«Les règles de comportement dans l’industrie financière n’accordent pas assez d’importance à l’individu. C’est pourtant lui qui réalise les performances de l’entreprise, par son professionnalisme et ses principes éthiques. S’il ne les respecte pas, c’est l’entreprise tout entière qui en subit les conséquences car elle n’a pas su prendre ses responsabilités.»On peut s’appeler Susan Rice, figurer parmi les dirigeants de Lloyds Banking Group, l’une des banques les plus importantes du Royaume-Uni, siéger au conseil de la Banque d’Angleterre (BoE) et porter les titres honorifiques de Lady et de Commander of the Order of the British Empire (CBE), tout en portant un regard sévère sur les scandales qui secouent la City depuis le début de l’été.Les convulsions financières paraissent lointaines sur la pelouse du palace de Caux, où L’Hebdo a rencontré Lady Susan Rice, CBE. Dans le cadre des conférences d’Initiatives et Changement (ancien Réarmement moral), la banquière expose ses critiques du système, une voix qui a d’autant plus de poids qu’elle émane du cœur même de ce dernier.Depuis le début de juillet, la finance est agitée par le scandale du Libor, ou «Liborgate», cette manipulation des taux d’intérêt qui a déjà coûté leur place aux dirigeants de la banque Barclays, son président Marcus Agius ainsi que son directeur général Bob Diamond, et rend inconfortable la position de Paul Tucker, le numéro deux de la BoE. Toutes les grandes banques de la City sont visées, même celle de Susan Rice. La banquière ne peut pas prendre position sur les détails en raison de sa place au sein de la BoE.
Course à la rémunération. Et depuis le milieu de la semaine passée, HSBC, la plus importante banque britannique, est accusée par le Sénat américain d’avoir enfreint les règles de lutte contre le blanchiment d’argent pour des sommes se chiffrant en milliards de dollars. A Londres, le procès public contre les dirigeants de la finance bat son plein.En premier lieu, selon Susan Rice, la vision à court terme de maints investisseurs, notamment les fonds de pension, doit être corrigée. Au contraire, il faut «les inciter à prendre en compte d’autres critères que les résultats trimestriels pour orienter leurs placements, comme les investissements consentis par les entreprises pour réduire, sur plusieurs années, leur bilan carbone, quitte, à court terme, à réduire leurs bénéfices».La quête effrénée de résultats découle aussi de la volonté de certains dirigeants de maximiser leurs propres rémunérations, lesquelles dépendent largement des cours boursiers de leurs entreprises. L’âpreté au gain n’explique pas tout, avance Susan Rice: «Le niveau des rémunérations est une manière pour des personnalités au très fort ego de se démarquer les unes des autres. La généralisation, il y a une dizaine d’années, de la publication des rémunérations des managers a coïncidé avec l’envol de celles-ci. Les gens se disent: mon voisin gagne un peu plus que moi, je veux faire mieux que lui.»
Comme votre grand-mère. Plutôt que de renoncer à la publication des rémunérations des hauts dirigeants – un acquis encore récent des organisations de défense des actionnaires – les plans devraient être simplifiés et «rester en rapport avec l’évolution des salaires des simples employés dans l’entreprise». Quant aux conseils d’administration, ils doivent savoir dire «non» aux revendications manifestement abusives des dirigeants, et même priver ces derniers de leur salaire lorsque leur entreprise est en crise profonde.Ces changements doivent s’insérer dans une prise de conscience plus large, insiste Susan Rice: «Il faut rappeler aux professionnels de la finance leur responsabilité vis-à-vis de leurs clients. Ils doivent apprendre à les servir comme ils serviraient leur grand-mère, avec soin et conscience. Et ne pas simplement tenter d’écouler des produits financiers sans se soucier des conséquences pour les acquéreurs.»
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