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La politique est un jeu au sens noble

Par Alain Jeannet, Chantal Tauxe, Michel Guillaume - Mis en ligne le 26.10.2009 à 10:05

A l’heure de quitter le Conseil fédéral, Pascal Couchepin accorde une grande interview à «L’Hebdo» dans laquelle il revient notamment sur le sauvetage d’UBS. Et sur l’Europe.

L’ancrage valaisan

Vous nous recevez à Chemin, au-dessus de Martigny. Est-il important d’avoir un ancrage local fort?

Oui. J’aime avoir un point d’ancrage où je connais tout le monde, avec ses forces et ses limites, depuis trois générations. Je pense que personne ne peut vivre sans ancrage, à moins d’avoir une force de caractère particulière.

Le Valais a produit des «entrepreneurs » hors normes: Gianadda, Revaz, Constantin, tous des amis à vous…

Léonard Gianadda est un homme très cultivé, passionné d’opéra, excellent photographe… C’est un vrai personnage de la Renaissance, avec tous les excès liés à cette surabondance de qualités. Pierre-Marcel Revaz a créé, avec le Groupe Mutuel, la seule entreprise privée de services du Valais de niveau national. Il l’a développée avec fermeté, conviction et élégance. Quant à Christian Constantin, c’est un homme qui laisse parler son instinct, mais il aime les gens. Un selfmade-man de talent avec des nerfs d’acier et de l’éloquence.

Ces trois personnages ont un grain de folie…

Pourquoi vous dites «trois». Moi aussi!

Ce grain de folie fait-il partie du caractère valaisan?

Il y a certainement des gens de qualité partout. Mais en Valais, où les bonnes places sont assez rares, il faut davantage se battre pour sortir du lot. La culture valaisanne apprécie ce grain de folie, alors qu’il est une tare rédhibitoire dans d’autres régions, où il faut se fondre dans la grisaille pour ne pas paraître arrogant.

Les Romands à Berne

Comment êtes vous devenu le premier Valaisan à présider le groupe radical sous la Coupole?

C’est un peu le hasard. Dans un premier temps, un ami avait échoué à me faire nommer scrutateur, poste qui débouchait en principe sur la présidence du Conseil national, cela en raison d’un tir de barrage dont j’ai appris par la suite qu’il venait des Vaudois.

Votre ascension à la tête du groupe est-il dû à l’affaiblissement des Vaudois?

C’est en partie vrai. Longtemps, du temps où Jean-Pascal Delamuraz était parlementaire, les Vaudois et les Zurichois ont fait la pluie et le beau temps, réglant tout lors d’une réunion en début de session. Puis, leur délégation s’est affaiblie et cette pratique a été abandonnée. Une aubaine pour les radicaux d’autres cantons.

Est-il difficile de s’imposer à Berne comme Valaisan et Romand?

Au Conseil fédéral, non. Mais, au Parlement, j’estime que le Romand a 30% de difficultés supplémentaires à surmonter pour faire passer ses propositions en raison de la langue.

Le Romand est-il moins pris au sérieux?

Il est moins écouté, c’est indéniable.

Vous avez beaucoup insisté sur le fait qu’il fallait deux Latins au Conseil fédéral. Pourquoi?

Parce qu’il y a des différences entre un Romand et un Alémanique dans la culture politique. Un jour, j’ai discuté avec Christoph Blocher, peu avant que la vague UDC ne déferle aussi sur la Suisse romande. Il m’a dit: «L’UDC va faire une percée en Suisse romande, nous y mettrons tous les moyens qu’il faut.» J’ai été choqué par ce discours affirmant que les idées de l’UDC étaient justes, mais que les Romands n’y étaient pas encore prêts. Personnellement, j’ai des convictions, mais jamais je ne les propagerais ainsi.

La faute à qui si les politiciens romands ne pèsent pas assez à Berne?

