Pour les Romands qui ont acheté la dinde de Noël en France voisine, profitant de la faiblesse de l’euro, pour ceux qui reviennent de vacances au soleil en zone dollar, le psychodrame autour du franc a quelque chose de bizarre.
Philipp Hildebrand aurait fait perdre à la Suisse plus d’argent qu’Ospel. Fallacieux!
Pourtant, pas un jour ne passe sans que les décideurs ne tirent la sonnette d’alarme. Les syndicats prévoient la destruction de 100 000 emplois. Les patrons évoquent de possibles délocalisations. Est-ce vraiment si grave, docteur? (Lire le dossier de Philippe Le Bé et Cyril Jost).
Avec un peu de recul historique, l’économie suisse paraît avoir plutôt profité de la force du franc. Parce que contrainte à rester fit et à multiplier les innovations.
On constate d’ailleurs depuis plusieurs années une véritable réindustrialisation du pays et la création de jobs à forte valeur ajoutée. Une sorte de miracle économique helvétique.
Dans l’immédiat, toutefois, les inquiétudes des entrepreneurs doivent être prises au sérieux. On reparlera notamment d’une nouvelle forme de Garantie des risques à l’exportation, d’allégements fiscaux pour les entreprises, du chômage partiel...
Quand il y a urgence, les autorités savent se montrer imaginatives et pragmatiques. Malgré l’allergie officielle à tout interventionnisme.
Et l’arme monétaire? Dans cette affaire, on s’est plu, ces derniers temps, à prendre le patron de la BNS Philipp Hildebrand comme punching-ball. L’homme aurait outrepassé ses compétences. D’abord en mettant la pression sur les grandes banques.
Ensuite en intervenant trop tôt et trop massivement pour freiner le renforcement du franc suisse. Une politique qui se solde par une perte comptable de 32 milliards de francs.
Un bon mot circule, ces jours, propagé par les détracteurs de Hildebrand: il aurait coûté à la Suisse «plus qu’Ospel lui-même». Une comparaison fallacieuse et qui exclut d’emblée un possible redressement de l’euro.
D’accord, les maîtres du franc méritent d’être suivis d’un œil critique. Et l’on peut toujours redessiner une politique de prudence, après coup. Facile.
Ce que montre surtout la hausse brutale du franc, c’est le peu de marge de manœuvre et, au final, l’autonomie très limitée de notre banque centrale à l’heure de la guerre des monnaies.
C’est pourquoi, très tôt, les dirigeants de la BNS ont cherché à convaincre qu’il fallait œuvrer de concert avec les Européens et proposer, notamment, une nouvelle garantie de crédit de 16,5 milliards au Fonds monétaire international (FMI).
Une mesure combattue par l’UDC, mais soutenue avec une surprenante ferveur par l’association patronale Economiesuisse et la Commission de politique extérieure du Conseil national.
Voilà qui marque un sacré changement. Jusqu’ici, la mode était plutôt à la Schadenfreude et au dénigrement de l’eurozone, qualifiée de bricolage voué à l’échec. On semble comprendre mieux aujourd’hui qu’il serait plus raisonnable de contribuer à son sauvetage.
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