Cher Monsieur,
Tel un météore, vous filâtes soudain au firmament de la politique helvétique, amenant les télescopes à se braquer sur vous avant de disparaître inopinément dans le vide intersidéral. Votre initiative populaire «Peine de mort en cas d’assassinat en concours avec un abus sexuel» à peine validée par la Chancellerie fédérale, vous la retirâtes, absolvant votre pusillanimité par des arguties.
Oubliez la guillotine ou la morne piqûre et lancez une initiative rétablissant la bastonnade.
A vous lire, il se serait agi de «sensibiliser la population». Fort bien, mais alors pourquoi ne pas profiter à fond du débat qui s’ouvrait – et des cocasses cris d’orfraie que poussaient contre votre brûlot les nonces plénipotentiaires de la classe babillante – pour, précisément, attirer l’attention de vos concitoyens? Tout s’offrait à vous: journaux, radios, télévisions, et vous avez pris la poudre d’escampette! Curieuse manière en vérité de «sensibiliser» vos semblables.
Les velléités de rétablissement de la peine de mort procèdent en général de tragédies personnelles vécues par leurs auteurs et, à ce titre, elles doivent être respectées. Il va en outre de soi, aux yeux d’un libéral tout au moins, qu’en démocratie semi-directe n’importe quel thème, fût-il le plus biscornu, peut être l’objet d’une initiative, car il est toujours bon que le peuple se prononce.
Qui voudrait introduire le servage, légaliser la vente de cocaïne dans les jardins d’enfants, interdire l’écologie, soumettre à euthanasie tout vieillard incapable de parcourir un cent mètres dans un temps déterminé ou autre idée saugrenue, a le droit inaliénable de quérir l’appui de citoyens lui apportant leurs signatures et, si l’initiative aboutit, il la faut soumettre au peuple sans ambages.
Cela dit, votre texte était complètement farfelu. Non point qu’il soit inconcevable de rétablir la peine de mort – il y faudrait tout au plus une dénonciation de quelques traités internationaux, dont la Convention européenne des droits de l’homme – et les mugissements indignés de tels ou tels apparatchiks européens seraient vite couverts par les murmures d’approbation de leurs opinions publiques.
La Cour suprême américaine avait pratiquement aboli la chaise électrique en 1972, mais la pression de l’opinion publique l’a rétablie démocratiquement dans 37 Etats, sans compter le gouvernement fédéral et les forces armées.
Votre erreur était ailleurs: la peine de mort n’a aucun effet dissuasif quelconque. Au temps où les tire-laine étaient pendus en public, d’habiles happe-bourses infiltrés dans l’auditoire chapardaient les goussets des bourgeois en extase. Qui viole et tue un enfant est sûr de l’impunité; votre texte n’aurait servi absolument à rien, que l’on trouve ou non quelque charme romantique à une pendaison au crépuscule...
Vous avez pour la répression les yeux de Chimène? Souffrez un conseil: pour que les théoriciens de la gauche caviar – dont la plupart n’ont aucune expérience pratique de ce qu’est un délinquant – s’arrachent les cheveux à pleines poignées, oubliez la guillotine ou la morne piqûre et lancez une initiative rétablissant la bastonnade.
Entendez-moi bien: non point 200 coups de fouet à une malheureuse adultère – ce sont là batifolages propres aux terres d’islam – mais d’un à cinq coups de canne, administrés par un solide sergent de gendarmerie. Rien de tel, croyez-moi, pour dompter la délinquance ordinaire qui nous pourrit tant la vie en ces temps latitudinaires.
On arrache le sac d’une vieille dame? Trois coups de canne! On tague à répétition? Un coup de canne! On casse les vitrines? Quatre coups de canne! On vend de la drogue? Cinq coups de canne! Le bâton, vous dis-je, le bâton, voilà la dissuasion percutante, qui chassera les délinquants étrangers tremblants et affolés!
Nous n’avons que trop tardé à rendre à cet héritage de l’Empire britannique les sublimes vertus qui furent jadis les siennes. Au travail, Monsieur, faites signer et nous voterons!
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