La lettre ouverte de Charles Poncet à Doris Leuthard
«Notre pays est le paradis du racket, l’extase de l’arnaque du consommateur, le nirvana de la laine tondue sur le dos des gens ordinaires par des opérateurs sans scru pules.»
Madame la Conseillère fédérale, Appelée par votre fonction, en principe, à veiller au bon fonctionnement de l’économie de ce pays, vous lui rendez, hélas, de bien mauvais services. La Suisse prétend être une économie de marché. Ce mode de fonctionnement trouve dans la «main invisible» du regretté Adam Smith le mécanisme qui fournira les biens et les services au juste prix, l’équilibre entre l’offre et la demande se faisant sans interventions extérieures. A l’inverse, les approches marxistes de jadis – ou avant le théoricien ubuesque du collectivisme, les blocages de l’Ancien Régime – fixaient les prix par décrets administratifs, avec des résultats immanquablement désastreux, car l’étouffoir ainsi imposé à l’initiative privée et à l’engrenage du marché entraînait pénuries, corruption et manigances de toutes sortes.
Or, voici qu’en Suisse – et de longue date, car vous assumez ici un héritage – la «main invisible» plonge systématiquement dans la poche du consommateur, pour lui arracher ses derniers maravédis et la peau avec, si faire se peut.
Notre pays est le paradis du racket, l’extase de l’arnaque du consommateur, le nirvana de la laine tondue sur le dos des gens ordinaires par des opérateurs sans scrupules. Ce pillage de la richesse d’une nation pour engraisser des fumeurs de cigares porte un nom: cartels, prix fixés, ententes entre gens de bonnes familles au détriment de la plèbe.
C’est une honte. La grande distribution est cartellisée et pour ruiner les ménages, elle s’ajoute à des prix agricoles farfelus, une tomate produite en Suisse coûtant 30% de plus qu’en Autriche et autres fadaises, aujourd’hui partiellement cachées par la hausse de l’euro. Les pharmaceutiques nous dépouillent, car il est interdit d’importer des médicaments en parallèle.
Les télécoms – secteur de pointe partout ailleurs – ont un opérateur dominant, monopoliste, auquel vous ne touchez pas. Les manitous de nos assurances, hilares, se gavent de marges confortables et dissimulées par des primes opaques ou incompréhensibles.
Affranchis de la tutelle, pourtant naïve, débonnaire et pusillanime, des collectivités publiques, les producteurs d’électricité claquent des mâchoires et s’invitent à faire ripaille à nos frais. Aux Etats-Unis ou en Europe, de tels comportements enverraient les patrons coupables sur la paille des cachots, de colossales amendes frappant leurs groupes, outre le démantèlement d’ententes scélérates. En Suisse, rien. Vous vous taisez et d’un tel silence, il faut bien dire qu’il confine à la complicité.
Erigez donc sur la place Fédérale une statue à John D. Rockefeller ou à d’autres flibustiers du capitalisme américain d’antan et rebaptisez-la «Standard Oil Platz» ou «Kartelhimmelplatz»: ce sera plus honnête! Avouez publiquement que notre classe politique est condamnée à l’impuissance par ses contradictions: la gauche et les Verts, hostiles en réalité à l’économie de marché, se frottent secrètement les mains de la voir dysfonctionner à un point tel sous votre houlette, car cela leur permet de hurler à la multiplication des contrôles étatiques, un «remède» pire que le mal le jour où il parviendra à s’imposer.
La droite, elle, sert la soupe aux cartels, se vautre dans l’assiette au beurre: conseils d’administration aux parlementaires, prébendes de toutes sortes, lobbies discrets, bakchichs, indifférence et incompétence enfin. A cela s’ajoute l’absence stupéfiante d’un véritable mouvement de défense des consommateurs suisses. Qu’attendez-vous donc pour en stimuler la manifestation?
Où sont vos lois cassant les reins des oligopoles suisses? Augmentant les amendes?
Donnant de vrais pouvoirs à la Commission de la concurrence, avec une femme énergique à sa tête à la place des pusillanimes qui s’y complaisent? Au lieu de jaspiller devant les caméras, débitant des lapalissades avec un sourire d’hôtesse de l’air, réveillez-vous et agissez! Il en va de la survie d’une classe moyenne exsangue par votre faute et celle de vos prédécesseurs.
