Tir groupé sur Laurent Moutinot. Interpellé dans une lettre ouverte que l'Hebdo publie ci-dessous, le ministre genevois de la police est également attaqué par Bruna Hamdani. L'épouse de l'otage Rachid Hamdani, retenu en Libye depuis quinze mois, a expliqué à la RSR que le chef du Département des institutions du canton de Genève n'a pas voulu l'aider. Pire dans sa lettre, Miguel Stucky, l'entrepreneur vaudois partenaire de Rachid Hamdani, regrette que Genève ne veuille pas venir à la table des négociations. Pour lui, c'est pourtant indispensable pour trouver une issue à cette crise.
Lettre ouverte à M. Laurent Moutinot
Monsieur le Conseiller d’Etat, Depuis le début de la crise libyenne vous refusez de participer aux négociations qui permettraient sortir les 2 otages de leur cauchemar enduré depuis 15 mois. Des erreurs ont été commises à Genève. Ce n’est pas moi qui le dit, mais le Juge suisse Lucius Caflisch nommé par la Confédération pour établir les faits dans le cadre d’un comité indépendant suisse libyen. Vous refusez de reconnaître ces erreurs, sous prétexte que vos services n’auraient pas enfreint la loi suisse. Que s’est-il passé à Genève. Une plainte a été déposée contre M. et Mme Hannibal Kadhafi. Le juge chargé d’instruire la plainte a choisi d’émettre un mandat impliquant une arrestation et un emprisonnement temporaire de 2 jours, « au lieu d’un mandat de comparution, qui aurait été plus approprié » selon le Juge Caflisch, et permettait tout aussi bien d’interroger le couple, alors au bénéfice de la présomption d’innocence. Le Département des affaires étrangères, qui est mis au courant, attire votre attention et celle des autorités genevoises sur le fait « qu’il s’agit de hauts dignitaires de l’Etat libyen, porteurs de passeports diplomatiques, qu’il faut par conséquent traiter de manière spéciale et avec courtoisie ». C’est toujours M. Caflisch qui le dit. La police a trois jours pour préparer son intervention. Berne a malheureusement oublié d’informer l’ambassade de Libye comme le prévoit la convention de Vienne. Tout aurait pu alors être négocié de manière courtoise, sans arrestation ni humiliation. Le 15 juillet, le couple est seul dans sa chambre d’hôtel avec leur petit garçon de 3 ans, Madame est enceinte au 8ème mois, Monsieur dort. La police intervient avec 20 policiers armés, pour arrêter 2 personnes qui ne résistent à aucun moment. M. Caflisch estime que « 20 policiers, ce n’est pas nécessaire et excessif ». La police menotte M. Kadhafi. M. Caflisch estime que « ce n’est pas nécessaire, inapproprié et plus que tout humiliant ». Et le Juge Caflisch conclu, je le cite une dernière fois : « M. et Mme Kadhafi ont été traités par les autorités genevoises sans aucune courtoisie et d’une manière inutilement humiliante, quand bien même celles-ci avaient été dûment informées par le DFAE de leur statut spécial justifiant un traitement spécial ». Quelques jours après les excuses et la signature par le Président Merz d’une convention avec les autorités libyennes, les 2 otages ont reçu leur passeport, prémices d’une libération. Et voilà que quelqu’un de vos services se permet d’enfreindre cette fois la loi et de remettre à la Tribune de Genève qui les publie, 2 photos d’identité judiciaire humiliantes pour M. Kadhafi. Je comprends la colère de son père, qui ne l’a pas cachée à M. Merz à New York. Pour la 2ème fois, et cette fois de manière illégale, Genève persiste et signe en humiliant gravement la famille Kadhafi qui a jusque là toujours aimé la Suisse, lui rendant au besoin service, comme lors de la crise des otages suisses du CICR au Liban ou encore cette année quand 2 touristes suisses étaient détenus au Mali. Depuis, les 2 otages ont été enlevés et sont tenus au secret, sans aucun contact ni avec leur famille, ni avec leur ambassade ou leur avocat. Merci au courageux responsable de cette catastrophe de se dénoncer sans délai pour abréger l’enquête. Il porte l’entière responsabilité du sort actuel des 2 otages. L’automne dernier, lors d’un entretien téléphonique où j’essayais de vous convaincre de rencontrer les représentants du DFAE et la délégation libyenne, vous m’avez répondu que vous étiez d’accord avec Mme Thatcher, « plutôt sacrifier les otages que négocier avec les ravisseurs ». Je comprends qu’au nom des intérêts supérieurs de l’Etat, vous puissiez préférez cette solution radicale. Mais la décence voudrait que vous vous en expliquiez publiquement, et que vous vous en excusiez auprès des familles des otages. J’ose espérer, qu’avant votre départ, vous ayez l’humanité de changer d’avis, ou alors le courage de l’assumer ouvertement.
Miguel Stucky
| Dossier 'Canton de Genève' | | |
Tags: Libye, otages suisses, Miguel Stucki, Laurent Moutinot,
|