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ASSAUT FINAL Des rebelles entourent les restes d'une effligie de Kadhafi, dans l'enceinte du QG du dicateur, à Tripoli, le 23 août
Sergey Ponomarev / Keystone

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Après Kadhafi
"La Libye repart à zéro"

Par Patrick Vallélian - Mis en ligne le 24.08.2011 à 15:24

Après six mois d’une guerre civile sans pitié, le temps des Kadhafi à la tête de la Libye est révolu. Grâce à l’intervention de l’OTAN. Mais le futur n’est pas rose pour autant. Décryptage.

Karima respire le souffle de la liberté qui balaie les rues de Tripoli depuis samedi. Depuis que les rebelles ont pris pied dans la capitale libyenne avant de se lancer à l’assaut de Bab al-Aziziya, qu’ils commençaient à piller mardi soir au moment où nous bouclions notre magazine.

«Nous sommes libres, enfin», crie cette jeune infirmière à l’autre bout du fil. Derrière elle, les mélodies des klaxons sont entrecoupées par les tirs de joie des hommes en armes. «Le régime est fini. Bien plus vite que nous le pensions. Nous sommes pleins d’espoir. Après quarante-deux ans de tyrannie, la situation ne peut que s’améliorer.»

Reste que le pays n’est pas totalement libéré des troupes restées fidèles aux Kadhafi. Des poches de résistance échappent encore au contrôle des combattants du Conseil national de transition (CNT) dans le sud. Tout comme Syrte, ville natale du guide déchu de la révolution. Le drapeau vert flotte toujours sur la ville de 130 000 habitants, à l’est de Tripoli où 20 000 mercenaires africains seraient pris au piège.

«Nous avons peur de nous transformer en boucliers humains», témoigne Mohammed Bendensa, avocat à Syrte. «Surtout que c’est le fils de Kadhafi, Moutassem, qui dirige la défense de la cité. Et que ses brigades tiennent fermement et tentent des sorties pour aller renforcer Tripoli.

Il y a des tirs. Des coups de canon. Mais nous savons que la liberté a un prix, celui du sacrifice ultime. Mon pays a déjà payé cher la folie des Kadhafi.» Selon certaines sources non vérifiables, 50 000 Libyens auraient été tués depuis le début de l’insurrection en février dernier.

«La page des Kadhafi est tournée. Ce n’est qu’une question de temps pour que la Libye retrouve la paix et que nous arrivions à la nettoyer des souillures laissées, inch Allah, par le clan Kadhafi», lance Abdelkarim Bazama qui supervise la sécurité nationale libyenne et qui conseille Moustapha Abdeljalil, président du CNT.  

Comment L’OTan a-t-elle  gagné son pari?

En juin dernier, Mouammar Kadhafi, lunettes de soleil noires sur le nez et vêtu d’une abaya marron, était apparu à la télévision libyenne au côté du président de la Fédération internationale des échecs, le Russe Kirsan Ilioumjinov.

Les deux hommes, le plus naturellement du monde, jouaient une partie. Ils parlaient même d’organiser en octobre un tournoi d’échecs à Tripoli au moment où les avions de l’OTAN pilonnaient les brigades pro-Kadhafi. Le message était clair comme l’eau des oasis du désert libyen: ceux qui voulaient se frotter au tyran allaient droit à l’échec.

Jusque-là, il fallait bien avouer que l’intervention de l’OTAN, sous mandat de l’ONU, semblait mission impossible. Et que le colonel qui narguait la communauté internationale avec ses discours indéchiffrables paraissait indéboulonnable. Mais voilà qu’aujourd’hui, il tombe. Et que l’Alliance atlantique, critiquée il y a quelques semaines pour son manque de stratégie, bombe le torse et annonce qu’elle a accompli sa mission.

Un miracle? Pas du tout, répond Yahia Al Kataani, chef d’une unité d’insurgés sur le front de l’ouest. «Nous travaillons depuis trois mois avec l’OTAN sur l’offensive Sirène qui a permis de conquérir Tripoli. La capitale a été découpée en carrés. Des chefs d’unité ont été nommés. Des téléphones satellite ont été distribués. Des hôpitaux de campagne ont été montés. Nos espions sur place ont rapporté tous les faits et gestes des hommes de Kadhafi.»

Il n’y avait donc aucun hasard dans la conquête éclair de Tripoli. Tout avait été soigneusement planifié par l’OTAN qui a également envoyé des hommes à elle, mais de nationalité libyenne, dans la ville pour coordonner la bataille qui va durer encore quelques jours. Le temps que Sarkozy réunisse la semaine prochaine à Paris les vainqueurs de Kadhafi pour fixer le futur du pays.