Périodiquement, la presse romande les assomme, un peu à la manière d’un pédagogue qui flanquerait deux claques à un enfant pour lui apprendre l’alphabet… C’est une erreur. Les politiciens romands sont peut-être moins influents que les Alémaniques, parce qu’ils ne parlent pas le dialecte alémanique ou parce qu’ils ne représentent pas de puissants lobbies, mais ils ne sont pas moins bons.

«LES FEMMES FONT DE LA POLITIQUE DIFFÉREMMENT DES HOMMES, PLUS DUREMENT!»
Pascal Couchepin, conseiller fédéral


Politique et économie

Vous vous sentez privilégié d’avoir pu faire de la politique?

Bien sûr. J’ai fait ce que j’ai voulu. La politique est une activité superbe, avec un côté altruiste certainement gratifiant. C’est un combat permanent, mais extraordinaire à vivre. Il faut à la fois compter sur les gens et s’en méfier, savoir doser la confiance en fonction des risques, trouver des solutions aux problèmes concrets.

Les capitaines d’industrie reprochent toujours à la politique d’être trop lente.

Bah, bah, bah! Dans une entreprise qui publie ses résultats chaque trimestre, seul le résultat compte. En politique, cela ne suffit pas. Il faut encore que les gens adhèrent à vos solutions. Donc, il faut les convaincre avant une votation populaire et le faire de manière à être réélu ensuite.

Au Conseil fédéral, vous avez d’abord été chef de l’Economie. Comment avez-vous été accueilli en Suisse allemande?

Economiesuisse s’était opposée à ma candidature, car elle me reprochait d’avoir soutenu l’arrivée d’un socialiste au Conseil d’Etat valaisan. Mais, ensuite, j’ai eu les meilleurs rapports du monde avec elle.

Lors de la crise financière, vous avez eu des mots assez durs pour les banquiers.

Je suis et je reste libre. Economiesuisse sait que je suis fondamentalement un libéral en matière économique. Mais il ne faut pas me marcher sur les pieds.

En novembre 2003, le monde bancaire ne veut signer que le seul accord sur la fiscalité de l’épargne avec Bruxelles au détriment d’autres accords bilatéraux. Vous lui avez passé un savon?

Un savon? Vous savez, avec le temps, j’ai appris que ces gens ont une opinion très rigide et superficielle de la politique. Ils sont si accaparés par la pression de la mondialisation qu’ils n’ont plus le temps ni le goût de s’intéresser à la réalité suisse, qui est complexe. La crise d’UBS a fait perdre beaucoup de certitudes à beaucoup de gens, y compris à la rédaction économique de la NZZ.

Avez-vous ressenti un manque de respect du monde économique?

Il m’est arrivé de rencontrer des gens qui manquaient de respect, mais je n’en ai jamais été affecté. Parfois, je me suis dit «C’est lui, le pauvre type.» La crise financière a montré qu’on ne peut pas faire de la bonne économie sans une bonne politique économique. Et celle-ci ne consiste pas seulement à s’abstenir de faire quoi que ce soit.


Le Conseil fédéral et son fonctionnement

Vous arrivez au terme d’une longue carrière politique. La collégialité au sein du Conseil fédéral était-elle meilleure auparavant?

Je ne le pense pas. Dans l’ensemble, les temps étaient plus faciles. C’est dans les épreuves, telles celles que nous venons de connaître, que les divergences se cristallisent. Mais, dans les moments cruciaux, le Conseil fédéral s’est montré très responsable. Dans le sauvetage d’UBS, nous avons travaillé vingt jours sans la moindre indiscrétion.

Qu’est-ce qui a changé depuis qu’il y a trois femmes au gouvernement?

Je le dis avec le sourire. Les femmes font de la politique différemment des hommes.

C’est-à-dire?

Plus durement, car leur parcours pour arriver au pouvoir a été plus dur. Celles qui ont réussi ont dû montrer des qualités de solidité et de résistance supérieures à la moyenne.

Les femmes ne considèrent pas la politique comme un jeu. Vous aimer jouer?

La politique est aussi un jeu au sens noble… Là, je pense plus au tournoi de chevalerie qu’au jeu de billes! La politique est un métier risqué dans lequel vous pouvez prendre des coups et être jeté à terre. Il faut donc savoir relativiser. Sinon, vous vous écrasez rapidement.

