements en Grèce et savent qu’à la fin ce sont les contribuables allemands ou néerlandais qui assumeront les risques!

Un ordre économique dans lequel les gains seraient privatisés et les risques socialisés est contraire à mes convictions fondamentales. Cela dit, je conseille la plus grande retenue dès lors qu’on en vient à associer des créanciers privés aux coûts de la crise.

C’est pourquoi vous avez plaidé pour un «rééchelonnement doux».

La Grèce doit d’abord exécuter le programme de consolidation promis. Quand ce sera fait, nous pourrons songer à allonger la durée des crédits publics et privés et à abaisser les taux. C’est ça, un rééchelonnement doux.

Le président de la BCE Jean-Claude Trichet n’y pense même pas. Comprenez-vous pourquoi il est opposé à toute forme de rééchelonnement?

Il craint à juste titre que la crise puisse alors contaminer d’autres pays. C’est pourquoi un rééchelonnement doux n’est envisageable que dans des cas précis et sous des conditions particulières. Il faut en tout cas la garantie qu’il ne soit pas interprété par les agences de notation comme un défaut de paiement.

Mais que se passera-t-il si, dans un an, vous constatez que la Grèce n’est toujours pas en voie d’assainissement?

Ma réponse est presque théologique: je ne crois pas que cette question se posera. Pour l’instant, aucun contribuable européen n’a encore dépensé un centime pour le sauvetage des Etats membres endettés. Et la Grèce paie d’énormes intérêts aux pays créditeurs qui n’ont pas eu à piocher dans leurs ressources fiscales.

©DER SPIEGEL. TRADUCTION ET ADAPTATION GIAN POZZY


Profil

JEAN-CLAUDE JUNCKER

1954 Naissance à Redange-sur-Attert. Formation juridique à Strasbourg.

1984 Ministre du Travail du Luxembourg.

1989 Ministre des Finances et du Travail.

1999 Premier ministre.

2005 Premier président permanent de l’Eurogroupe, réunion mensuelle des ministres des Finances de la zone euro.




Tags: Jean-Claude Juncker, Grèce, crise économique,

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Réaction de dup
le 19.07.2011 à 09:33
c'est curieux. Avant les Grecs étaient pas riches, mais...
 
Réaction de Jean-Francois Morf
le 19.07.2011 à 08:03
Quand une identité ne paye pas ses dettes, on met...
 



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