L'Hebdo;
2004-08-05 La petite boîte qui rapproche les congressistes
CONTACTS La société lausannoise Shockfish commercialise Spotme, un appareil destiné à créer des liens entre les participants à des congrès.Par David Spring.
Lors d'une récente conférence organisée à l'EPFL, les centaines de scientifiques présents ont passé une partie de la journée à jouer avec Spotme, petit boîtier de plastique bleu destiné à communiquer avec leurs collègues. L'objet les a captivés au point de détourner l'attention due aux orateurs.
Chaque participant a tout d'abord été photographié et a fourni le nom de son employeur et ses coordonnées, avant de se retrouver en possession d'un exemplaire du gadget. Celui-ci donne accès aux données fournies par tous les participants, avec la possibilité de consulter le profil et de voir le portrait d'une personne en particulier. Parmi ses autres fonctions, un agenda des conférences mis à jour en permanence et une boîte aux lettres, pour envoyer des messages privés à ses voisins. Histoire de prendre des rendez-vous ou d'échanger des impressions. Le tout fonctionne sans fil, par ondes radio.
Plus amusant, un «radar» incorporé détecte n'importe quel autre détenteur de l'appareil dans un rayon de 20 mètres, «ce qui correspond à la zone couverte par le regard», précise Bänz Ledin, directeur de Shockfish, la société qui commercialise Spotme. Enfin, le bidule se manifeste automatiquement si une personne recherchée passe à proximité. Fort utile dans la confusion des pauses-café.
La société Shockfish, basée au parc scientifique de l'EPFL, propose ce service aux organisateurs de congrès du monde entier. Dernièrement, Motorola et le groupe d'hôtels InterContinental ont utilisé ces engins pour des congrès, à Dallas et à Pékin. «La fourchette des événements pour lesquels nous travaillons va de 200 et 2000 personnes, sur une moyenne de 3 jours», ajoute Bänz Ledin.
Réseaux et sentiments Conçu à la base pour améliorer le «réseautage» et faciliter les échanges à but commercial, l'appareil a instantanément connu des applications inattendues. Inévitablement, l'utilisateur glisse de «où se trouve la/le responsable de l'entreprise X?» vers «qui est cette jolie fille/ce joli garçon?». L'indiscret appareil permet de découvrir son nom, son adresse électronique et son employeur! Ce que l'on appelle la «réalité augmentée». Ces données sont enregistrables à volonté sous forme de cartes de visite virtuelles, puis envoyées après la conférence à chaque participant par courrier électronique.
Bänz Ledin rêve d'utiliser Spotme pour un événement de type «dating». Des centaines de personnes rassemblées au même endroit et munies de cet appareil pourraient se repérer et communiquer discrètement. L'écrivain anglais David Lodge, qui a étudié de près le comportement amoureux des congressistes dans Un tout petit monde, devrait adorer. Parmi les fonctionnalités plus terre-à-terre de l'engin, la possibilité de voter ou de remplir des questionnaires d'évaluation d'une conférence.
Nulle part où se cacher Chaque possesseur est atteignable en permanence. Ce simple fait alimente l'inquiétude de voir survenir petit à petit un monde où la sphère privée s'évapore.Stefan Catsicas, vice-président de l'EPFL pour la recherche et la valorisation, fait remarquer qu'«il est toujours bon de se poser la question de l'impact des innovations sur notre qualité de vie». Bänz Ledin nuance en précisant que des fonctionnalités pour mettre l'engin en veille ou pour devenir «invisible» existent, mais ne sont pas mises en évidence. Car le but des conférences est de provoquer des rencontres.
L'histoire de Shockfish ressemble à celle de nombreuses start-up de la belle époque. Lancée en septembre 1998 avec le soutien de Roland Siegwart, professeur à l'EPFL, la société a commencé par formaliser l'idée de se tourner vers le marché de niche des conférences. Grâce au concours de designers de l'Ecole canto-nale d'art de Lausanne, différents modèles ont été créés. L'idée est de fournir un appareil facilement utilisable par une personne qui ne passe pas sa vie à jouer avec des gadgets complexes. La navigation est simple. L'appareil s'utilise d'une main, de préférence avec le pouce.
Munie d'un prêt de la Fondation pour l'innovation technologique, Shockfish a pu se lancer. «Nous avions beaucoup d'espoirs et peu d'expérience», se souvient Bänz Ledin. La petite firme a survécu à la crise des années 2002-2003. Le marché des congrès est très dépendant de la bonne santé des entreprises et ce genre d'activité subit assez rapidement des coupes en période difficile. Shockfish est aujourd'hui bénéficiaire. Même si le produit est mûr, le marché reste encore à conquérir. «Nous en sommes encore à l'époque des missionnaires», plaisante Bänz Ledin.
Recherche Shockfish songe maintenant à développer son produit en permettant l'interaction avec les futurs réseaux de capteurs sans fil. Ces objets minuscules, disséminés dans notre environnement, transmettront des informations sur leurs environs immédiats et révolutionneront les maisons de demain. Leur diffusion va ouvrir de nouveaux champs de recherche sur la communication entre l'homme et son environnement. |
www.shockfish.com
Radar Avec Spotme, les participants d'une conférence peuvent se repérer au milieu de la foule.
|