Vous ne vous êtes pas beaucoup entouré de femmes. Un hasard?

Sous mon prédécesseur, Ruth Dreifuss, mon département avait engagé beaucoup de femmes. Puis, la proportion est restée à peu près la même. Je ne suis pas quelqu’un qui engage des femmes pour le plaisir de pouvoir le dire. Mais je n’ai aucun problème à collaborer avec des femmes.

Pourquoi vous êtes-vous toujours opposé à la réforme du gouvernement?

Parce que je ne la juge pas nécessaire. Les gens qui réclament une réforme du gouvernement n’ont souvent aucune idée politique. C’est devenu une tarte à la crème.


Le paysage politique

Vous regrettez un morcellement du paysage politique. Parce qu’un parti comme le vôtre n’a pas su intégrer de nouvelles préoccupations comme l’écologie?

Je vous rappelle que l’écologie est née à droite et que ce n’est qu’ensuite qu’elle est partie à gauche comme l’expression de la contestation de l’ordre établi. Je ne crois pas qu’un parti puisse être monothématique.

On se demande aujourd’hui qui, de l’UDC ou du PLR, est le parti de l’économie. Une question impensable voici vingt ans.

Non, non et non. Même si nous sommes le parti le plus préoccupé par les problèmes économiques, le PLR ne se résume pas à cela. Ces derniers temps, on voit bien que ceux qui prétendent être les seuls porteurs de la pensée économique défaillent. Regardez la récente votation sur la libre circulation des personnes.

Lorsque vous êtes arrivé à Berne, votre parti était celui du «moins d’Etat».

Non, celui du «moins d’Etat, plus de liberté». Je crois que la faiblesse des radicaux a été de ne pas avoir su faire passer le message du «plus de liberté». Le charisme, mais aussi la faiblesse du radicalisme est d’être très proche du terrain. A chaque fois que nous avons cherché à mettre ce slogan en pratique, des intérêts régionaux nous en ont empêchés.

«EN RESTANT DANS NOTRE BUREAU À BERNE, NOUS N’AVONS RIEN COMPRIS DE LA CONSTRUCTION EUROPÉENNE.»
Pascal Couchepin, conseiller fédéral

Et l’UDC, avec son seul slogan «moins d’Etat», vous a dépassé.

Elle a été efficace en matière de propagande, mais pas meilleure en réalité. L’UDC a phagocyté de petites formations d’extrême droite en reprenant leurs thèmes. Mais regardez maintenant ce qui se passe avec les affiches sur les minarets. De nombreux UDC modérés sont très gênés.

Que révèle cette campagne?

Le monde change très vite. Beaucoup de gens ont le sentiment de perdre leurs repères. En général, ceux qui hurlent à la menace contre l’identité suisse sont ceux qui ont peur pour leur propre identité, qui l’ont déjà perdue en partie. Quelqu’un de serein n’a pas peur des minarets, ni des musulmans. Ainsi, ceux qui ont des convictions religieuses sont moins effrayés par cette initiative que les autres. En fait, les partisans de l’initiative se veulent des superpatriotes qui, en fin de compte, ont peur de ne pas être ce qu’ils prétendent être.


Les voyages

Autrefois, les conseillers fédéraux ne voyageaient pas. Impensable aujourd’hui?

Totalement. Récemment, j’ai lu un article d’un romantisme fantastique dans la NZZ, qui évoquait la période heureuse où le président de la Confédération ne sortait pas de Suisse. J’attendais le moment où le journaliste allait nous obliger à nous déplacer en calèche…

Qu’apportent les voyages?

Aujourd’hui, il faut rencontrer les gens, aller voir ce qui se passe sur place pour pressentir les évolutions. Vous ne pouvez pas faire cela en restant dans votre bureau à Berne!

C’est donc une grosse erreur que de rester à Berne?

Oui. C’est avec cette attitude-là que nous avons complètement échoué à comprendre la construction européenne. De Berne, les romantiques de l’époque ont décrété une fois pour toutes que cela ne pouvait pas marcher, comme cela n’avait jamais marché au temps de Napoléon et de Bismarck.

