POLEMIQUE
La pierre de Varone ricoche sur les Turcs valaisans

Par JADE ALBASINI - Mis en ligne le 20.09.2012 à 11:46

RÉPUTATION. Alors que le procès de Christian Varone débute le 25 septembre, une partie des Turcs valaisans constatent que les clichés négatifs sur leur pays ont été renforcés. Témoignages entre Sierre et Monthey.

«Mon pays a quand même été sali. Et cela fait quelques semaines que je n’ose plus dire je suis Turque», s’exclame Lale*, une femme de caractère de 45 ans. A la suite de l’affaire du chef de la police valaisanne, certains préjugés sur le peuple turc ont refait surface dans le Vieux-Pays. Comparaison avec Midnight Express, retour sur la violence du match Turquie-Suisse en 2006, les a priori sont ressortis des placards, au grand dam de la population turque.

Parfaitement intégrés et de nature plutôt discrète, la majorité d’entre eux auraient souhaité que cette pierre ne se soit jamais retrouvée sur le chemin de Christian Varone. Lale raconte encore que les gens sont venus la pointer du doigt, mettant tous les Turcs dans le même panier. «Même si c’était parfois sur le ton de la plaisanterie, j’ai été blessée. Je suis née en Suisse et j’y habite depuis toujours.»

Les critiques les plus virulentes, elle les a lues sur Facebook: «Les gens se lâchent sur le réseau social, parlant de la Turquie comme d’un endroit où il ne vaut mieux pas mettre les pieds. Sur le plan touristique, cette affaire peut causer beaucoup de tort.»

Image écornée. «L’idée que les Valaisans ont de mon pays est faussée depuis longtemps», avoue Dervish*, étudiant de 24 ans. Pour lui, la réputation de la Turquie avait déjà profondément empiré après le match de football pour les qualifications de l’Euro 2008. L’affaire Varone réveille seulement ce vieux démon. «C’est facile de faire à nouveau passer les Turcs pour les méchants. C’est comme si on avait le profil.» Son ami Ali*, un travailleur de 23 ans, ajoute que l’on ne peut pas reprocher à une nation d’avoir des lois: «Avant, on nous critiquait car nous n’en avions pas. Il faudrait savoir!»

Cette règle sévère peut effectivement surprendre quelques Suisses, mais la Turquie n’a pas les moyens financiers de protéger tout son patrimoine: «Nous ne pouvons pas sécuriser tous les lieux historiques dans le Sud, nous ne sommes pas aux Etats-Unis», ironise Lale. Elle ajoute qu’un homme de l’envergure de Christian Varone aurait dû le savoir, précisant que les agences de voyages, ainsi que les guides touristiques expliquent clairement qu’il ne faut rien ramasser sur le sol turc.

Profil bas. A l’inverse, pour d’autres résidents turcs et valaisans, les propos autour de leur chef de police ont été disproportionnés: «Honnêtement, il y a bien pire que cela. Les médias ont vraiment exagéré, créant un scandale à partir de rien», livre Hassan*. Pour ce vendeur de kebabs de 50 ans, on a trop parlé de «ce petit truc. Quitte à mentionner la Turquie dans la presse, autant évoquer les sujets plus importants qui feraient avancer les droits de l’homme par exemple.» De nombreux Turcs sont d’ailleurs du même avis: «Mon pays a d’autres problèmes. Si l’affaire Varone est passée au journal télévisé chez nous, toute cette histoire s’est cependant vite étouffée», clarifie Ferhat Aydin, président de la communauté turque de Monthey.

Néanmoins, quelques commerçants n’ont pas désiré commenter l’affaire de l’été, par souci de discrétion ou encore par crainte de devoir choisir entre deux pays: «Je préfère ne rien vous dire. C’est dangereux de parler de cela ici. Après la police débarque chez nous», chuchote avec le sourire Mehmet*, un père de famille de 45 ans. Des propos certes extrêmes qui dévoilent cependant un profond malaise. Tiraillée entre le Valais et la Turquie, une poignée de cette communauté préfère alors se taire. Pourtant, les mentalités ont évolué dans le canton. «Honnêtement, peu de personnes sont venues me parler de cette histoire au bureau. On l’évoque parfois avec mes collègues, mais toujours de manière intelligente et respectueuse», expose Ali.

L’intérêt politique. L’avis des Turcs résidant en Valais intéresse particulièrement le Parti libéral radical, qui vient de choisir Varone comme champion pour la course au Conseil d’Etat du printemps prochain. Vendredi dernier, une rencontre a ainsi été organisée entre la communauté turque de Monthey et les membres du Conseil général et municipal de la Ville. Ils ont échangé dans une ambiance un brin gênée mais amicale. La discussion a rapidement glissé sur l’affaire Varone. Le PLR, curieux, cherchait à connaître le ressenti des Turcs. «La procédure est en cours et je pense que d’ici à la fin de l’année, cette histoire sera terminée», leur a répondu Ferhat Aydin.

 

«AVANT, ON NOUS CRITIQUAIT CAR NOUS N’AVIONS PAS DE LOIS. IL FAUDRAIT SAVOIR!»
Ali*, un travailleur turc de 23 ans

 

Quelle que soit la conclusion du procès, le cas Christian Varone a bien secoué le Valais et le milieu turc ces dernières semaines. «Il y a tout de même un côté positif, conclut Dervish, les Valaisans seront certainement plus attentifs aux lois des pays qu’ils visiteront à l’avenir. C’est une bonne leçon.»

Mais l’histoire laisse aussi des étonnements. Ali a été interloqué par «le soutien inconditionnel» du Nouvelliste vis-à-vis de Christian Varone, regrettant le manque de neutralité du quotidien valaisan lorsqu’il s’agit du héros du drame de Sierre. Lale, quant à elle, a plutôt été surprise par le choix du PLR valaisan lors de leur assemblée du 6 septembre dernier: «Il y avait d’autres candidats très compétents en lice qui n’ont pas eu besoin de jouer aux victimes.»

*Prénoms fictifs.
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