Les dirigeants des vingt pays les plus puissants ont donc passé deux jours à Cannes. Ils ont causé, brassé des sujets de préoccupation archiconnus. Le suspense grec, pourtant pas de nature à bouleverser la face du monde, a épicé leur rencontre. Au bout du compte, ils n’ont pas décidé grand-chose. Ce n’est pas une surprise. Leur tentative, après la crise de 2008, de mettre de l’ordre dans la nébuleuse financière, a tourné court.
Il a bien été question d’instaurer une taxe sur les transactions, voulue notamment par la France et l’Allemagne, mais cette mesure n’est pas près de voir le jour: MM. Obama et Cameron feront tout pour l’empêcher, obsédés par leur souci de ne pas déplaire à Wall Street et à la City. Et les bonus, les salaires monstrueux de la branche qui enflamment les colères populaires? Chut, c’est hors sujet...
Ce qui comptait d’abord, c’est la scénographie du show. Livrer quelques images, quelques propos propres à donner aux peuples le sentiment qu’une forme de gouvernance mondiale prend forme de sommet en sommet.
Les numéros des acteurs n’ont pas enthousiasmé tous les publics. Le couple vedette franco-allemand a occupé sans gêne le devant de la scène. Ils ont traité le pitoyable Papandréou comme un larbin. Celui-ci avait certes provoqué l’irritation. De là à l’humilier en public… Nicolas Sarkozy et Angela Merkel se sont présentés comme les patrons absolus de la zone euro. Ils ont éclipsé sans vergogne les dirigeants européens en charge de cette question, MM. Junker, Barroso et Van Rompuy.
L’Allemagne et la France détiennent certes la clé de l’affaire, mais leur arrogance a de funestes effets. Les petits pays, notamment en Europe centrale, n’ont aucune envie de voir l’Union tomber sous la coupe de ces deuxlà. Voilà qui ne renforcera pas la popularité, déjà déclinante, de l’entreprise communautaire.
Le tour de piste télévisé de «mon ami» Sarkozy et de «mon ami» Obama n’apprit rien à personne mais fut une aubaine pour le candidat de droite à l’élection présidentielle qui put afficher ainsi son aisance dans la cour des grands, son «amitié» avec la superstar américaine. Pas sûr cependant que cela ait beaucoup impressionné les Français, trop habitués aux coups autopublicitaires de leur président.
Enfin le sommet a généreusement distribué les mauvais points. Aux Grecs évidemment. Mais aussi à Silvio Berlusconi que ses collègues boudèrent ostensiblement. L’Italie a donc été mise «sous surveillance» par le FMI. Pourquoi elle? Sa dette est certes considérable, mais elle n’a pas augmenté ces dernières années. Hors des intérêts à verser, son budget national est équilibré.
A la différence de la France, elle ne doit pas emprunter pour payer ses fonctionnaires. Ce qui devient périlleux, c’est l’envolée des taux qui lui sont appliqués. Une source juteuse de profits pour les investisseurs, soit dit en passant. Il est piquant de voir les marchés manifester tant d’«inquiétude» quant aux dettes étatiques, alors que par ailleurs ils adorent prendre des risques fous dans des manipulations financières de haut vol.
En fait, si l’Italie est épinglée, c’est parce que le chef de son gouvernement a perdu toute crédibilité. Par son immobilisme il a figé l’économie de son pays, découragé les entrepreneurs, démoralisé sa population. Cela vaut bien une remontrance internationale. Un geste plus politique que strictement économique.
Et pour faire bon poids, le président de la conférence, Nicolas Sarkozy, a cru bon d’admonester la Suisse. Que celleci doive faire encore quelque effort de transparence fiscale, c’est possible. Mais le coup de griffe était d’autant plus excessif que bien d’autres paradis fiscaux n’ont même pas commencé l’assainissement de leurs pratiques. Là encore, l’important était de faire mouche devant l’opinion publique. Avec un bon vieux cliché.
Pas un mot en revanche sur la toute-puissance réaffirmée de la City londonienne qui jongle avec les capitaux entre diverses places offshore et recycle impunément les fortunes les plus douteuses.
La conclusion, la vraie, de ce sommet est simple: les oligarques de la finance mondiale se sont imposés une fois de plus face aux politiques. Il ne reste à ceux-ci qu’à jouer les funambules sur la scène médiatique.
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