Monseigneur, Je n’ai pas à vous absoudre des détournements financiers pour lesquels un tribunal fribourgeois vous condamne à la prison ferme, mais je m’efforce, ici, de trouver à vos errements, non pas une excuse, mais une signification. En dehors des malversations que vous avez commises en d’autres circonstances, vingt-six annulations de mariages religieux ont été prononcées frauduleusement par votre intermédiaire.
Vous avez court-circuité le tribunal, afin de transmettre des jugements favorables, permettant aux divorcés de se remarier. La justice ecclésiastique, dont on savait déjà qu’elle était inefficiente dans des affaires de pédophilie, perd encore un peu de sa crédibilité. D’autant que l’on apprend, pour couronner le tout, que vous n’avez jamais obtenu le doctorat en droit canon, dont vous vous affublâtes pour accéder à la fonction d’official. Tout cet imbroglio consterne bien moins qu’il ne confirme un soupçon croissant: la religion ne devrait-elle pas cesser de se compromettre avec des pouvoirs de toute nature? Tout d’abord, un pouvoir judiciaire, perdu de réputation par vos fautes certes, mais aussi par sa mission impossible de juger les catholiques qui ne respectent pas les édits d’un autre pouvoir, législatif et autocratique. Car le droit canon, contrairement au droit civil, ne résulte pas d’un processus démocratique, où les fidèles ordinaires auraient leur mot à dire. Cette œuvre de juristes en chambre, détachés des réalités de la vie actuelle, suscite forcément une contradiction inextricable.
Lorsque la justice civile prononce un divorce, entérinant la dissolution d’un lien conjugal, elle ne prétend pas qu’il n’a jamais existé: elle reconnaît la fragilité et l’inconstance humaine; elle fait preuve de réalisme afin de favoriser un nouveau départ. En revanche, un tribunal ecclésiastique ne peut rien faire d’autre que d’annuler le mariage religieux, c’est-à-dire juger que ce lien n’a jamais existé. Il n’y a pas d’autre solution puisque le mariage religieux a été défini comme indissoluble. Chacun des époux, séparés de la sorte, doit admettre que son amour ne fut qu’une illusion, ce qui ne l’aide pas à recommencer une autre vie.
Or, vous avez libéralement distribué des annulations de mariage, qui n’auraient sans doute pas été accordées si le tribunal en avait été saisi. Vous avez, tout seul, compensé la dureté d’une loi ecclésiastique par une large indulgence. Peut-être fûtes-vous enclin à cette mansuétude, moins pour détourner 17 000 francs d’émoluments, que par la conscience lancinante de vos propres péchés. Car, pendant douze années, vous avez dû supporter les reproches d’une conscience troublée, vous avez redouté d’être démasqué.
Etre en délicatesse avec la justice civile vous a rendu dubitatif par rapport à la justice ecclésiastique, compatissant aux erreurs de ceux qui comparaissaient devant votre tribunal. Vous ne fûtes pas un juge intègre, mais vous avez fait preuve de charité, de compassion et de discernement, vertus qui passent de loin le juridisme et le formalisme. Je vous en remercie publique-ment.
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