L'Hebdo;
2003-01-09 La nouvelle Suisse qui gagne, c'est... ...une Suisse qui s'allie
Alliée Aujourd'hui, on ne gagne plus seul. La Suisse d'«Alinghi» l'a parfaitement compris.
Ouverte Mondialisation oblige, le sport suisse doit beaucoup à ses athlètes naturalisés.
Novatrice La Suisse doit l'essentiel de son or olympique aux sports émergents.
Que ce soit à bord d'«Alinghi» ou quand il s'agit de décrocher l'organisation de l'Euro 2008, le pays ne gagne plus seul ni uniquement par ses forces nationales.
«On est en finale, on est en finâââle, on est, on est, on est en finâââleuh...» Voilà le refrain très inhabituel qui ne cesse de retentir au pays calme du yodle. Et qui prend de l'ampleur avec l'approche du coup d'envoi (le 11 janvier) des régates qui permettront d'attribuer la Coupe Louis Vuitton et d'offrir un accès à la Coupe de l'America. Autant de finales que le voilier «Alinghi» semble en mesure de remporter, quitte à étonner la Suisse, cette nation qui avait pris l'habitude de briller lors des confrontations qui rapportent une médaille en chocolat.
Après ces années de misère qui ont vu des hordes d'Autrichiens chasser les Helvètes des podiums de ski alpin et Martina Hingis décliner face aux joueuses à la musculature suspecte, voilà que la Suisse redécouvre les sensations grisantes du succès. Grâce à la brise «Alinghi». Mais encore grâce aux exploits d'un Bernard Stamm qui caracole en tête d'Around Alone, le tour du monde en solitaire à la voile. Autant de succès récents qui viennent s'ajouter à une année sportive 2002 exceptionnelle, avec la réussite du FC Bâle en Champion's League et l'attribution à la Suisse et à l'Autriche de l'organisation du lucratif Euro de football 2008.
Plus largement, ces réussites dessinent une nouvelle carte de la Suisse qui gagne. Elles nous montrent un pays qui ne doit plus son or à la combativité de ses montagnards alémaniques ou valaisans, mais qui triomphe en s'appuyant sur ses industriels, ses scientifiques et ses milliardaires. Une Suisse qui s'impose parce qu'elle a su trouver les bons alliés à l'étranger.
C'est un Davos «renforcé» qui vient de disputer trois finales consécutives (dont deux victorieuses) en Coupe Spengler. Quant au monocoque de Bernard Stamm, il navigue grâce au soutien de deux sponsors, le groupe suisse Bobst et les Français d'Armor Lux (spécialisés dans la mode marine). Si ce coup de pouce tricolore à un navigateur suisse peut surprendre de ce côté-ci du Léman, il apparaît des plus logique à nos amis français qui rappellent volontiers que «Stamm» veut dire tricot en Breton!
Plus sérieusement, il faut bien reconnaître que les succès sportifs majeurs obtenus par des Suisses ces derniers mois sont tous liés à la participation d'un partenaire étranger. Le constat est particulièrement valable pour «Alinghi», cet équipage suisse qui parle avec un fort accent néo-zélandais, ou pour le FC Bâle qui utilise à bon escient ses nombreux mercenaires. C'est enfin vrai pour nos équipes nationales de football qui intègrent de plus en plus de joueurs naturalisés. Et enfin, et surtout, cela vaut pour l'obtention de l'Euro 2008, que la Suisse a décroché en marquant l'Autriche à la culotte.
«C'est vrai qu'aujourd'hui, on ne gagne plus seul, confirme Me Michel Zen-Ruffinen, l'organisateur en chef de la dernière Coupe du monde de football au Japon et en Corée. Il y a eu une époque où l'on confiait systématiquement les grandes manifestations sportives à un seul pays. Aujourd'hui vient le temps des alliances.» Restait, dans ce contexte évolutif, à trouver le bon partenaire. Ce fut l'Autriche.
