Monsieur le directeur,
Permettez-moi d’abord de vous féliciter au premier degré. En directeur responsable d’une entreprise, qui se veut un service public, vous avez sauvé votre budget. Par son arrêt rendu le 18 janvier 2010, le Tribunal administratif fédéral a admis le recours formé par La Loterie romande contre la décision de la Commission fédérale des maisons de jeu d’interdire les distributeurs de loterie électronique Tactilo dans les bistrots. Le TAF a constaté que ces distributeurs, répondant au critère de planification des lots, sont soumis à la loi fédérale sur les loteries. Leur exploitation par la LoRo est légale. C’est conforme à la lettre et contraire à l’esprit, mais vous aviez choisi un bon avocat.
Vous avez sauvé de la sorte le tiers de votre budget, s’élevant à 366 millions, qui résulte de la différence entre les mises et les gains des joueurs. De cette somme considérable, supérieure au budget fédéral de la culture, vous avez perçu les frais, soit 50%, et vous avez redistribué 185 millions à des œuvres sportives, artistiques et caritatives. De ces millions, 60 provenaient des Tactilos. Le vice du jeu sert la vertu, la solidarité sociale et l’élévation culturelle. Un gros tiers va vers la culture, ce qui vous assure le soutien indéfectible d’une foule d’artistes. Comme leur fonds de commerce est la contestation de la société, leur acquiescement vaut certificat de civisme. On peut imaginer le désastre pour la culture romande qu’aurait représenté la suppression de ce mécénat.
Car le terme a été utilisé: il fait l’objet d’une publication dans l’excellente collection Le savoir suisse, sous la plume de Jean-Pierre Beuret, président de la LoRo. Selon ce pamphlet politique, publié étrangement par une maison d’édition universitaire, le Théâtre de l’heure bleue à la Chaux-de-Fonds, le vapeur Simplon sur le Léman, la clinique SuvaCare à Sion, le Musée suisse du vitrail à Romont, tout cela n’existerait pas sans la LoRo.
Ne croyons surtout pas que cette manne provienne d’une exploitation de pauvres hères, piégés sans le savoir par une machine programmée pour les faire perdre. Selon vos dires, l’objectif principal de la LoRo est le Jeu Responsable avec deux majuscules. En cherchant sur votre site on trouve l’avertissement suivant: «Miser à un jeu de hasard c’est d’abord accepter de perdre. Gagner est exceptionnel. Plus on joue, plus on augmente ses chances de perdre l’argent misé à chaque jeu. Bien sûr, quelques personnes gagnent occasionnellement... Mais une perte financière est inévitable pour celles qui jouent régulièrement.»
On ne pourrait mieux dire et la LoRo ne peut être accusée de camoufler la nature de ses activités. Mais ce genre de message n’est pas lu par les quelque 50 000 joueurs pathologiques, qui apportent 20 millions sur l’autel de la culture. Parmi eux se retrouvent sans doute les 25 000 personnes interdites de jeu dans les casinos qui, eux, disposent du moyen de protéger un joueur contre lui-même. Les accros du Tactilo perdent dans les bistrots en moyenne entre 2500 et 3400 francs par mois. Dès lors, ils ne pourraient même plus se payer une place à l’opéra, qu’ils financent par leurs pertes. Merci pour votre gestion dynamique de ce service public qui confine la plèbe dans son juste rôle: en gaspillant ses deniers, subventionner les menus plaisirs des élites, dont vous faites partie. JACQUES NEIRYNCK
Merci de confiner la plèbe dans son juste rôle: en gaspillant ses deniers, subventionner les menus plaisirs des élites, dont vous faites partie.
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