Quelque chose m’échappe dans les déclarations de la conseillère d’Etat valaisanne Esther Waeber-Kalbermatten qui ont précédé le retour du chanvrier Bernard Rappaz dans sa prison sédunoise. Je la cite: «S’il devait recommencer sa grève de la faim et refuser toute réanimation, je respecterai sa volonté et le laisserai mourir.» Le fait que Bernard Rappaz soit maintenant passé à la grève de la soif ne semble pas devoir atténuer la détermination de la conseillère d’Etat à respecter sa libre volonté.
Implicitement, Esther Waeber-Kalbermatten affirme ainsi un principe: il existe une liberté de maltraiter son propre corps, de l’affamer, de l’assécher, de le martyriser, et Bernard Rappaz peut en user jusqu’à la mort s’il le désire. Très bien, raisonnons comme la conseillère d’Etat. Le problème qui se pose alors, c’est précisément que la justice a condamné Bernard Rappaz en niant ce principe: la liberté de disposer de son propre corps, fût-ce en lui nuisant, n’existe pas pour l’amateur de cannabis qui doit toujours se méfier du gendarme. Et c’est justement parce qu’elle n’existe pas que le chanvrier a pu être condamné pour avoir écoulé 3,7 tonnes de sa production.
Le plus troublant, c’est que la liberté de nuire à son corps pourrait ainsi être «respectée» dans sa forme extrême (se laisser mourir de faim ou de soif), mais non dans sa forme modérée (fumer un joint). Décidément, il y a là quelque chose qui m’échappe...
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