Chère Doris Leuthard, Votre PDC représente un cas exemplaire d’assainissement financier. Il vit, depuis des années, sous respiration artificielle grâce, d’abord, aux deux grandes banques et, ensuite, à la chimie et au lobby atomique. Vous êtes politiquement la prisonnière de vos financiers. On le sait: qui paie, commande.
La gauche réclame depuis toujours la transparence dans les dépenses des partis. UDC, radicaux et PDC l’ont empêchée avec la même régularité. L’UDC est financée par Christoph Blocher. Comme le groupe parlementaire répugne à en faire son candidat au Conseil fédéral, ses amis menacent de couper les vivres au parti. Les banques sont un peu plus subtiles. Le Credit Suisse contrôle, à l’aide de tableaux Excel, qui vote pour lui et mérite de l’argent en retour. Les seuls à être sponsorisés sont les laquais des hedge funds et des produits structurés.
Le capitalisme est empêtré dans une crise profonde. Les banques se méfient les unes des autres. Pour une bonne raison: les banquiers savent ce que chacun d’eux cache dans la poche de son pantalon. Ils ont perdu confiance en leur casino. Ils ne se prêtent même plus d’argent pour la nuit, laissant à la Banque nationale le soin d’étatiser désormais ce risque en injectant des liquidités.
Il y a quelques semaines encore, Hans-Rudolf Merz voulait attirer encore davantage de managers de hedge funds à coups de cadeaux fiscaux. Avant son accident cardiaque, l’Appenzellois expliquait à qui voulait l’entendre que l’UBS ne bénéficierait d’aucune garantie. Comme le boulanger du coin, une grande banque peut très bien faire faillite dans une économie de marché, sans que l’Etat vienne à son secours.
Pour vous, en votre qualité de conseillère fédérale en exercice, les choses, il y a peu, étaient très claires: pas de crise, aucune récession, tout roule, la machine est bien huilée. Mais, depuis que les événements se sont accélérés, menaçant le capitalisme dans son existence même, vous vous tenez, avec le reste du Conseil fédéral, sur le plongeoir, prêts à sauter s’il le faut. Et, lorsque le Parti socialiste, sortant de sa torpeur, s’est enfin exprimé sur la crise en plaçant des annonces dans les journaux, vous l’avez bien expliqué à la radio: le Conseil fédéral empêchera que l’UBS ne fasse banqueroute. Tiens, tiens.
Si l’on prend vos propos au sérieux, vous avez parlé d’une garantie de l’Etat. Un tel engagement pourrait coûter entre 100 et 200 milliards de francs aux contribuables. Tant il est vrai que les grandes banques sont trop grandes pour la Suisse.
Les Britanniques nationalisent leurs banques pas à pas. La Belgique, la Hollande et le Luxembourg suivent l’exemple. Les Américains y réfléchissent. La chancelière allemande, Angela Merkel, ne l’exclut plus. Dans tous ces pays, les gouvernements disposent d’une majorité parlementaire, prête à marcher derrière eux, si l’on presse le bouton.
En Suisse, tout est un peu plus compliqué. Premièrement, le secteur financier est deux fois plus important que dans les autres pays. Chaque sauvetage revient donc plus cher. Deuxièmement, le Conseil fédéral, jusqu’à maintenant, n’a même pas réussi à faire passer son programme d’armement devant les Chambres. Troisièmement, le peuple, tôt ou tard, aura tout loisir de s’exprimer, donc de tout balancer aux orties.
Et pourtant, vous restez parfaitement à l’aise. Alors, permettez-moi de vous poser quelques questions: — Etes-vous prête, avec votre président de parti, à publier les noms de ceux qui vous financent? Et cela, avant de vous précipiter au secours de l’UBS? — Faut-il continuer de privatiser les bénéfices et de socialiser les pertes? — Continuerez-vous à refuser de discuter de toutes les options possibles avec le Parlement et le peuple? — Vous porterez-vous garante de la seule UBS ou, compte tenu d’une récession profonde qui nous pend au nez, ferez-vous quelque chose pour les petites et moyennes entreprises? — Pourquoi ne préparez-vous pas, enfin, un robuste programme conjoncturel en faveur de l’économie réelle et contre la hausse du chômage?
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