«On aimerait lui donner ce que nous n’avons pas eu. Et comme nous ne pouvons pas vraiment l’aider, on paie.» Pour Fabiola Curty et son mari, la réussite scolaire de leur fille Marina est une priorité. Qui n’a pas de prix. Ils n’ont donc pas hésité à faire appel à une aide extérieure pour soutenir leur fille. Comme des milliers de parents en Suisse romande. Privée ou publique, l’augmentation de la demande est phénoménale, estimée entre 30% et 40% durant les cinq dernières années. Mais elle interpelle aussi sur la capacité des enfants romands. Sont-ils moins attentifs que leurs aînés? Ou les parents auraient-ils démissionné de leur rôle d’accompagnateur? Ou encore l’école publique n’est-elle plus à la hauteur, comme le laisserait supposer certains résultats d’études comparatives, comme le Programme international pour le suivi des acquis des élèves, plus connu sous le nom de PISA?
Un véritable laboratoire. La vérité est moins tranchée, sorte de doux mélange de causes qui trouve ses racines dans une société en mutation. Cette incertitude se retrouve dans la nature des soutiens accordés et à disposition des élèves. Ceuxci varient fortement selon que l’on se trouve dans le canton du Valais ou dans celui de Vaud. Dans le premier, le soutien fait partie intégrante du cursus scolaire obligatoire. Dans le second, la tendance est au recours toujours plus fréquent aux établissements privés. Un grand écart qui révèle la nébuleuse dans laquelle les parents sont contraints de se mouvoir et, surtout, qui fait de la Suisse romande un véritable laboratoire. Tous les parents vous le diront: les premières difficultés apparaissent à l’approche du cycle secondaire, la période de la première sélection. L’enfant perd ses repères, ses habitudes, le prof unique. Il découvre les notes, avec leurs joies et leurs peines, ainsi qu’un rythme de travail supérieur. Surtout, c’est à ce moment-là que se détermine en grande partie leur avenir professionnel et un éventuel accès aux gymnases, puis plus loin à l’université. Pour Quentin, 12 ans, l’objectif était la voie de la maturité à tout prix: «Il y a plus d’options pour le futur, surtout que je veux faire des études!» Et, bien qu’une seule branche, l’allemand, pouvait lui poser problème, sa mère, quadrilingue, n’a pas hésité à lui trouver une répétitrice spécialisée. Aujourd’hui, Quentin a atteint son objectif. Directrice de l’institut Academica à Lausanne, Victorine Ungaro confirme: «Les parents se rendent compte à ce moment-là qu’il faut monter les notes pour passer au mieux la sélection.» Et les établissements privés font le plein: «Soixante pour cent de nos élèves sont en cinquième ou sixième année.» Faut-il dès lors payer pour réussir? C’est la thèse critiquée par Sylvie Pittet-Blanchette, secrétaire de l’Association des parents d’élèves du canton de Vaud, qui dénonce une formation à deux vitesses: «Si les parents sont fortunés, ils se tournent vers le privé. Il est vraiment regrettable que l’argent entre en ligne de compte dans cette problématique.»
Une conséquence de la crise. Cette théorie du porte-monnaie indigne même les écoles privées. A l’image de Bienvenu Lanzi, directeur de l’Ecole Alpha à Sierre: «Nous recevons beaucoup de demandes de familles à bas revenus. Et nous trouvons toujours une solution, car ces personnes sont prêtes à des sacrifices pour leurs enfants. A l’opposé, il n’est pas rare de croiser des familles plus aisées pour qui 65 francs de l’heure est trop cher.» De plus, l’enquête menée par L’Hebdo montre que de nombreuses associations et instituts ne font pas du profit une obsession. A l’image de l’Union chrétienne de Genève qui, après les 25 francs d’inscription de départ, dispense soutien et cours de répétition gratuitement. Plus terre à terre, Cilette Cretton,directrice du projet HarmoS mandatée par le Canton de Vaud (l’harmonisaCette théorie du porte-monnaie indigne même les écoles privées. A l’image de Bienvenu Lanzi, directeur de l’Ecole Alpha à Sierre: «Nous recevons beaucoup de demandes de familles à bas revenus. Et nous trouvons toujours une solution, car ces personnes sont prêtes à des sacrifices pour leurs enfants. A l’opposé, il n’est pas rare de croiser des familles plus aisées pour qui 65 francs de l’heure est trop cher.» De plus, l’enquête menée par L’Hebdo montre que de nombreuses associations et instituts ne font pas du profit une obsession. A l’image de l’Union chrétienne de Genève qui, après les 25 francs d’inscription de départ, dispense soutien et cours de répétition gratuitement. Plus terre à terre, Cilette Cretton,directrice du projet HarmoS mandatée par le Canton de Vaud (l’harmonisation du programme scolaire suisse, ndlr) livre une autre explication: «Les écoles privées ont tout intérêt à s’installer dans des milieux prospères. C’est uniquement une question de marché. Regardez la carte, vous verrez que ces écoles ouvrent là où les gens ont les moyens.» Soit ni à Moutier ni à Bulle, mais bien à Genève et à Lausanne, centres névralgiques du soutien privé en Suisse romande.