Cette recette à succès est maximisée en voile par le défi «Alinghi». Une aventure qui regroupe une quinzaine de nationalités différentes autour d'Ernesto Bertarelli. «Quand on est un petit pays, il faut faire valoir d'autres qualités dans l'approche compétitive, observe Georges-André Carrel, le patron du Service des sports de l'Université de Lausanne. Dans le cas d'«Alinghi», il faut être honnête: on doit ça à Bertarelli. C'est un patron d'entreprise qui est un passionné de voile, un milliardaire dont la gestion est reconnue. Dans sa manière d'appréhender la Coupe de l'America, il a additionné des différences. Pour chaque étage de sa pyramide d'excellence, il est allé chercher les meilleurs. Parfois à l'étranger avec le barreur Russell Coutts, parfois en Suisse, avec l'apport de l'EPFL ou la préparation physique d'un Jean-Pierre Egger.»
Justement, qu'en pense l'homme qui a peaufiné la forme de champions comme Werner Günthör et Simon Ammann? «Si je regarde les projets qui ont réussi ou échoué, je vois que la différence est dans leur complémentarité. Alinghi est le projet le mieux ficelé que j'ai jamais vu. Il y a la réalisation d'un rêve, avec des synergies de gens compétents qui veulent atteindre l'excellence. Cela suffit souvent à faire des miracles, notamment parce que dans beaucoup de projets, on se tire dans les jambes.» Du coup, les différences nationales, culturelles, de langues ou de compétences qu'il pourrait y avoir sur «Alinghi» «s'additionnent pour que 2 et 2 fassent 5 alors que, quand elles se battent, ça fait du 2 contre 2».
Une analyse partagée par Bertrand Cardis, le patron de la société vaudoise Decision SA qui a construit les deux voiliers du défi suisse. Pour avoir participé au projet depuis le début, l'ingénieur vaudois a pu vérifier l'importance de cette collaboration avec les Kiwis d'«Alinghi»: «Ici à Fenil, nous savons construire des bateaux. Mais nous n'avions jamais livré de Class America avant de sortir SUI 64 et SUI 75. Alors nous avons fait venir des Néo-Zélandais. Pour ne pas réinventer ce que d'autres ont déjà fait. Et aussi pour prendre ce qu'il y avait à prendre. C'est une ouverture, c'est clair. Mais Serono est international. Et M. Bertarelli joue à l'échelle mondiale. Maintenant, tous les Suisses qui viennent sur le projet «Alinghi» ont pris un sacré coup de turbo.»
Organiser la synthèse de gens très compétents qui ne parlent pas la même langue mais qui partagent le même rêve, ça ne vous rappelle rien? «Cette nouvelle Suisse qui gagne ressemble à notre pays, avec ses quatre langues nationales, personne qui ne se comprend sans que cela altère le fonctionnement de l'ensemble, sourit Bertrand Cardis. Pour moi, une entreprise, c'est rassembler des gens et leur donner un objectif commun. Une entreprise ne marche qu'avec des gens motivés. Après, ils ont une productivité excellente, ils ont leur propre moteur et ne marchent pas seulement parce qu'il y a un gros qui pousse derrière. Alinghi, c'est ça. Un pays, c'est ça.»
La lumière a un prix
A ces ingrédients qui permettent à la Suisse de gagner, il faut en ajouter un troisième dont on aime peu parler en Suisse. L'influence prépondérante de l'argent et le rôle central d'un milliardaire qui investit dans l'aventure et trouve des sponsors comme UBS et Audemars Piguet, susceptibles de réunir la centaine de millions de francs nécessaire pour faire briller les couleurs helvètes. Une démarche qui demeure très inhabituelle, et pour tout dire, moyennement appréciée, dans un pays qui déteste la richesse ostentatoire.
Reste que le succès passe par là, puisque cette démarche est centrale dans tous les projets sportifs ambitieux. «La réussite du FC Bâle est construite sur des bases similaires à celles d'«Alinghi», assure Georges-André Carrel. Derrière le club, il y a Gisela Oeri, une héritière de Roche qui a une passion pour le football. Et son argent est bien investi. On a mis en place une structure d'excellence avec un véritable stade de foot, une scène de théâtre qui pousse les gars à l'excellence. Et là encore, on a pris les meilleurs. L'entraîneur est réputé. Il a construit une équipe sans monstre star, mais qui est une formation multiculturelle, intéressante au niveau technique et tactique.»
