Des hommes fouettent des recrues appuyées contre un mur. Cette vidéo filmée à la caserne de Bière a été avérée par les autorités militaires puis qualifiée de canular. Peu importe. L’incident montre que des soldats s’ennuient ferme et se livrent à des jeux imbéciles.
Pendant qu’elle astique ses chars, notre armée néglige des menaces autrement plus plausibles.
L’armée suisse a le moral à zéro. Parce qu’elle ne sait plus bien à quoi elle sert. Et le gouvernement, écartelé entre les traditionalistes et les modernistes, patauge dans des rapports flous.
Le budget militaire est-il excessif ou insuffisant? En débattre n’a pas de sens tant que la stratégie n’aura pas été clairement posée. S’il s’agit de rallonger les crédits pour maintenir un statu quo branlant, on comprend la grogne.
Le chef du département menace de changer de job s’il n’obtient plus d’argent. Cela n’alarme personne. Sinon ceux qui se demandent où il pourrait sévir à l’avenir.
Cet homme dit tout et son contraire. On l’a entendu vanter la guérilla des Viet-congs ou des talibans, capables de tenir tête aux superpuissances. Il a exprimé des doutes sur la nécessité de nouveaux avions puis les réclame à grands cris.
Tout ce que l’on sait, c’est qu’il tient mordicus à la vieille défense territoriale sur le modèle de la Seconde Guerre mondiale.
Que l’avenir puisse réserver des mauvaises surprises, d’accord. Renoncer à tout savoir faire dans l’infanterie, l’aviation, l’artillerie, les blindés serait léger.
Mais maintenir certaines de ces armes au niveau actuel est aberrant. Ces moyens seraient d’ailleurs inefficaces tant que nous n’avons pas d’accords solides avec nos voisins dans l’hypothèse – si peu vraisemblable – d’une guerre classique.
Le plus préoccupant est ailleurs. Pendant qu’elle astique ses chars, notre armée néglige des menaces autrement plus plausibles.
Les «cyberconflits» peuvent causer des dégâts considérables. A distance. Tous les états-majors sérieux s’en préoccupent.
En Suisse aussi, d’excellents spécialistes planchent sur le sujet. Mais le ministre bâille quand on lui en parle. Il a fait son service militaire dans les troupes cyclistes. Il en est resté là.
Les missiles à moyenne portée sont de plus en plus accessibles et performants. Comment s’en prémunir? Le commandant de corps Markus Gygax a raison de soulever la question.
Deux petits problèmes cependant: aucune technologie d’interception de ces engins n’est pour l’heure vraiment opérante et elle sera de toute façon hors de prix pour un petit pays. En la matière, la coopération internationale est indispensable, cela tombe sous le sens.
Un ambassadeur italien m’a dit un jour avec un sourire poli: «Imaginons que la Suisse soit menacée par un pays d’Afrique du Nord. Si nos radars détectent une fusée qui file vers Berne, à qui devons-nous téléphoner?»
Nous n’avons aucun accord de défense digne de ce nom avec ceux qui peuvent nous aider en cas de coup dur. Neutralité oblige. Posture absurde et dangereuse.
Le chroniqueur de la NZZ online, Bruno Lezzi, spécialiste des questions militaires, relève cette grotesque contradiction dans le dernier rapport stratégique: «La détection des dangers et le système d’alarme peuvent se faire en coopération internationale en temps de paix mais pas en temps de guerre.»
Alors que, bien sûr, on aurait besoin de soutiens extérieurs justement quand les choses tournent mal.
L’idéologie de la neutralité aveugle encore le Conseil fédéral. Il ne définit pas ce que doit être la défense aujourd’hui. Ce que nous pouvons faire seuls, ce que nous devons faire avec les autres, avec qui et comment.
Il maintient une petite participation à des opérations de paix internationales mais en parle le moins possible. Comme s’il ne croyait ni à ceci ni à cela.
Il ne se donne même pas la peine de définir clairement les tâches de la police et de l’armée. Elles sont différentes et doivent le rester.
Mais il y a aussi des domaines où leurs compétences les rapprochent. Pas seulement dans la garde devant les ambassades ou au symposium de Davos. Imaginons des terroristes qui viseraient les avions civils à l’approche d’un aéroport avec une arme téléguidée. Serait-ce l’affaire d’une police cantonale ou des militaires?
Les stéréotypes d’un autre âge chers au conseiller fédéral Maurer mettent en danger, à force d’immobilisme, la sécurité de la Suisse. Face à des périls non pas fantasmatiques mais bien réels.
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