Cher Monsieur de Weck,
Le 18 mai 2010, vous fûtes élu président de la SSR pour entrer en fonction le 1er janvier 2011. D’ici là, vous souhaitez réfléchir: le chiffre d’affaires est de 1,6 milliard, financé à 70% par la redevance et à 30% par la publicité, mais l’exercice a entraîné une perte de 46,7 millions. Avec le budget d’une chaîne de télévision française, il vous faut soutenir huit télévisions, sans même parler de 28 radios!
A première vue, il ne reste qu’à augmenter les recettes, soit la redevance (impopulaire), soit la publicité (tolérée). La loi dispose que les spots publicitaires ne doivent pas dépasser 15 % du temps d’émission quotidien. D’ailleurs au-delà, les téléspectateurs désertent. Ils sont devant leur poste pour se distraire, se détendre, s’instruire, pas pour être conditionnés en tant que consommateurs idiots.
Cette politique de facilité a atteint ses limites. Encore plus de publicité, encore plus d’émissions débiles, signifierait déconsidérer la mission de service public. Alors il ne reste qu’à couper dans les programmes. Mais comment ? Moins d’émissions débiles risque d’écarter les gogos de la publicité. Equation impossible?
Sauf à sortir par le haut. Ce n’est pas facile. A la tête du Tages-Anzeiger à Zurich, puis de Die Zeit à Hambourg, vous fîtes la dure expérience de gagner de l’argent avec du journalisme de qualité. Le pari, selon lequel le contenu du journal fait vendre et que le succès amène des recettes publicitaires, ne se concrétise pas forcément dans la presse. Mais à la SSR, la ressource essentielle est la redevance. Comme elle sera dans un avenir proche payée par tous les contribuables, elle oblige la visée exclusive d’un service public. Vous êtes capable de concevoir une TSR sans publicité du tout, sans nécessité vitale de diffuser des émissions passe-partout, achetées au rabais sur le marché international. Laisser toute la publicité au privé et affecter toute la redevance à la SSR. Avec 30% de recettes en moins, vous pourriez économiser sur la débilité et vous concentrer sur la qualité, c’est-à-dire les émissions propres à la Suisse. Il en existe, les talents d’animateurs abondent, il faudrait créer d’autres émissions, en particulier un débat quotidien comme les émetteurs privés et les radios. Diffuser les films parfois excellents qui ne font pas l’objet de projection en salle. Exploiter la veine du théâtre local, de ballets prestigieux, d’opéras illustres. Vous concentrer sur ce que la Suisse est seule à pouvoir diffuser à l’usage des Suisses. France Télévisions ou les chaînes allemandes ARD et ZDF, voire européenne comme ARTE, sont de bons exemples de cette programmation. Les téléspectateurs qui veulent ronronner peuvent trouver le tout-venant sur des dizaines de chaînes. Soyez donc rigoureux et inventif, courageux et habile! A l’instar de vos ancêtres, vous passerez alors dans la postérité, comme le premier qui a inventé une télévision intelligente.
Les téléspectateurs qui veulent ronronner peuvent trouver le tout-venant sur des dizaines de chaînes.
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