La lettre ouverte de Peter Bodenmann à Fulvio Pelli et Christophe Darbellay
Messieurs Pelli et Darbellay,
Les politiciens doivent élaborer des scénarios, s’imaginer des représentations théâtrales offrant différentes chutes et dénouements. Et aussi être prêts à modifier leurs scripts lorsque les intérêts qu’ils représentent l’exigent. Ou lorsqu’ils y sont forcés par leurs adversaires politiques.
L’UBS, du temps d’Ospel, était dans le fond une banque UDC. Marcel Ospel a donné par téléphone comme mission aux membres radicaux du Conseil national et du Conseil des Etats d’élire Christoph Blocher et Hans-Rudolf Merz au Conseil fédéral. Avec le succès et les conséquences que l’on sait: le conseiller fédéral Christoph Blocher a dansé à son mariage. Hans-Rudolf Merz a été élu à la place de Franz Steinegger.
Un seul politicien a siégé au Conseil d’administration d’UBS durant les années critiques et ce fut le conseiller national UDC Peter Spuhler, qui en a présidé le comité des rémunérations. Spuhler a contribué à octroyer les bonus démesurés qui ont poussé les banquiers, encore plus friands de risques, à spéculer sur des hypothèques pourries. Tout autre parti qui se serait trouvé impliqué ainsi dans le réseau UBS aurait été mis fortement sous pression après la remise du paquet de 60 milliards à UBS. Pas l’UDC, en revanche. Le parti s’est alors profilé comme opposant aux bonus trop élevés et à la remise des listes de fraudeurs du fisc américains. C’est avec impuissance que vous avez suivi ces agissements. Le calcul de Christoph Blocher était clair et a semblé d’abord porter ses fruits: le Conseil fédéral fait quelques pas dans la direction du PS et des Verts et ces deux partis, associés au centre droit, sauveront encore une fois les responsables d’UBS. L’UDC peut alors se défaire de toute responsabilité et polémiquer contre cette majorité, pour nettoyer les traces laissées par ses activités passées.
Face au scénario de Blocher, la grande majorité du PS et des Verts est d’abord restée ferme. Avant de dire «oui», ils exigent que les autres partis s’engagent à avancer vers la solution de deux problèmes. D’une part, instaurer un impôt sur le montant trop élevé des salaires, défraiements et bonus des managers et membres de conseils d’administration. Et, d’autre part, mettre en place les mesures nécessaires contre les risques trop grands pris par les grandes banques et leurs banques d’investissement.
Tags: Peter Bodenmann, Fulvio Pelli, Christophe Darbellay, UBS, UDC,
|
|