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Par Patrick Vallélian - Mis en ligne le 23.11.2011 à 14:11 |
Savez-vous quelle a été l’une des plus grandes avancées pour les femmes de nos campagnes ces quarante dernières années, un symbole de l’émancipation? La contraception? Le droit de vote? La machine à laver? Tout faux. «Le permis de conduire», répond, souriante, Isabelle Raboud-Schüle. Sûre de son effet, elle ajoute qu’elle l’a découvert en lisant le récent numéro des Cahiers du Musée gruérien sur l’histoire de la femme. Et vlan! Encore un mythe qui tombe. Une habitude, pour la directrice de l’institution bulloise. En 2007, elle s’était attaquée à la fondue, vendue comme un produit ancestral inventé par les armaillis. Et en vrai? Son histoire ne remonte qu’aux années 30 «au moment où l’industrie laitière a voulu relancer les fromages suisses en perte de vitesse face à la concurrence étrangère», expliquaitelle alors. Depuis, l’ancienne directrice du Musée valaisan de la vigne et du vin s’est attelée à un autre gros morceau: l’histoire de la Gruyère, ce petit bout de pays à l’identité fortement enracinée. En février, la nouvelle exposition du musée la revisitera et pourrait faire grincer quelques dents en s’intéressant notamment à la mise en scène de la région et à la construction d’une image. Ou comment on a vendu le mythe d’une Gruyère éternelle avec ses armaillis, son panthéon, ses légendes, ses vaches, ses fromages... A lire également dès la semaine prochaine dans La Gruyère dans le miroir de son patrimoine, le nouveau catalogue du musée en 5 livres. Ses jardins secretsFAMILLE Son mari Yves et leurs trois enfants Didier (25 ans), Thierry (24 ans) et Aline (22 ans) sont centraux dans la vie d’Isabelle Raboud- Schüle. «Les deux garçons arrivent au bout de leurs études, Didier est en doctorat à l’EPFL, Thierry en voyage après son master, et Aline est en 2e HES ergothérapie. Mes enfants ont pris l’habitude d’être autonomes depuis tout petits. Je leur ai toujours fait confiance. Ils en ont fait bon usage et font leur vie.» CHANT Malgré les dizaines de commissions régionales, cantonales et suisses auxquelles participe Isabelle Raboud- Schüle, elle trouve encore le temps de chanter. Dans l’ensemble Couleur vocale de Corsier- sur-Vevey. «Un vrai partage et aussi l’occasion de faire connaissance avec des compositeurs actuels dont André Ducret, Michel Hostettler, Dominique Gesseney- Rappo.» JARDIN Isabelle Raboud- Schüle a aussi la main verte. «Le fait de cultiver 2 m2 et 4 arbres fruitiers facilite les liens avec les voisins», explique-t-elle avant d’ajouter qu’elle doit beaucoup à Pierre Lavanchy, ancien de la station de recherche de Liebefeld. «Il m’a appris quelques bases de l’analyse sensorielle. A déguster des pommes et des poires, par exemple.» Son muséeCHRISTOPHE MAURON Isabelle Raboud-Schüle a repris la direction du Musée gruérien en 2006. Sa mission: redynamiser une institution centrale dans la vie culturelle régionale. Pour cela, elle a pu s’appuyer sur son collègue Christophe Mauron «qui connaît tous les historiens du canton», sur l’équipe des Cahiers du Musée gruérien et sur les 4000 membres de la Société des amis du musée. «Dès mon arrivée à Bulle, nous avons également constitué le réseau des musées en Gruyère (au sens large puisqu’il regroupe 11 institutions, de Romont à Château- d’OEx) pour faire de la promotion commune, complète Isabelle Raboud-Schüle. Cette structure nous permet aussi de nous rencontrer, de faciliter les échanges et les synergies.» VERENA VILLIGER STEINAUER Au niveau cantonal, Isabelle Raboud-Schüle peut s’appuyer sur Carmen Buchillier, archéologue cantonale, et sur Verena Villiger Steinauer, directrice du