La plus précise: L'affaire Kradolfer
Le coup de feu qui claque dans la nuit lausannoise surprend les rares passants. Il est minuit passé et l'un des trois jeunes gens qui sortent à l'instant d'un café s'écroule. Ses copains croient à une plaisanterie. Des rires éclatent. Puis c'est l'incrédulité. Le jeune homme est bien inanimé. Il a un trou rouge au côté gauche. D'où vient le coup de feu et pourquoi? L'homme qui vient de s'enfuir à toutes jambes dans une rue latérale pourrait-il être le tireur? Non, il est allé alerter la police. Alors qui? Il n'y a personne sur cette place du Pont, aujourd'hui disparue. L'ambulance emmène le blessé. La radio qu'on lui fait à l'hôpital confirme qu'il s'agit bien d'une balle et qu'elle est venue se loger derrière l'œil droit. Durant des semaines, jusqu'à ce que les médecins puissent retirer la balle, le jeune homme souffrira le martyre mais s'en sortira. Entre-temps, les experts de l'IPS se sont activés. La balle qui a percé le feutre mou de la victime fournit deux indices essentiels: l'angle de tir et le calibre de l'arme. La balle est de 6,35 mm. Elle est venue de la gauche et... d'en haut! Donc d'un des immeubles locatifs qui bordent le carrefour. Reste à savoir lequel et à quel étage. Trouver l'angle qui relie le trou du chapeau à la cavité de l'œil droit. Grâce à une tige de verre glissée dans l'orifice du feutre mou, l'institut réussit à déterminer que l'angle de tir est de 38 degrés par rapport à l'horizontale. Un résultat qui conduit tout droit à un balcon, au 4e étage d'une de ces maisons. Celui de Kradolfer. Un jeune homme qui justement aime, dit-on, passer du temps sur son balcon... Tiens! Mieux: la police découvre un petit pistolet sous une pile de linge, un semi-automatique Walther d'une dizaine de centimètres. Mais il ne semble pas avoir servi récemment. Et puis, l'homme nie. Il dormait à cette heure-là. La police doit donc trouver un autre indice pour confondre le coupable. La chance est avec elle. Une douille est retrouvée sur le pavé. Elle présente une lésion typique indiquant qu'elle devait être tombée de haut. Du 4e étage pourquoi pas? Et puis, son calibre est identique à celui du Walther trouvé chez Kradolfer, le locataire du 4e... Arrestation. L'homme nie toujours. Le professeur Bischoff, directeur de l'institut, va alors apporter la preuve, grâce à des microphotographies et des grossissements photos, que la douille trouvée a bien été tirée par le pistolet de Kradolfer. L'appareillage spécial de laboratoire de photographie de l'IPS, qui vient de procéder à la microphotographie du culot de la douille, montre que la munition correspond exactement à celle détenue par Kradolfer. Et comme des armes de la même fabrication et de la même série ne peuvent jamais produire sur les douilles les mêmes particularités caractéristiques... ... Kradolfer avoue. C'est vrai, il était bien sur son balcon cette nuit-là et observait, pistolet en main, le petit groupe de jeunes gens. Après les avoir visés, il appuya par une malencontreuse erreur sur la gâchette oubliant que l'arme était chargée. Paniqué, il cacha le pistolet sous une pile de linge et alla se coucher.
LES FAITS DATE: 1930 DESCRIPTION: Coup de feu 1 blessé grave INDICE: Le trou dans le chapeau
Tags: Crimes d'antan, affaire Kradolfer,
|