| Scénario catastrophe en 3 votations |
• Musée des beaux-arts au bord du lac: non en novembre 2008? Projet très contesté. D’abord parce que le Canton, qui est maître d’œuvre, s’est peu investi pour convaincre la population. • City management: non au printemps 2009? L’association des commerçants était demandeuse. Mais certains de ses membres combattent la taxe prévue. Contre-courant difficile à remonter. • Métamorphose: Non a L’automne 2009? La démolition du stade de la Pontaise qu’implique ce programme élargit le cercle des opposants. Des écolos se déclarent contre l’expansion de la ville. | La grande liesse du nouveau métro M2 suivie d’un séisme en trois temps! Voilà le scénario catastrophe qui se dessine à Lausanne. Il angoisse les autorités communales, pourtant tenues par une majorité rose-rouge-verte écrasante: 64 élus sur 100 au Parlement communal. Peut-être trop écrasante, puisqu’y percent des états d’âme, qui lézardent la façade d’une gauche dominante.
Organisé par Daniel Rossellat, le patron de Paléo, un vrai festival marquera du 18 au 21 septembre l’inauguration du M2. Ce nouveau métro qui traversera la ville de bas en haut a respecté à la fois son budget (730 millions de francs) et le calendrier pour la mise en service (entre fin août et début septembre). Rien ne devrait donc gâcher la fête, qui permettrait à la Municipalité d’expliquer au grand public sa vision du développement urbain. Pour elle, le M2 est une nouvelle «colonne vertébrale» autour de laquelle doit se constituer l’agglomération, de façon à pouvoir accueillir des dizaines de milliers de nouveaux habitants dans les deux prochaines décennies.
Contestation groupée. Mot d’ordre: densifier la ville pour protéger la campagne. Pour cela, il faut de «grands projets». C’est là que ça se gâte. Un référendum cantonal et deux initiatives communales (utilisées comme des référendums) viennent d’être déposés coup sur coup. La première épreuve est déjà agendée au dimanche 30 novembre. Tous les citoyens vaudois sont appelés à se prononcer, le projet en cause ayant été élaboré par l’Etat de Vaud à l’instigation de la conseillère d’Etat socialiste Anne-Catherine Lyon. Il s’agira de savoir s’il faut construire un nouveau Musée des beaux-arts de Lausanne au bord du lac, ou plutôt le laisser au centre-ville.
Suivront deux autres scrutins qui, ceux-là, s’adresseront aux seuls Lausannois. Pas encore arrêtées, leurs dates tomberont entre le printemps et l’automne 2009. En commençant sans doute par ce fichu «City management», projet d’animation du centre-ville anecdotique par rapport aux autres, mais qui empoisonne la vie politique locale. Viendra ensuite le gros morceau, dont le seul nom veut tout dire: Métamorphose! Il s’agit de raser le stade olympique de la Pontaise pour en reconstruire un tout neuf, à deux pas du lac, l’opération permettant de libérer un immense plateau sur les hauts de la ville, où serait construit un «écoquartier». La crainte, la grande crainte, c’est que trois non s’enchaînent. Le coup serait terrible pour la vision urbaine de la Municipalité.
Les bâtisseurs. L’hypothèse n’a rien d’improbable. Du coup, sur l’esplanade d’Ouchy à l’occasion de son discours du 1er Août, le syndic Daniel Brélaz a invoqué les grands ancêtres, ceux qui ont construit la Suisse au fil des siècles. «Notre époque se compare à celle des bâtisseurs du XIXe siècle.» Le lien avec l’actualité était fait: du point de vue du syndic écologiste, la réalisation des grands projets de transports entraînera des investissements qui assureront la prospérité de la population. Encore faut-il que cette dernière y croie. «La confiance est déterminante pour que, dans dix ans, Lausanne ne soit pas championne du chômage mais du dynamisme.»
Même la droite reconnaît l’audace visionnaire de cette Municipalité où elle n’a qu’un représentant, le radical Olivier Français. Qui, c’est vrai, n’occupe pas le moindre des postes puisqu’il est à la tête de la direction des Travaux. Du ressort de la socialiste Silvia Zamora, le récent plan «3000 logements» est salué parce qu’il élargit le soutien public au marché libre. Même l’UDC apprécie, et concentre ses feux les plus rudes sur la situation financière de la Ville.
Adversaires intérieurs. Mais alors, d’où vient la contestation des grands projets? Du sein même de la majorité rose-rouge-verte, où le dynamisme entrepreneurial du syndic et de sa Municipalité ne passe pas toujours très bien. Il ne passe même pas du tout auprès de la composante rouge de cette majorité, le groupe A gauche toute! Sous la férule de Jean-Michel Dolivo, ces 12 parlementaires du POP et de SolidaritéS se positionnent dans l’opposition, malgré leur représentant à la Municipalité.
Pour l’exécutif, le plus grave se joue parmi les Verts, où quelques-uns des plus anciens se retrouvent avec des écolos fondamentalistes pour dire non au développement de la ville et à la fatalité de sa croissance démographique. Avec les milieux les plus conservateurs en matière d’aménagement urbain, ils se retrouvent pour s’opposer au Musée des beaux-arts au bord du lac. Et ne restent pas sans critiques face à Métamorphose! L’hostilité au changement pourrait alors rallier bien des suffrages.
Et puis le syndic a lâché une fois que certains points de Métamorphose n’étaient «pas négociables». «Un mot malheureux», proteste la municipale socialiste Silvia Zamora. Une procédure de participation comme on n’en a jamais vu à Lausanne a commencé en juin, plaide l’élue. Malheureusement, l’«erreur de communication» a été exploitée jusque dans les rangs des Verts et des socialistes, où on lui reproche des manières autoritaires. Ces attaques préparent aussi les élections de 2011, la concurrence étant rude dans le camp de la «majorité écrasante» où les personnalités ambitieuses ne manquent pas.
La Municipalité devra donc se démener. Pour échapper à la spirale de l’échec qui ne menacerait certes pas sa majorité, mais la laisserait sans grands projets.
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