Pour Jacques Baud, spécialiste suisse du renseignement, le rôle de l’OTAN a été «déterminant dans la chute du régime tant par ses actions aériennes, que par ses livraisons d’armes et son action politique, notamment à l’égard de l’Union africaine.» L’organisation a su tirer les leçons de ses échecs irakien et afghan. Elle a préféré armer et instruire les insurgés à gagner leur liberté qu’à la leur imposer. L’OTAN a gagné aussi la guerre électronique en brouillant les ondes des pro-Kadhafi et en bloquant leurs communications.

Reste que l’OTAN a prévenu les insurgés. Un Sarkozy en campagne électorale et un Cameron en difficulté avec ses banlieues ne pourraient tolérer un bain de sang à Tripoli. Leur avenir politique se joue aussi sur un succès militaire en Libye. Le message a été entendu cinq sur cinq par le président du CNT. Il a prévenu ses révolutionnaires surexcités qu’il démissionnerait en cas de vengeance et d’exécutions extrajudiciaires.


Qui après Kadhafi?


La Jamahiriya va bientôt disparaître dans les poubelles de l’histoire. A l’avenir, promet Abdelkarim Bazama, «notre pays s’appellera la Libye. Tripoli sera notre capitale et le drapeau vert maudit de Kadhafi sera brûlé. Nous le remplacerons.»

Finis les comités populaires ubuesques. Au feu le livre vert qui se voulait le mode d’emploi d’une société sclérosée. Les Libyens aspirent désormais à la démocratie. «Nous comptons sur l’Occident pour nous aider à créer une nouvelle Libye libre et ouverte», plaide Suaad Alfitouri, opposante qui a dû s’exiler à Londres. «Nous voulons des élections. Nous voulons une constitution. Nous voulons un pays uni.»

Les Libyens comptent d’ailleurs sur l’aide de la Suisse pour se doter d’un Texte fondamental. Ils savent que l’Institut du fédéralisme de l’Université de Fribourg a donné un coup de main aux Irakiens et aux Soudaniens. «Nous sommes à leur disposition», indique son directeur Peter Hänni. «Mais pour l’instant, le Département fédéral des affaires étrangères ne nous a pas contactés.»

Mais le travail va être énorme, prévient le politologue libyen Souleiman Dougha, un proche des rebelles qui fut un temps «un ami de Seif al-Islam Kadhafi». «La Libye repart de zéro. Tout est à reconstruire politiquement. Même l’administration doit être réorganisée de fond en comble. Cela prendra plus de huit mois pour relancer le pays.»

Première étape: le CNT doit quitter Benghazi pour Tripoli. Il doit s’élargir et accueillir les chefs de la révolution des fronts de l’ouest, de la capitale et du sud avant d’organiser un congrès national constitutionnel et de mettre en place des élections. Une première dans l’histoire d’un pays qui n’a plus de parti, d’élite politique, ni de société civile. Ne restent aujourd’hui que des chefs insurgés qui étaient avant la révolution médecins, avocats, paysans, étudiants, anciens cadres du régime Kadhafi, laïcs, fous de Dieu...

Abdeljalil en appelle à l’union sacrée. Mais rien n’est gagné. Noura Gharib, journaliste à Tripoli, redoute elle que les insurgés soient dépossédés de leur victoire et mis hors-jeu par les vieux loups de l’ancien régime, les Moussa Koussa, les Abdessalam Jalloud ou les Aberahmane Chalgam qui ont tourné leur veste à temps et qui s’activent entre Rome, Djerba et Doha pour gagner leur place dans la Libye de demain.


Les islamistes  peuvent-ils prendre le pouvoir?


Les islamistes sont partout sur le front. Et les images qui défilent sur les écrans TV le prouvent en montrant de nombreux combattants barbus qui crient les Allah akbar en déchargeant leurs armes... Les services de renseignement occidentaux s’en sont inquiétés en annonçant qu’ils avaient détecté des combattants d’al-Qaida parmi les révolutionnaires.

Eux ne s’en cachent d’ailleurs pas. Le Groupe islamiste combattant libyen (GICL) qui s’est déjà frotté au régime Kadhafi s’est même rebaptisé le Mouvement islamique libyen pour le changement. Les frères musulmans ont également pris part à la bataille en mettant notamment à disposition leur logistique et leurs réseaux de financement qui passent par l’Angleterre, mais aussi la Suisse.

Ils ont envoyé du matériel médical et des fonds pour acheter des équipements de communication satellitaire.
«Nous les remercions pour leur courage et leur sacrifice, explique Souleiman Dougha. Mais ils devront accepter le jeu démocratique. Nous ne voulons pas remplacer un tyran par d’autres.»

Mais il faut reconnaître qu’ils ont leur place dans la Libye de demain, admet Suaad Alfitouri. «Les Occidentaux doivent comprendre que la société libyenne est conservatrice, mais ne soutient pas les extrémistes, ajoute Abdelkarim Bazama. Que la religion est importante. Mais nous aussi nous ne voulons pas d’une Somalie aux portes de l’Europe. Nous avons bien fait comprendre aux islamistes qu’ils devront respecter l’Etat de droit.»

