Jacques Chessex
La paix intérieure
Par MYRIAM MATOSSI - Mis en ligne le 19.10.2009 à 16:50
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Myriam Matossi.
Poétesse, ancienne compagne.
Jacques était comme une montagne à l’aube d’un grand jour, quand un versant baigne encore dans les mystères et les angoisses, les attraits de la nuit, tandis que l’autre versant resplendit et vibre dans la pure lumière solaire et bienfaisante. Riche de dons, sa personne avait une conscience exceptionnellement aiguë des choses de la vie, qu’il parvenait de mieux en mieux à canaliser.
Il atteignait de plus en plus à cette paix intérieure que lui permettaient difficilement, quand il était plus jeune et surtout quand il buvait, une âme trop habitée et un cœur trop sensible. L’aspiration à l’amour et le goût du pouvoir (servi celui-ci par un sens stratégique et politique hors pair) furent peut-être ses plus grands combats intérieurs. Au fil du temps, à force de se sonder, il apprenait la nuance, à mesure que la vie le comblait et que sa vie affective se stabilisait. Il était un grand philosophe, à la quête du «connais-toi toimême» de Socrate.
Mais Jacques n’était pas homme de spéculations abstraites: il était un sensuel qui concrétisait par l’écriture, par la peinture. Jusqu’au bout, il aura remué et étonné. Sa mort survient alors qu’il était plus créatif et heureux de vivre que jamais. Je crois néanmoins que, en deçà des propices allégements de sa vie dont il se réjouissait, il n’était pas encore venu à bout d’une culpabilité et d’une panique accrochées en ses tréfonds. Sa réponse, aimable et brillante mais fatale, à un homme qui lui parlait durement, l’a sans merci renvoyé à ses propres duretés passées dont il ne voulait plus. Il voulait cultiver sa meilleure part, exprimer sa bonté, une générosité qu’il a toujours eue, envers qui savait franchir le pont-levis de ses forteresses.
MYRIAM MATOSSI
Compagne de Chessex dans les années 70, puis 80, lorsqu’elle l’aide à sortir de l’alcoolisme. Elle est la Myriam de Dans la buée de ses yeux (Campiche, 1995).
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