Messieurs,
Vous plaidez pour une diminution des rentes du 2e pilier de quelque 10%. Une défaite brutale vous attend ce week-end, lorsque sera connu le résultat du vote.
La raison principale en est que l’administration des caisses de pension et de leur fortune coûte beaucoup trop cher. Le journal économique Bilanz, sur lequel ne pèse aucun soupçon de partialité, est arrivé à la conclusion que chaque année, 10 milliards de francs partent en fumée: les conseillers facturent à un tarif horaire de 500 francs, on accorde des rétrocessions aux intermédiaires et les sociétés d’assurances couvrent d’or leurs managers et leurs actionnaires.
En fait, les caisses de pension sont gérées paritairement par les employeurs et les salariés. A l’époque, ces derniers devaient avoir voix au chapitre de la marche de l’économie grâce à l’important capital du deuxième pilier. Or ce projet de participation n’a débouché sur rien. Vingt-cinq mille conseils de fondation coûtent beaucoup et remuent peu. En partie aussi parce que les syndicats ont laissé ce thème de côté.
Tout cela ne vous aide pas, car tant que les frais d’administration, aujourd’hui trop élevés, ne sont pas massivement réduits, la majorité des Suissesses et des Suisses, plus que raisonnables, ne vous accordera aucune réduction des rentes.
Vous pouvez en effet faire le calcul vous-mêmes: si on divisait ne serait-ce que par deux les frais d’administration, les caisses pourraient verser cinq milliards de francs de plus par an sous forme de rentes.
Si les salaires, bonus, tantièmes et remboursements trop élevés dans le domaine du 2e pilier diminuaient, l’étape suivante concernerait les salaires et les bonus des banquiers. Ils seraient alors à leur tour mis sous pression. Voilà pourquoi vous êtes pris au piège. Que feraient en effet les partis bourgeois sans le soutien des banques et des assurances? En comparaison avec l’AVS, outre les frais d’administration trop élevés, le 2e pilier a d’autres inconvénients qui ne sont malheureusement pas mis en évidence dans les débats actuels. Premièrement, la solidarité entre hauts et faibles revenus n’existe pas. C’est le contraire qui prévaut: grâce au 2e pilier, de nombreuses personnes à haut revenu peuvent espérer des économies d’impôts. Deuxièmement, il n’y a pas de compensation régionale, contrairement à l’AVS. Au contraire: l’argent est géré dans les centres urbains et les régions périphériques sont ainsi dépouillées.
Et troisièmement, en cas de futures grandes crises, comme un coup d’oeil en direction de l’Amérique nous le montre, nous sommes menacés d’une destruction de capital et de nos droits à une rente.
Dans quelque 76 heures, vous vous retrouverez devant les micros pour prendre position quant à votre défaite pour cette votation. De nombreux concitoyens attendent de vous des réponses concrètes:
La Confédération va-t-elle enfin contrôler correctement les frais d’administration des caisses de pension?
De combien de pour cent êtesvous prêts à baisser les 10 milliards annuels de frais d’administration du 2e pilier?
Pour être réaliste, ne serait-ce pas nécessaire de renforcer l’AVS pour diminuer en douceur le 2e pilier?
Vous n’y répondrez pas. Vous nous expliquerez plutôt que nous autres, électeurs, une fois de plus, n’avons pas compris le problème. Et que, pour cette raison, il sera bientôt nécessaire de procéder à un nouvel assaut en matière de diminution des rentes.
Malheureusement, les vainqueurs de cette votation, les syndicats, ne remettront pas non plus en question le 2e pilier. La crise que le système traverse n’est apparemment pas suffisamment profonde pour opérer un changement de cap, nécessaire depuis longtemps, à travers un renforcement de l’AVS. D’une AVS qui favorise la solidarité sociale et régionale.
Dans l’attente des excuses que vous imaginerez, je vous adresse mes salutations.
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