Musée d’art et d’histoire de Fribourg: «Nous avons décidé de sortir d’une rivalité séculaire entre Bulle et le chef-lieu cantonal pour mieux mettre en valeur notre patrimoine.» Et petit scoop livré au passage: «Nous planchons sur un projet commun d’exposition sur le vêtement au MAHF et au MG, sur les collections historiques, l’invention du costume, les modes et les parures.» Elle s’ouvrira en automne 2013, confirme la directrice du MAHF qui dit au sujet de sa consoeur qu’elle «est vive, chaleureuse, naturelle et franche. C’est une professionnelle hautement reconnue.» Sa causeMÃE LUIZA, À NATAL Isabelle Raboud-Schüle est une membre active des Amis de Mãe Luiza, une association suisse qui soutient les activités du Centre sociopastoral du quartier défavorisé de Mãe Luiza à Natal, dans le nord-est brésilien (Nordeste). Ses inspirationsSTÉPHANE BOISSEAUX De 2004 à 2007, Isabelle Raboud-Schüle a présidé l’association Patrimoine culinaire suisse. Un travail pharaonique pour renouer les fils de l’histoire des produits et mets helvétiques (www.patrimoineculinaire. ch). «Dirigée par Stéphane Boisseaux (actuellement politiste à l’Université de Lausanne), l’équipe du Patrimoine culinaire m’a fait découvrir la subtilité passionnante de toute la question des produits du terroir et de l’authenticité qui se construit.» De son côté, Stéphane Boisseaux dit d’elle: «J’ai été impressionné par sa pensée toujours en mouvement, en lien avec le concret des gens et des choses. Elle a occupé des postes exposés. Elle joue habilement le jeu politique que cela implique. Mais ce n’est pas une femme de pouvoir, ce jeu l’intéresse seulement tant qu’il est au service de l’exigence scientifique, ou, plus largement, du contenu.» FRANÇOIS DE CAPITANI «C’est un historien qui trouve des choses incroyables dans les bibliothèques et qui de plus a de l’humour et du plaisir aux bonnes choses!» Et lui dit d’elle: «Isabelle réunit compétence et bon sens, ce qui est assez rare dans le monde des musées.» SABINE CARRUZZO «Conservatrice du Musée de la Confrérie des Vignerons, Sabine Carruzzo habite le même quartier que nous à Corseaux. Je la rencontre souvent, notamment à la plage de la Crottaz, un lieu important pour nous. Nous échangeons beaucoup. Nous nous prêtons également des objets pour nos musées. En plus, ce qui ne gâche rien, elle possède des vignes en Valais.» Ses complicesMARY-CLAUDE BUSSET Isabelle Raboud-Schüle vit dans le monde des musées depuis belle lurette. Après avoir créé et dirigé le Musée valaisan de la vigne et du vin (1989-94), elle a été conservatrice à l’Alimentarium de Vevey (1994-2006) avant de débarquer à Bulle. Elle peut s’appuyer sur des complices comme Mary- Claude Busset (Musée des Ormonts), AnneDominique Zufferey (Musée valaisan de la vigne et du vin) ou Sandra Sunier (Musée international de la Croix-Rouge) qui dit d’elle: «Pleine de vie et d’enthousiasme, Isabelle donne envie d’avoir envie. Chaque fois que l’on se voit, j’en ressors toute ragaillardie.» MARIE-CLAIRE BATAILLE Le réseau muséal d’Isabelle Raboud-Schüle ne s’arrête pas aux frontières suisses. «Marie- Claire Bataille, une ancienne du Musée de l’homme à Paris, m’a fait par exemple découvrir l’ethnologie des antipodes de manière très pragmatique et pas verbeuse pour un sou.» Ses bêtes noiresCHRISTOPH MÖRGELI «Sans le connaître personnellement je me sens à l’opposé d’un conservateur de musée comme Christoph Mörgeli, l’idéologue de l’UDC (Musée de l’histoire de la médecine, Université de Zurich). Les gens de l’UDC ont une vision du monde insidieuse et inquiétante. Ils attisent des débats inutiles et nocifs. Ils créent les problèmes qu’ils prétendent résoudre», tonne Isabelle Raboud-Schüle. |









