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George Lucas entouré de Stormtroopers, les soldats du fascisant Empire galactique, lors d’un gala en 2005.
Photo Reuters

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STAR WARS
La guerre sans fin de George Lucas

Par Julien Burri - Mis en ligne le 01.02.2012 à 12:45

Le créateur de la saga «Star Wars» ressort ses films en salle en 3D. Retour sur la démarche d’un démiurge maniaque qui ne cesse de réadapter ses œuvres au goût du jour, quitte à les dénaturer. Un cas de révisionnisme artistique inédit.

Dans les salles de cinéma du monde entier défile en boucle la bandeannonce de La menace fantôme, premier volet officiel de La guerre des étoiles (ou Star Wars). Sauf que ce film est déjà sorti en 1999. Enfin, pas tout à fait le même film. Démiurge monomaniaque, George Lucas ne peut s’empêcher d’«améliorer» son œuvre. La bandeannonce nous explique, en substance, que nous vivions encore au Moyen Age. Mais que, désormais, grâce à la 3D, l’immersion dans la saga de tous les superlatifs sera quasi totale. Mais le réalisateur ne se contente pas d’adapter technologiquement ses films. Comme d’habitude, il en modifie plus ou moins aussi le contenu. Pour ceux qui ne vibreraient pas à la lecture de cette simple phrase: «Il y a bien longtemps, dans une galaxie lointaine, très lointaine...», rappelezvous que la sortie du premier film de La guerre des étoiles, en 1977, a fait date dans l’histoire du cinéma. Le film, bricolage efficace et novateur, recyclait le film de guerre, le western, les séries B des années 30 (Flash Gordon), Kurosawa et les mythes archaïques de formation virile. Cinq autres films ont suivi, jusqu’en 2005, dessinant un univers tentaculaire (revues, romans, jouets, séries TV, jeux vidéo… une armada de scénaristes élaborent Star Wars en continu). Depuis, l’oeuvre a englouti son auteur. Lucas n’a plus rien tourné d’autre et s’est enfermé dans son rêve. A chaque nouvelle sortie sur les écrans, à chaque réédition en DVD ou en Blu-ray, il corrige ses films. Comme un chirurgien fou, il ne peut s’empêcher de retoucher indéfiniment sa créature pour la parfaire.

Autorecyclage. Alain Boillat, professeur à la section de cinéma de l’Université de Lausanne, est incollable sur la saga. Il lui a d’ailleurs consacré un numéro de la revue Décadrages en 2006. Pour nous, il analyse avec passion la pratique inédite du cinéaste: «Lucas cherche à s’adapter au goût du jour. C’est la preuve d’un profond mauvais goût! Ce n’est plus sa vison qu’il cherche à imposer; il essaie de refléter le goût du public. Et comme le public change avec les années, il considère que ses films doivent changer eux aussi. Il est dans le recyclage perpétuel de lui-même, une forme de postmodernisme égocentrique.» L’opération de recyclage commence lorsque Lucas ressort le premier volet historique de la saga en salle, en 1997, soit vingt ans après sa réalisation. Il incruste de nouveaux personnages dans les plans, ajoute des scènes, revoit les effets spéciaux. La malle au trésor d’antan (les marionnettes, les maquettes) cède la place aux images de synthèse.

Le 8 février prochain, dans les salles, vous ne verrez pas non plus le même film. Chaque image de La menace fantôme a été modifiée. Il a fallu créer artificiellement le point de vue d’une deuxième caméra, pour obtenir l’effet 3D. Les images ont été «agrandies» de 8%, et la marionnette de maître Yoda a été remplacée par son double en images de synthèse.

Technophilie. Récemment, George Lucas déclarait qu’un film en 2D équivalait à du noir et blanc. Sa hantise, c’est l’obsolescence. Pour s’en prémunir, l’homme lutte pour rester à la pointe de la modernité. Il a révolutionné les trucages et le son des superproductions hollywoodiennes (Jurassic Parc, Terminator ou Titanic sont passés par Industrial Light & Magic, sa société). Star Wars est avant tout la vitrine publicitaire de son savoir-faire.

Le cinéaste a bien changé depuis ses débuts. Rebelle issu du néo-Hollywood, auteur hors norme (son premier film, le minimaliste THX 1138, en 1971), il est devenu depuis un nabab riche de 3 milliards de dollars. Bref, il a passé du «côté obscur de la force». Ce n’est pas le moindre de ses paradoxes. «Le monde qu’il a créé est profondément technophobe, relève Alain Boillat. Dans ses films, il critique la prédominance de la machine sur l’humain. Mais en tant que cinéaste, il évacue de plus en plus les acteurs. Le tournage ne représente plus qu’un court passage. Ce qui compte, c’est la post-production.» Qui, elle, se poursuit toujours. Ainsi, le comeback s’échelonnera au rythme d’un volet par année. On en a donc jusqu’en 2017. «C’est pathologique» reconnaît Alain Boillat. Ce qui ne l’empêche pas de collectionner les figurines de Star Wars. En connaisseur, il ne les sort pas de leur emballage. Figées dans le temps, elles montreront ce à quoi ressemblaient les héros de la saga en 2012, avant que leur créateur ne décide, qui sait, de les remodeler une nouvelle fois.

Enfin, ultime paradoxe, à force de courir après la technologie, Star Wars rappelle de plus en plus les débuts du cinéma. «Pour moi, les films 3D sont plus proches de la lanterne magique, conclut Alain Boillat. Elle permettait de superposer des plaques de verre, des plans souvent purement décoratifs, sans continuité perspectiviste. La 3D me donne souvent la même impression. Et les plans de George Lucas, fourmillants de créatures, alourdis de nouvelles incrustations, finissent par avoir le charme des fantasmagories des courts métrages de Georges Méliès.»

«Star Wars, épisode I - La menace fantôme». De George Lucas. Avec Ewan McGregor, Liam Neeson et Natalie Portman, 2 h 13.




Tags: George Lucas, Star Wars 3D, La guerre des étoiles,

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