EDITO
La leçon du Transrun

Par Alain Jeannet - Mis en ligne le 27.09.2012 à 09:11

Pour se rassurer, on peut minimiser l’ampleur du désastre et évoquer l’impératif d’un «rebond». La réalité, c’est que le refus du Transrun est une calamité pour le canton de Neuchâtel, mais aussi pour la Suisse romande.

Les Neuchâtelois se privent en effet d’un saut quantique en matière de transports publics. Ils pourront peut-être récupérer l’argent des CFF pour bricoler la ligne Neuchâtel-La Chaux-de-Fonds. Mais les 110 millions de la Confédération sont perdus pour toujours (lire aussi en page 22).

Le vote du week-end dernier affaiblit de surcroît les lobbyistes et les parlementaires romands à Berne. A l’heure où les cantons latins, d’un côté, et les quatorze cantons de Suisse centrale rassemblés autour de Zurich, de l’autre, se disputent la manne des CFF, cette rebuffade tombe au plus mal. On parle en effet de quelque 9,5 milliards de francs à investir jusqu’en 2016, pas moins.

Rappelons que la Suisse romande accuse 40 ans de retard sur les grandes villes alémaniques en matière de transports d’agglomération. Outre-Sarine, les RER (ou S-Bahn) font partie du quotidien depuis des lustres. Un signe: en pourcentage de la population, les Genevois sont deux fois moins nombreux que les Zurichois à détenir un abonnement général ou un demi-tarif CFF. Les Lausannois expérimentent certes avec bonheur les avantages du M2. Rien de comparable, toutefois, avec l’offre bâloise, par exemple.

On connaît les raisons de ce sous-développement. L’attachement des Latins à leur véhicule privé, d’abord. La voiture continue de dominer l’imaginaire collectif. On observe, ensuite, chez les conseillers d’Etat romands, des lacunes béantes dans leur compréhension des transports d’agglomération. Et donc une faiblesse chronique de la gouvernance cantonale dans ce domaine. Pas étonnant dès lors que les Romands peinent à décrocher les subventions fédérales face à des Alémaniques mieux outillés et plus convaincus.

Le refus du Transrun résonne comme un avertissement. La Suisse romande doit d’urgence consentir un effort de rattrapage immense et éviter l’enlisement de ses grands projets – CEVA, M3, etc. On peut bien sûr gloser sur la «mobilité virtuelle», comme le directeur romand d’Avenir Suisse Xavier Comtesse. Et préférer la construction de réseaux de fibre optique à celle de lignes ferroviaires. Loin de nous l’idée de nier le rôle des technologies de l’information. N’empêche: sans l’amélioration massive des transports publics de la métropole romande, la qualité de vie de ses habitants et l’économie pâtiront. La croissance, la prospérité de cette région s’avéreront alors, elles aussi, purement virtuelles.

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