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FESTIVAL
La leçon de violon

Par Dominique Rosset - Mis en ligne le 11.01.2012 à 12:21

Dora Schwarzberg, mentor des Sommets musicaux de Gstaad, consacrés cette année à la «Magie du violon», vit la musique comme un idéal.

«Ne jouez pas, mais vivez, osez, posez les questions sans attendre de réponses autres que celles que vous saurez vous donner à vous-même, face à la musique…» C’est en substance la seule indication et la seule énergie que transmet jour après jour, à ses étudiants de la Wiener Akademie, la violoniste et pédagogue russe Dora Schwarzberg. C’est la leçon qu’elle donnera, lors des Sommets musicaux de Gstaad, aux musiciens prometteurs invités à se produire en récital, chaque après-midi, en préambule à des concerts d’ensembles confirmés. «Mentor», à l’image de l’ami d’Ulysse, elle sera à l’écoute et ne suscitera rien d’autre que l’essentiel: la conviction, l’intégrité, la force d’une musique incarnée. «Toute expérience musicale doit nous transformer, affirme-telle d’une voix aux intonations étranges, voilées et voyageuses. Si l’on sort d’un concert identique à ce qu’on était en entrant, c’était inutile. J’ai la chance d’avoir vécu des concerts nécessaires et je sais que j’en vivrai encore.»

Sens du sacré. Son rôle, cette fois de nouveau, sera donc d’être «honnête», de refuser de cautionner les artifices. De même qu’elle refuse de jouer en concert avec des artistes qui truquent, brillent ou routinent, elle renonce à suiwvre des jeunes musiciens qui ne partagent pas son sens du sacré: «La musique est tellement plus grande et importante que nous! La servir est une mission, une religion, une quête.»

Née dans les coulisses d’un théâtre juif d’Odessa, où ses parents étaient musiciens, Dora Schwarzberg a appris toute gosse que son violon devrait être capable de parler, de dire, de pleurer, mais que tout bavardage était proscrit! «La seule exigence est de ne jouer que si on a quelque chose à exprimer…» Elle conserve aussi l’expérience et la mémoire de toutes les années durant lesquelles des œuvres musicales pouvaient être plus subversives que les mots – «la musique n’est jamais anodine» – et, si elle se dit, dans un soupir sourire, «au début de ses dernières journées de vie», elle demeure toujours aussi avide d’apprendre et de partager.

Croire pour aimer. «Donner des leçons de musique, c’est parfois dire qu’on ne sait pas, marcher à côté d’un étudiant pour l’aider à devenir qui il est, parler, rire et pourquoi pas pleurer avec lui… mais ne jamais chercher à le guider!» Dora Schwarzberg se souvient de ses premières expériences avec des étudiants japonais, il y a plusieurs années: «Ils étaient tellement dans l’obéissance qu’ils faisaient tout ce que je disais: c’était absolument terrifiant pour moi… Ce n’est heureusement plus du tout le cas aujourd’hui.»

«Si je ne crois pas à ce que j’entends, je ne peux pas aimer», glisse-t-elle encore. Dora Schwarzberg aime les jeunes musiciens, mais elle souffre de les sentir souvent trop pressés d’arriver à leurs fins, trop enclins à gommer leurs particularités pour se plier au jeu des concours, tellement avides d’être à la pointe qu’ils risquent à tout moment de se perdre. Le talent est une chose, le devenir en est une autre. Quand on évoque sa parenté de pensée avec Menuhin, elle sourit et précise: «Je ne l’ai jamais vu courir! Peut-être bien qu’il courait parfois, qui sait, mais je ne l’ai jamais vu autrement que prenant le temps et donnant du temps.»

Dora Schwarzberg cherche, au-delà du mot juste, l’émotion, l’expression, le sens nécessaire. Elle observe et écoute les autres comme s’ils étaient musique. Avec une attention incisive et généreuse, intuitive et sans concession. Les Sommets musicaux vibreront, avec elle, d’une âme de fer, de chair et de feu.

Gstaad. Du 27 janvier au 4 février. Renseignements: 022 738 66 75. www.sommets-musicaux.com




Tags: Dora Schwarzberg, violon, magie du violon, violoniste,

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