Sélection pas en cause. La pédagogue remet même en cause le lien entre le principe de sélection et la demande de soutien privé: «Il est normal qu’il y ait un grand nombre d’élèves de 5e et 6e années qui suivent ce type de cours. Nous sommes dans un contexte de crise et nombre de parents s’inquiètent. Aujourd’hui, l’avenir professionnel n’est plus assuré pour chacun. Néanmoins, je peux affirmer que le système existe depuis suffisamment longtemps pour constater qu’il n’y a aucun lien entre l’apparition d’écoles privées et la sélection.» Une insécurité que les comparaisons internationales pas toujours positives, notamment les études PISA, ne font qu’accentuer. Ce constat n’explique cependant pas les différences d’approche entre les cantons romands, laissant ici une impression de flottement. Si les départements de la formation font de la lecture un objectif prioritaire pour la fin de l’école primaire et qu’ils s’organisent en conséquence – les cas de dyslexie, par exemple, sont détectés au plus vite et pris en charge par des structures spécialisées –, les autres mesures proposées par l’école publique varient en fonction de l’âge et du degré scolaire. Et là, c’est tout ou rien. Dans la première catégorie, on trouve le Valais. Depuis 1986, le canton s’est débarrassé des trois voies secondaires au profit d’un cursus unique. En parallèle, il a investi dans un soutien scolaire intensif, avec des enseignants spécifiques dans chaque commune. «Moins de 1% des élèves fréquentent une structure privée en Valais», selon Michel Delitroz, directeur de l’Office de l’enseignement spécialisé. Tout est contrôlé par le professeur titulaire, qui coordonne l’appui de l’enfant avec les parents et les structures intégrées. Dans le Jura, autre territoire qui n’intéresse que moyennement les écoles privées, la souplesse a été privilégiée au niveau secondaire. «Il s’agit de proposer une aide plus ponctuelle, comme pour la préparation d’une interrogation. Ainsi, la demande est plus fréquente et nous travaillons moins sur le long terme,» relève Daniel Brosy, chef du Service de l’enseignement du canton. A chaque rentrée, les élèves reçoivent un talon d’inscription à ce programme. De son côté, Fribourg, premier de classe de l’école romande, entend continuer sur sa lancée en adaptant ses propositions à son développement démographique: «La demande augmente et nous avons une population étrangère très importante, avec plus de 70 nationalités. Nous essayons donc d’augmenter nos appuis en langue», note Herbert Wicht, inspecteur d’arrondissement.
Expérience-pilote à Neuchâtel. Les difficultés scolaires se traduisent aussi régulièrement par des redoublements. Dans le classement des mal-lotis, Vaud est le canton où l’on redouble le plus, devant Argovie, le Valais et Neuchâtel. Fort de ce constat, le Département de l’instruction publique neuchâtelois a décidé d’empoigner le problème pour cette rentrée. Pour donner une seconde chance à l’élève qui a raté son année de peu et parce que redoubler coûte cher (8500 francs par élève en primaire, 12 500 en secondaire inférieur). Concrètement, l’expériencepilote nommée ASPEDI (Aide socio-pédagogique aux enfants en difficulté), qui est proposée aux parents par l’école (et pas l’inverse), prévoit qu’une trentaine d’élèves de 7e et 8e années suivent des cours de rattrapage le mercredi aprèsmidi jusqu’à l’automne. Au terme de cet appui intensif dans les branches qui posent problème, additionné de «coaching» (lire encadré), les élèves passeront un examen qui leur permettra d’intégrer définitivement le degré supérieur. Une manière aussi d’éviter la rupture souvent constatée avec l’école lorsqu’il s’agit de refaire une année. A Genève, où le débat à propos del’école reste chaud, la réflexion sur l’accompagnement des élèves est en marche. «La réforme en cours est issue de la votation populaire du 17 mai 2009. Son entrée en vigueur est prévue en 2011, ce qui nous laisse un peu de temps, reconnaît Georges Schürch, directeur général du Cycle d’orientation. Mais une chose est sûre: si les mesures d’accompagnement ne seront pas très différentes, elles seront cependant intensifiées, avec davantage de moyens.» Affaire à suivre.
Vaud se cherche. Reste à trouver le bon équilibre entre offres privée et publique. C’est particulièrement le cas dans le canton de Vaud, région où les structures privées se développent le mieux. Au grand dam de la représentante des parents d’élèves vaudois, Sylvie Pittet-Blanchette, qui regrette le manque d’entrain et une certaine mauvaise foi de l’Etat au niveau du secondaire: «L’argument le plus fréquemment avancé est le manque d’argent pour les heures d’appui. Mais j’ai entendu pire: à savoir que si on en proposait, on biaiserait la sélection!» Un reproche que réfute Serge Martin, directeur général adjoint en charge de la pédagogie vaudoise: «Notre département soutient financièrement des projets particuliers. Quand aux heures de soutien, contrairement à d’autres cantons qui en font une obligation, ils dépendent des établissements eux-mêmes qui peuvent librement les intégrer dans l’horaire. Tout dépend de la volonté des directeurs d’écoles.» Est-ce que cela changera un jour? Rien n’est à exclure dans le grand chantier de l’école vaudoise, dont la prochaine échéance, le 27 septembre prochain, sera la votation sur la prolongation de l’accueil parascolaire des enfants jusqu’à 15 ans au lieu de 12. Les parents n’ont pas fini de se triturer les méninges sur la meilleure manière de soutenir leur enfant. Quoi qu’il leur en coûte.
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