Et quand un bateau avance, c'est toute la flotte qui progresse. Avec les victoires d'«Alinghi», du FC Bâle ou de l'Euro 2008, la Suisse bénéficie désormais d'un élément immatériel, mais souvent décisif: «La loi des séries. Nous en avons connu une négative, dont le pire était l'affaire olympique avec Sion. Et nous sommes aujourd'hui dans une dynamique de succès dont il faut profiter». Que Michel Zen-Ruffinen soit entendu. A commencer par l'équipage d'«Alinghi».
Samuel Schmid. Triomphant quand la Suisse décroche l'Euro 2008, il peut remercier l'Autriche.
Gigi Oeri, pilier du FC Bâle. La Suisse gagne aussi grâce à ses milliardaires.
...Une Suisse qui intègre
Yakin, Coutts, Cabanas, Senderos, etc. Les noms des nouveaux héros du sport suisse témoignent de la mondialisation des compétitions de haut niveau.
La nouvelle Suisse qui gagne ne parie pas seulement sur ses industriels, ses scientifiques, ses sponsors ou le choix judicieux de ses alliés. C'est encore un pays qui enrôle gaiement ses immigrés sous la bannière nationale. Une capacité d'intégration qui se reflète dans la composition de l'équipage d'«Alinghi» comme des différentes équipes suisses de football. Et qui a une influence très positive sur leurs résultats.
Cela vaut notamment pour la sélection nationale et le FC Bâle, emmenés vers les sommets par les frères Murat et Hakan Yakin, deux internationaux suisses d'origine turque. C'est encore vrai pour l'équipe des moins de 21 ans (3e lors du dernier Euro) grâce à la jouerie de Ricardo Cabanas, un footballeur d'origine espagnole qui bénéficie également de la nationalité helvète. Et pour l'équipe championne d'Europe des moins de 17 ans, dont le capitaine s'appelait Philippe Senderos. Là encore, il s'agit d'un talent plurinational (le père est d'origine espagnole, la mère d'origine allemande) que le monde nous envie. Pour preuve, ce joueur vient d'être transféré chez les Anglais d'Arsenal pour la modique somme de six millions de francs.
Autant d'exemples qui n'ont plus rien d'exceptionnel dans le football suisse. «Il y a 3-4 Yakin ou Cabanas dans chaque équipe nationale. C'est un phénomène nouveau», note Michel Pont, l'entraîneur assistant de la Nati. Est-il suffisant pour que l'on parle de vague Black-Blanc-Beur, à l'image de ce qui s'est passé dans la France championne du monde de 1998? «Le phénomène n'est pas aussi marqué», nuance Michel Pont. «On peut parler d'intégration, à cette différence près par rapport à la France qu'il y a là-bas beaucoup de joueurs qui viennent des anciennes colonies, ce qui n'est pas le cas ici, ajoute Yves Débonnaire, l'entraîneur de la sélection des moins de 17 ans. Ce qui est intéressant aujourd'hui, c'est que les jeunes qui ont un choix à faire entre deux équipes nationales hésitent de moins en moins à opter pour la Suisse. C'est notamment valable pour Vonlanthen qui a préféré notre pays à la Colombie.»
«Cette intégration n'est pas propre à la Suisse, elle est mondiale parce que liée à un phénomène migratoire global, poursuit Michel Zen-Ruffinen, l'ex-secrétaire général de la FIFA. Il y a de plus en plus d'échanges entre les pays et tout le monde cherche à nationaliser au plus vite un joueur de qualité. Y compris en Suisse.»
Cette évolution a deux conséquences. Sociale pour commencer. «Le sport de haut niveau, avec ses exigences d'être au top, peut constituer un facteur d'intégration important, comme on le voit notamment avec l'exemple du FC Bâle», note Claude Stricker, le directeur exécutif de l'Académie internationale des sciences et technologies du sport (AISTS). A cela s'ajoute la découverte d'une nouvelle ère sportive où l'esprit de clocher, très prononcé jusque-là, commence à baisser pavillon. De ce point de vue, «l'exemple de Russell Coutts est intéressant, parce que les Néo-Zélandais ont habituellement une vision très nationaliste du sport, observe le professeur à l'Institut de hautes études en administration publique (IDHEAP) Jean-Loup Chappelet. En passant sur «Alinghi», Coutts montre que les athlètes vont là où est l'argent. C'était déjà le cas dans quelques sports, et cela semble se généraliser.» Reste, en arrière-fond, le mécontement de présumés patriotes fanatiques, qui ont passé au stade des menaces contre les Néo-Zélandais d'«Alinghi» accusés de traîtrise.