De toute manière, l’Occident veille au grain. Paris, Londres ou encore Washington ont déjà averti qu’ils ne toléreront pas que la Libye se transforme en sanctuaire d’al-Qaida.


Les défis de la nouvelle Libye?

Les défis de la nouvelle Libye sont énormes. Il faut relancer l’économie, reconstruire ce qui a été détruit, bâtir de nouvelles infrastructures routières, remettre en marche la production pétrolière, offrir un emploi à une jeunesse désœuvrée dans le pays le plus riche d’Afrique. «Mais en premier, il faut assurer la sécurité, analyse Abdelkarim Bazama. Notre premier casse-tête sera de désarmer la population après six mois de distribution de fusils et de lance-roquettes à grande échelle.»

Suaad Alfitouri est inquiète à ce sujet. «Les Libyens sont impatients de nature. Et les armes en circulation peuvent provoquer une nouvelle catastrophe entre des tribus qui ne s’entendent pas toujours.» Noura Gharib estime qu’il faudra du temps pour effacer les traces de la guerre civile dans les esprits. «La justice doit être à la hauteur des attentes. Nous devons juger tous les criminels de guerre, à commencer par le clan Kadhafi.»

La Libye devra aussi trouver son indépendance face à ses parrains occidentaux et qataris qui ont soutenu la rébellion et qui ont contribué à la chute de Kadhafi. Aujourd’hui, ils en attendent un retour sur investissement sous forme de gaz et de pétrole.
Quant à la Suisse, elle sera de nouveau la bienvenue en Libye où les besoins en infrastructure sont énormes, témoigne Miguel Stucky, entrepreneur vaudois dont le partenaire Rachid Hamdani avait été pris en otage après l’arrestation d’Hannibal à Genève.

«Nous attendons aussi beaucoup de Berne pour traquer les fortunes du clan Kadhafi et pour nous rendre cet argent. Nous en aurons besoin pour reconstruire le pays», confie Souleiman Dougha. Autre dossier chaud: le sort du groupe pétrolier Tamoil et de sa raffinerie de Collombey qui peine à tourner depuis le début de la guerre civile.


A qui le tour?


La Libye ne sera pas le dernier pays à vivre les effets du «printemps arabe». Pour de nombreux observateurs, Bahreïn, l’Arabie saoudite, la Jordanie, le Yémen et l’Algérie sont les prochains sur la liste. Mais c’est surtout la Syrie qui sera rattrapée par le vent de la liberté qui souffle sur ?Tripoli.

Les atrocités commises par le régime de Bachar el-Assad ressemblent comme deux gouttes de sang à celles de Kadhafi. Au point que Robert Fisk, le correspondant au Moyen-Orient du quotidien anglais The Independent, réclame une intervention de l’OTAN du côté de Damas: «Combien de temps se passera-t-il avant que les Européens se demandent pourquoi, si l’OTAN a été si efficace en Libye, elle ne pourrait pas être employée contre les légions de Bachar el-Assad en Syrie, en utilisant Chypre comme porte-avions?»

Quant au président algérien Bouteflika, il est désormais sous pression. Lui qui a soutenu Kadhafi jusqu’au bout pourra-t-il survivre entre un Maroc qui se réforme, une Tunisie qui a fait sa révolution et une Libye qui a chassé le plus vieux dictateur du monde?
A coup sûr, Kadhafi ne sera pas le dernier dictateur à dégager devant la colère des peuples arabes.


En chiffres

20000 : Le nombre de sorties des avions de l'OTAN depuis le début de l'intervention en mars.

0 : En l’état, l’OTAN n’aurait perdu aucun de ses hommes. Quant au coût humain pour les Libyens, il est difficilement chiffrable. Mais il se monterait à plusieurs milliers de morts civils et militaires, lors de la répression du régime Kadhafi, des combats, mais aussi lors des bombardements de l’OTAN; 55 000 selon une source libyenne, non vérifiable à ce stade, qui signale de nombreux décès dans les hôpitaux faute de soins.

1,1 mia :

Le coût estimé des bombardements si la guerre devait se prolonger jusqu’en septembre, selon un rapport de la Maison Blanche publié en mai par le New York Times.




Tags: Printemps Arabe, Kadhafi, Libye,

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Réaction de freemind
le 26.08.2011 à 20:52
À propos de projet de constitution, ce n'est pas encore...
 
Réaction de Claude Roche
le 26.08.2011 à 12:09
Analyse brillante sur La Libye de l'après Kadhafi. Parfois on...
 
Réaction de Jean-Francois Morf
le 25.08.2011 à 20:18
Les USA ont bloqué 30 milliards $ volés par Gaddafi...
 



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