Robe de velours noir, manches en dentelle et petit col blanc retenu par un long ruban chez Emilio Pucci; courte robe noire ornée d’un très long jabot blanc chez Moschino, ou encore négligé couleur peau complété par un tablier chez Agent Provocateur, les tenues de soubrettes des collections automne-hiver 2011-2012 donnent de sérieux signes de retour dans le passé.
Si l’on sait que les créateurs ne font que suivre l’air du temps, ces vêtements laissent songeur. Car en matière de symbole du climat ambiant, la soubrette n’est assurément pas le personnage le plus porteur de progrès. Il véhicule même de très forts relents de société inégalitaire, même porté avec humour et second degré. Femme célibataire qui occupait une position aussi ingrate que précaire, soumise aux désirs de ses employeurs, la servante avait une réputation sulfureuse.
Elle représentait un danger pour le respect des bonnes moeurs, vivant au contact permanent du maître de maison et de ses éventuels fils. Eh oui, le costume de soubrette fait parfois partie intégrante de la panoplie des fantasmes masculins.
Hommes brimés. Chargée de cours à la Haute Ecole d’art et de design de Genève, Valentine Ebner constate: «Nous observons actuellement un retour dans le passé, une réaction envers une époque remplie d’incertitudes. Le fait de se réfugier dans le vintage permet de compter sur des valeurs sûres. Même si ces dernières ont des failles, au moins on les connaît.
«SE RÉFUGIER DANS LE VINTAGE PERMET DE COMPTER SUR DES VALEURS SÛRES.»
Valentine Ebner, chargée de cours à la Haute Ecole d’art et de design de Genève
Cela semble démontrer, dans la société actuelle, une difficulté à évoluer et à avancer qui n’a rien de rassurant...» La Lausannoise égrène encore d’autres thématiques du moment: l’ambiance des bordels anciens, un esprit tapisserie, des coloris rose fané, des velours élimés, des femmes alanguies ou en rang d’oignons, une domination masculine.
Cette régression n’étonne pas du tout Frédéric Monneyron, sociologue de la mode et de la sexualité. Il va plus loin. «Le maître qui se tape la soubrette, c’est dans l’air du temps. La sexualité devient tellement contrainte que l’on revient aux très vieux modèles qui semblaient dépassés jusqu’alors.» A ses yeux, pas de doute, la société actuelle est très loin de celle, progressiste et empreinte de liberté des années 60-70, époque bénie où l’avenir était radieux, les minijupes à la mode alors que la beauté, la séduction et le désir pouvaient s’exprimer librement. «Aujourd’hui, on assiste à un rétrécissement et à un retour sur soi.
Depuis vingt ans, la mode est dans l’anti-séduction et l’anti-désir. La sexualité ne s’exprime plus de façon directe.» Et de regretter l’époque où il était adolescent, avec des propos un rien machos: «On pouvait alors encore siffler une jolie femme dans la rue. Aujourd’hui c’est fini! Cela crée un écart entre les sexes.» Outre le sida, le sociologue français évoque la montée en puissance des femmes. «Elle a rendu le désir masculin humiliant, agressif, brutal. L’expression de la sexualité est devenue très difficile.»
Ce qui est sûr en revanche, c’est que l’on peut faire tous les reproches du monde à DSK, sauf celui de ne pas être dans l’air du temps...
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