Avec quels effets? Quand ce jeu des naturalisations rapides (il suffit d'être domicilié depuis deux ans dans le pays d'adoption pour être aligné en Coupe de l'America) fait apparaître sept Néo-Zélandais (et seulement trois Helvètes) parmi les seize équipiers qui embarquent sur «Alinghi», peut-on encore parler de «Suisse qui gagne»? Bertrand Cardis, le constructeur des navires SUI 64 et SUI 75 du team Alinghi, s'étouffe d'indignation: «Quand Ferrari gagne avec un pilote allemand et un patron d'écurie français, personne ne vient dire qu'il ne s'agit pas d'une voiture italienne! Une autre manière, plus constructive, d'appréhender l'actuelle mondialisation du sport de haut niveau consiste à voir ce que les Suisses apprennent au contact de ces étrangers qui savent gagner. «J'ai disputé les Jeux olympiques de 1984, se souvient Bertrand Cardis. Durant toute l'année qui a précédé, j'étais dans les huit meilleurs de ma discipline. Mais j'ai fini 13e aux JO.» La faute à l'appréhension des grands événements, le «petit bras» indissociablement lié à l'histoire du sport suisse qui n'a jamais cultivé l'esprit de winner anglo-saxon. «Au contact de gens comme Russell Coutts, on apprend cette mentalité néo-zélandaise, on apprend à se dire que l'on peut battre les meilleurs», ajoute Bertrand Cardis.
«On a été beaucoup trop looser, trop émotif et pas assez fort dans les moments décisifs, confirme Michel Pont. Mais la Suisse s'est beaucoup décomplexée en 2002. Le mental du compétiteur est en train de changer. Notre mentalité de base de Suisse neutre, celui qui ne veut faire de mal à personne, est en train de changer. Les joueurs qui ont évolué à l'étranger, ceux qui jouent dans de grands clubs et ont l'obligation de gagner et de se bouger tous les jours nous l'apprennent aussi.»
Car à trop parler de ces étrangers qui font gagner la Suisse, on en oublierait ces Helvètes qui gagnent à l'étranger. Par exemple en France, où Fabio Celestini est champion d'automne de football avec l'OM. Et le Canada, où l'on a vu récemment, et pour la première fois de l'histoire, deux gardiens suisses face à face lors d'un match de NHL, la ligue de hockey professionnel. Un affrontement entre David Aebischer des Colorado Avalanches et Martin Gerber des Mighty Ducks qui a fait frétiller d'aise toute la Suisse du palet.
Le hic, c'est que de tels destins restent rares. «Parce que nous ne servons pas ce genre de mentalité en Suisse, assure Georges-André Carrel. Ici, on nivelle les valeurs plus qu'on ne permet aux gens de pousser vers le haut. On crée des centres de sport-études, mais on demande quand même aux gamins de se lever à six heures du matin pour gagner la patinoire. On ne va pas au bout de la démarche. Et surtout, on admet moins la marginalité dans le domaine du sport qu'on ne l'admet en culture ou dans le domaine scientifique. Voilà pourquoi, dans bon nombre de sports, les champions se sont faits seuls.»
Seuls et à l'étranger. Un constat mi-figue mi-raisin qui vaut également pour certains ingénieurs du sport. «Regardez Luc Dubois, ajoute Bertrand Cardis. C'est un inventeur de renommée mondiale, dont les voiles en 3DM sont utilisées aujourd'hui par tous les voiliers qui participent à la Coupe de l'America. Malgré son talent, il a dû s'exiler aux Etats-Unis pour développer son idée de voiles moulées. Il a vendu ses brevets à North et les voiles se font là-bas. Pourquoi pas ici? Parce que c'était une idée tellement innovante qu'on lui a ri au nez partout!»
La preuve que, malgré sa récente série de succès, la Suisse a encore du chemin à faire dans le domaine du sport.
Hakan et Murat Yakin, les locomotives du FC Bâle et de l'équipe suisse de football.
Philippe Senderos, champion d'Europe.
