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FATHI DERDER. «Dès le moment où j’ai annoncé mon entrée en politique, il m’a semblé incompatible de poursuivre mon activité de journaliste.»
Dominique Favre/Keystone

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Recrutement
La politique croqueuse de journalistes

Par Sylvain Menétrey, Alexandre Willemin - Mis en ligne le 05.01.2011 à 14:34

RECRUTEMENT. Le cas de Fathi Derder n’est pas isolé, de nombreux journalistes se tournent vers la carrière politique. Un phénomène qui illustre l’appétit des partis pour les candidatures de personnalités qu’ils ne trouvent plus dans leur vivier naturel.

Comme les rhinocéros et les oiseaux pique-bœufs, les journalistes et les politiciens vivent en symbiose. Malgré les attaques, les coups bas, ou les rancœurs, chacun a besoin de l’autre pour assurer sa survie. Ce rapport étroit peut finir sur l’oreiller, comme en témoignent, en France, les couples Audrey Pulvar (France Inter) et le candidat aux primaires Arnaud Montebourg (PS) ou Béatrice Schönberg (France 2) et l’ancien ministre Jean-Louis Borloo.

En Suisse, c’est l’action politique qui séduit les commentateurs. La récente annonce de l’entrée en politique, lors des prochaines élections fédérales sur une liste radicale ou libérale, de Fathi Derder, le rédacteur en chef démissionnaire de la chaîne régionale La Télé, n’est de loin pas une exception.

Elle succède notamment à celle de l’ancien directeur de la télévision genevoise Léman Bleu Michel Chevrolet, à celle de Guy Mettan, qui fut rédacteur en chef de la Tribune de Genève, du conseiller administratif de la ville de Genève Patrice Mugny, qui dirigeait la rédaction du Courrier, ou à celle de Jacques-Simon Eggly, qui a été correspondant parlementaire avant de faire carrière comme député sous la Coupole fédérale.

Mais c’est la reconversion du conseiller national radical zurichois Filippo Leutenegger qui rappelle le plus le virage professionnel de Fathi Derder.

Quitter l’antenne. Outre leur couleur politique, les deux hommes partagent une forte notoriété acquise dans les médias audiovisuels. Le Zurichois avait lancé Arena dans les années 90, émission de débat phare de la télévision alémanique. Mais, contrairement à Fathi Derder, Filippo Leutenegger avait quitté son émission depuis plus d’un an, à la suite de divergences avec son directeur, lorsqu’il s’est porté candidat au National.

Le rédacteur en chef de La Télé compte, lui, aller jusqu’au terme de son contrat en avril 2011, soit quatre mois avant les élections fédérales. Un calendrier sans temps mort qui pose la question de l’indépendance attendue d’une chaîne désormais subventionnée par la redevance audiovisuelle publique. «Je vais certes continuer à travailler pour la chaîne, mais je ne vais plus animer de débat, ni même apparaître à l’écran, rétorque le futur ex-journaliste. Dès le moment où j’ai annoncé mon entrée en politique, il m’a semblé incompatible de poursuivre mon activité de journaliste.»

Derder se plie ainsi à une règle qui s’est imposée après d’âpres discussions, dans les années 70, exigeant de séparer action politique et apparition dans les médias du service public. Une décision qui satisfait le président du Conseil de la presse Dominique von Burg. «Il est louable pour la crédibilité de notre profession qu’il ait décidé de se mettre en retrait. On peut aussi saluer sa transparence car il aurait très bien pu continuer son activité de journaliste jusqu’au dernier moment.»

Sa famille politique se montre, elle, plus que ravie de sa reconversion. «On croit souvent que les journalistes penchent à gauche. Fathi Derder renverse les a priori. C’est bon pour le moral des troupes. Je pensais déjà qu’il partageait nos idées lorsque j’observais son travail de journaliste», témoigne la présidente des radicaux vaudois, Christelle Luisier Brodard.

Pour un parti en perte de vitesse, la candidature de cette vedette du petit écran est une aubaine. Sa notoriété représente un énorme avantage comparatif. «Le parti offre volontiers de belles places aux personnalités car il désespère de trouver une relève de qualité», analyse Marc Comina, un ancien journaliste qui a milité dans les rangs du parti radical avant de prendre la direction de l’agence de communication Farner à Lausanne.

Base susceptible. Le cas de l’animateur de radio Jean-Charles Simon est exemplaire de cette prime à la renommée, lui qui a offert sur son seul nom son premier siège au Conseil national au PDC vaudois pendant la législature 1995-1999, (une expérience à laquelle il mit fin en ne sollicitant pas de réélection). Dans un autre style, la candidature probable du directeur de l’Ecal Pierre Keller fonctionne sur le même principe: mettre en avant une personnalité pour éviter l’écroulement électoral du centre droit.

A gauche, on peut citer l’exemple du socialiste Jean-Claude Rennwald, qui a su capitaliser sur sa notoriété médiatique: «J’ai occupé pendant quatre ans la fonction de rédacteur en chef de Radio Fréquence Jura (RFJ). Il est certain que cette exposition médiatique m’a permis de me faire connaître de la population et m’a aidé à entrer au Parlement jurassien puis au Conseil national.»

Les parachutages sur la scène fédérale, souvent sans mandats électifs communaux et cantonaux préalables, peuvent cependant froisser la base partisane. «Il est vrai que cela peut l’énerver, confirme le présidentdu PDC suisse, Christophe Darbellay. De manière générale, la concurrence à l’intérieur des partis est très forte, mais tout dépend des cantons.

Il est beaucoup plus difficile de se faire une place au PDC valaisan que vaudois par exemple.» Au système proportionnel, la concurrence se fait également sentir entre candidats d’une même liste: l’arrivée d’un intrus peut lui valoir quelques animosités internes... et des coups de crayon.

Selon Marc Comina, «pour être bien accueilli, Derder devra faire ce qu’on attend d’un milicien de base. C’est-à-dire participer aux congrès, être présent sur les stands au marché et le 24 janvier à la cérémonie de commémoration de l’Indépendance vaudoise, alors que l’on a toutes les bonnes raisons de ne pas aller à ce type de manifestations.» En d’autres mots, le journaliste à la vision de la société moderne et libérale devra se plier aux rites d’un vieux parti, pour ne pas dire vieillissant.

De bons communicateurs. Mais le transfert de journalistes ne dépend pas uniquement de leur notoriété. «Ils sont aussi les bienvenus parce qu’en général ce sont de bons communicateurs, que ce soit oralement pour les gens de l’audiovisuel, ou par écrit pour ceux de la presse», détaille le vice-président du PLR Pierre Weiss.

Généralistes, au fait de l’actualité, dotés d’un réseau développé, les journalistes ont de nombreuses cordes à leur arc pour réussir en politique. «Ils ont l’avantage d’avoir côtoyé de nombreux politiciens. Il existe une grande proximité entre les deux mondes, conclut Christophe Darbellay. Je comprends que certains journalistes aient envie de passer de l’autre côté.»


Avant/Après, quattre exemples de transfuges




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Réaction de lovsmeralda
le 06.01.2011 à 14:33
quand je lis les énormités parues dans le journal le...
 



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