Monsieur le Conseiller national,
Par la (dis)grâce de votre plume, je me trouve présenté comme une sorte de Robin des Bois inversé qui abuserait des penchants du petit peuple pour le jeu, dans le but, je vous cite, de «subventionner les menus plaisirs des élites» (lire L’Hebdo du 25 février).
Voilà qui témoigne de votre méconnaissance de cette question tout autant que de votre mépris des citoyens. Ces citoyens joueurs, vous ne les estimez pas capables de discernement, eux qui selon vous ne connaissent pas les probabilités de gains et perdent leur argent sans maîtriser leurs tendances naturelles pour le vice, «piégés» par la Loterie romande, «pauvres hères» inconscients et incultes. Votre jugement à l’emporte-pièce sera apprécié à sa juste valeur par le 55% de la population adulte romande qui joue chaque semaine aux jeux de la Loterie romande. Ne vous déplaise, ces joueurs sont éduqués et connaissent parfaitement les jeux qu’ils pratiquent et leurs chances de gains. Ils ont un talent que vous semblez avoir oublié de cultiver: ils rêvent et s’amusent pour quelques francs!
Ces centaines de milliers de personnes que vous rangez dans la catégorie des incultes, abstinents incapables de profiter de la culture qui bénéficie des dons de la Loterie romande. C’est aussi ignorer qu’au-delà de la culture, plus de 2/3 des bénéfices de notre institution sont distribués dans d’autres domaines tels que l’action sociale, l’éducation et la recherche, la protection de la nature et du patrimoine ou encore le sport d’élite et populaire. Au contraire de vos affirmations, rares sont les citoyens de notre région qui ne sont pas directement et quotidiennement bénéficiaires des dons de la Loterie romande au travers des milliers d’associations ou de fondations auxquelles ils adhèrent. Pensez-y, Monsieur Neirynck, lorsque vous verrez le club de football de votre village s’entraîner, la fanfare défiler ou que vous pousserez la porte d’un institut de recherche.
Enfin, votre naïveté vous mène à concevoir qu’en supprimant certains jeux de loterie, voire en supprimant la Loterie romande elle-même, vous régleriez la question des jeux de hasard dans la société. C’est méconnaître la réalité de ce secteur qui plus que jamais déploie ses activités, illégales pour la plupart, au travers d’internet. Par deux clics de souris, le joueur romand accède à une tour de Babel des jeux de toutes sortes, poker, casinos, paris sportifs, loteries, exploités sans contrainte, ni contrôle, ni limite, au plus grand profit de sociétés privées basées offshore et au plus grand mépris des joueurs!
Pour répondre à cela, les loteries suisses doivent être attractives et modernes dans leur offre de jeux tout en agissant avec responsabilité et en protégeant au mieux les joueurs les plus vulnérables. En étant elle aussi présente sur internet et avec des jeux électroniques comme le Tactilo ou le Loto Express, la Loterie romande, encadrée par les cantons et leurs autorités, canalise et contrôle l’activité de jeu.
Ni Robin des Bois, ni Prince Jean, j’ose enfin un conseil: lâchez-vous, Monsieur le Conseiller national! Poussez la porte d’un kiosque ou d’un café et mêlez-vous au petit peuple, allez même jusqu’à acheter un billet de loterie et, qui sait, rêvez du gros lot!
JEAN-LUC MONER-BANET, DIRECTEUR GÉNÉRAL DE LA LOTERIE ROMANDE
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