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Tags: Charles Poncet, Doris Leuthard, conseillère fédérale, Economie,
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| Réaction de ThunderRoad le 20.09.2008 à 23:16 | | Magnifique exégèse du principe de double-pénétration subi par la classe... Magnifique exégèse du principe de double-pénétration subi par la classe moyenne en Suisse: b...é par la droite, enc....é par la gauche (plus perverse). | |
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| Réaction de fabifab le 15.09.2008 à 17:16 | Bravo Monsieur Poncet, c'est parfait, exactement ce que nous ressentons.... Bravo Monsieur Poncet, c'est parfait, exactement ce que nous ressentons. Des vaches à lait, voilà ce que nous sommes! Quel manque de courage de la part de nos politiciens, et surtout de Mme Leuthard de ne pas s'attaquer à ces fameux cartels, à ces actionnaires qui en veulent toujours plus. Tout le monde le sait, c'est un petit club très fermé qui leur permet de se "rincer la dalle" sur le dos des citoyens. Il était important de mettre le doigt sur les médicaments tellement chers dans notre pays. Mais que fait donc M. Couchepin ?et le nouveau Monsieur Prix?
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| Réaction de argus le 14.09.2008 à 14:50 | | Quel plaisir de lire la dernière dernière lettre ouverte de... Quel plaisir de lire la dernière dernière lettre ouverte de Charles Poncet. Je suis d'accord à cent pour cent avec elle. Et même s'il exagère parfois et se laisse emporter par son bagout et son goût de la provocation, un peu cabot quand même, il ne perd jamais le sens de l'humour. Et pour une fois qu'on peut lire une belle prose, peut-être un peu tarabiscotée et précieuse mais sans langue de bois et drôle, on aime ça. Oui, ses mots font mouche, même et surtout auprès des personnes directement visées par ses attaques, souvent des personnes nanties (et grincheuses on se demande pourquoi) et de mauvaise foi. Pour ma part, j'apprécie toute voix discordante, hors de la pensée unique. Et je renchéris, surtout présentement concernant les dirigeants des caisses maladies qui retapent sur le même clou avec une assurance tranquille et avec des arguments de plus en plus mensongers - leurs comptes demeurant toujours aussi opaques. Après toutes leurs belles promesses la trouille au ventre lors de la votation pour la caisse unique, les voilà rassurés et contents et ils ont maintenant l'indécence non seulement de prévoir des augmentations de 4% pour 2009 mais de nous signaler que cela va continuer de plus belle. Hilares oui et ne s'en cachant pas, à juste titre puisque notre grand ministre et les autres décideurs leur sont tout acquis. Peuple de veaux, on n'a pas fini de payer notre vote de couardise car ils vont pouvoir y aller à cœur joie maintenant. Et l'exemple est donné à tous les décideurs et autres dirigeants. Après l'électricité et ses conséquences désastreuses sur notre budget, c'est bientôt l'eau courante qui sera privatisée je parie. La question est de savoir jusqu'à quand nous nous laisserons ronger jusqu' au et y compris le trognon.
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| Réaction de MF le 11.09.2008 à 12:07 | Monsieur Poncet, c'est des romans qu'il vous faudrait écrire, vous... Monsieur Poncet, c'est des romans qu'il vous faudrait écrire, vous avez une imagination débordante! A vous lire, nous vivons dans un enfer. Un pays gangréné par la corruption et par la loi des cartels. Est-ce bien de la Suisse dont vous parlez? Que dire alors des 172 pays moins bien classés que la Suisse en matière de corruption (2007, Transparency International)? Des consommateurs "ruinés"? Une "classe moyenne exsangue"? Monsieur Poncet, vous ne vivez pas en Birmanie mais en Suisse, pays qui caracole en tête du classement de l'OCDE en matière de pouvoir d'achat... Vous crachez sur tout, argumentez sans fondements, mais n'apportez assurément pas de solutions. Détruire et assurer le spectacle, voilà ce qui vous plait! C'est du divertissement que vous faites là. Avec votre vocabulaire pseudo savant et votre argumentation démagogique, vous amusez le peuple, tout en détruisant gratuitement des politiciens qui ne sont certes pas parfaits mais qui ne sont pas non plus des malfaiteurs. Redescendez sur terre. Mettez-vous à la boxe, Monsieur Poncet, cela vous défoulera, et si vous prenez des coups, peut-être vous remettront-ils les idées en place. | | |  |
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