Rébarbative, la philosophie? Obscure? Réservée aux initiés? Diverses initiatives prouvent le contraire. Le succès des cafés philosophiques montre qu’il y a une forte demande pour une philosophie bien vulgarisée. Quant au Festival de la philosophie, organisé par le journaliste et actuel président du Grand Conseil genevois Guy Mettan, il attire un nombreux public avide de réponses avisées à ses interrogations. Les conférences publiques offertes par les universités connaissent aussi un grand succès, surtout à Genève, où le département prend très à cœur sa mission d’ouverture sur la cité.
C’est à son initiative qu’est né le «philomaton». Une idée toute bête, qui ne coûte que quelques petits sous, mais dont la réussite est déjà visible sur le site philomaton.ch. Le principe? Au départ, un photomaton de fortune où Monsieur Tout-le-monde peut entrer pour poser brièvement une question ou présenter une réflexion devant une caméra. Celle-ci s’immisce ensuite dans les bureaux des philosophes patentés qui analysent cette proposition dans le langage le plus intelligible possible. Le tout est monté pour former de courtes séquences postées sur un site, façon YouTube.
Les séquences sont ensuite notées et commentées par les internautes, qui émettent de nouveaux avis ou suggèrent de nouvelles questions. Très tourné vers l’international, le département met à contribution des spécialistes de tous horizons et nombreuses nationalités. Le site est d’ailleurs trilingue: français, anglais et allemand.
Les questions. Dieu existe-t-il? Quelles leçons tirer du vote sur les minarets? Que suis-je? Les images peuvent-elles être discriminatoires? Qu’est-ce qu’un philosophe? Ce sont quelques-uns des thèmes abordés sur le site. La relative banalité de certaines questions ne rebute pas les philosophes: «Une grande partie de la philo contemporaine s’empare des sujets les plus proches des préoccupations quotidiennes», souligne Alain Pé-Curto, doctorant et collaborateur de l’expérience.
L’enseignant Olivier Massin, qui coordonne le site avec Philipp Keller, insiste sur le fait que «le débat est encadré. Certes, le philomaton a aussi pour objectif de rendre la philosophie plus “sexy”, mais les expériences de pensée proposées doivent rester rigoureuses.» Il ajoute que le site ne doit en aucun cas permettre «un grand déballage d’émotions. Nous ne sommes pas des thérapeutes.» «Heureusement, aucune séquence n’est devenue le prétexte à des débordements, ajoute l’étudiant David Furrer. Même sur le sujet sensible des minarets, les commentaires postés sont restés très courtois.» Les philosophes le doivent aussi au regard très sobre des réalisatrices Rosalia Blum et Valeria Stucki, toutes deux issues de la Haute Ecole d’art et de design de Genève. Elles travaillent bénévolement, comme tous les autres collaborateurs du site.
L’expérience est en train de prendre de nouvelles formes. La fiction du photomaton a disparu au profit de micros-trottoirs permettant une expression plus spontanée. Par ailleurs, il est envisagé que les séquences commencent à l’avenir par une intervention d’un philosophe, afin de donner plus de grain à moudre au citoyen lambda. Toute l’équipe est en tout cas motivée pour que le philomaton ne soit pas qu’un feu de paille.
L’association des étudiants en philosophie de l’Université de Genève édite depuis peu un périodique de vulgarisation de la philosophie. Baptisé iphilo, il est distribué dans les bâtiments universitaires et consultable en format PDF sous www.philosophie.ch/phileas.
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