...Une Suisse qui innove
Finie l'époque où les Helvètes étaient abonnés aux victoires en ski et en bob.
Aujourd'hui, ils brillent en voile, en triathlon ou en snowboard.
Bien sûr, il y a encore quelques fossiles vivants tels Michael von Grüningen ou Sonja Nef pour perpétuer la tradition des montagnards helvétiques. Ces athlètes qui marquaient la légende des sports d'hiver de leur volonté farouche de gagner à chaque fois qu'ils prenaient le départ d'une course. Reste, malgré le coup d'éclat récent d'un Didier Defago, que l'époque où les Pirmin Zurbriggen et autres Vreni Schneider s'imposaient avec la régularité d'un coucou suisse est bien terminée.
«La Suisse qui gagne aujourd'hui est une Suisse événementielle», observe le patron des sports universitaires lausannois Georges-André Carrel. «C'est vrai pour «Alinghi» et pour l'Euro 2008. C'est vrai avec quelqu'un comme Simon Ammann qui a réussi à amener une différence dans un sport très traditionnel en apportant un côté plus fun. Et c'est encore vrai dans les nouveaux sports.»
Car les succès suisses viennent désormais de domaines aussi exotiques que le snowboard (deux médailles, dont une d'or, à Salt Lake City), le skeleton (une de bronze à Salt Lake City) ou le triathlon (de l'or et du bronze aux JO de Sydney sans oublier le phénomène Natasha Badmann qui s'est imposée trois fois de suite à l'Ironman de Hawaï). «Dans le sport traditionnel, on souffre. Mais les nouveaux sports nous permettent encore d'exceller au top niveau», poursuit Georges-André Carrel.
«Nous avons effectivement constaté ce phénomène, que ce soit en snowboard, en beach volley ou en mountain bike», confirme Werner Augsburger. Les raisons de ce nouveau particularisme? Le directeur technique de Swiss Olympic avoue y avoir réfléchi sans véritablement trouver d'explication. Il avance toutefois l'hypothèse d'un manque d'appétit. «C'est peut-être lié au fait que les athlètes suisses sont trop vite saturés. A 25-26 ans, ils n'ont plus faim de victoires. Dans les nouveaux sports, on atteint le haut niveau plus vite alors qu'il faut généralement être plus patient dans les sports traditionnels.»
Proche de cette explication, le professeur à l'IDHEAP Jean-Loup Chappelet attribue l'essentiel des mérites suisses dans les sports émergents à... la concurrence. Ou plutôt à son absence. Car ces succès ne durent généralement que quelques années, «le temps que ces disciplines deviennent plus populaires et que les grandes nations s'y mettent sérieusement. Et là, les performances suisses baissent.»
Plus positif, le directeur exécutif de l'AISTS Claude Stricker propose une explication liée à la curiosité bien connue des Helvètes pour tout ce qui se passe à l'étranger. «On l'oublie souvent parce que la Suisse fait un complexe, mais il y a des pionniers qui voyagent beaucoup et qui rapportent des nouveautés au pays.»
Pratique, Georges-André Carrel note enfin que les nouveaux sports sont souvent individuels et qu'un individu est plus facile à former qu'une équipe. «Ils demandent également moins d'organisation étatique pour mettre en place des usines à champions. Dans les sports urbains, les gens se sont faits seuls.» Et de citer l'exemple des frères Laciga. Deux Fribourgeois sortis de Villars-sur-Glâne, deux frères qui n'étaient pas de grands joueurs de volley en salle mais qui ont osé partir pour se frotter aux meilleurs joueurs sur le sable. Une expérience qui leur a permis de se professionnaliser, d'apprendre le soin des détails, l'excellence de la simplicité, l'importance de la nutrition, du physique, du mental.
Un travail solitaire et finalement payant, puisque le tandem fait aujourd'hui partie de l'élite mondiale. Et montre l'exemple à d'autres amateurs de sports émergents qui nous donneront les champions de demain.
Enquête: Jocelyn Rochat
Philipp Schoch, le snowboarder. Symbole doré de la Suisse qui gagne dans les sports émergents.
Martin et Paul Laciga, champions emblématiques de cette Suisse qui ose partir à l'étranger pour se frotter aux meilleurs et apprendre à gagner.
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