Mais vous avez aussi été eurosceptique, disant que l’Union européenne allait se dissoudre!

Non, je n’ai jamais dit cela!

Si, à la page 80 de votre livre d’entretiens avec Jean Romain paru en 2002!

Attention! J’ai dit qu’elle allait disparaître «sur la très longue période». Sur un ou deux siècles, ce qui est fort probable. Aucune institution, aucun empire n’a la promesse de la vie éternelle. A l’époque, je faisais la réflexion suivante: si l’UE disparaît et que la Suisse en est membre, on ne refera plus la Suisse qui est un mécanisme compliqué. Donc, je disais qu’il faut être sûr que l’UE perdure des décennies, voire des siècles pour qu’on prenne le risque d’y adhérer.

Aujourd’hui, peut-on prendre ce risque?

Je crois que l’Union européenne se solidifie, mais elle n’apporte pas encore la promesse d’une vie éternelle. Les Suisses restent inquiets. Un entrepreneur comme Nicolas Hayek estime même que l’UE court à sa perte.

Vous pensez intimement que la Suisse devrait adhérer, mais n’osez pas le dire…

Je pense que ce serait une sottise de proclamer des vérités révolutionnaires, alors qu’on ne l’a pas fait quand on a eu le pouvoir.

Parlons de vos voyages plus lointains. Lesquels vous ont le plus marqué?

La Chine. J’ai constaté l’évolution du personnel politique chinois. L’ouverture qu’il manifeste aujourd’hui est impressionnante.

Et, pourtant, vous avez dit que vous ne vous en sentiez pas proche.

Effectivement. J’admire ses transformations économiques et sa curiosité du monde. Mais ce n’est pas ma culture. Je me sens plus proche des pays musulmans et orthodoxes que des pays asiatiques.

Vous faites l’éloge du capitalisme en disant qu’il est toujours synonyme de liberté. La Chine n’est-elle pas le contre-exemple?

Non. Je pense que chaque progrès de l’économie apportera des libertés supplémentaires. Ce processus se fera, même si c’est avec du retard. Il n’est pas possible qu’un patron d’entreprise n’ait pas aussi envie d’être maître de son destin politique. Les Chinois eux-mêmes le disent. N’attendez pas de nous qui essayons d’améliorer les choses que nous devenions une Suisse démocratique en dix ou vingt ans.

Et ailleurs sur la planète, quels souvenirs vous reste-t-il?

J’aime le Brésil, avec quelques restrictions politiques, en ce sens que ce pays fantastique a encore tellement de peine à exprimer son potentiel. Sa culture, son dynamisme, sa chaleur humaine m’ont séduit. J’ai aussi été frappé par l’Inde et ses contrastes entre régions quant à leur développement.

Ces voyages vous ont-ils transformé?

A chaque voyage, je reviens en général avec un sentiment de respect pour le pays que j’ai visité, même si tout n’y est pas parfait. Je me demande toujours: à sa place, tu ferais mieux?

Pensez-vous que cette connaissance du monde manque à la classe politique suisse en général?

C’est le mal dont souffre le peuple suisse, qui n’est pas un enthousiaste de l’ouverture totale, sinon pour les vacances.

Un peuple qui pense que des conseillers fédéraux qui voyagent dilapident les deniers publics?

J’ai reçu après chaque voyage une lettre anonyme disant: «Encore un beau voyage, espèce de salaud, alors que mon AVS n’a pas augmenté.» Mais cela n’est qu’une lettre, une seule.


La crise financière

Avec un peu de recul, qu’avezvous appris de la crise financière?

Tout le monde savait depuis des années que nous subirions des attaques contre le secret bancaire. A la fin des années 80, un ancien directeur d’une grande banque m’avait confié que son président du conseil d’administration lui avait demandé de préparer «la banque de l’aprèssecret bancaire».

Pourquoi personne ne l’a-t-il fait?

A cause du confort que procurait le secret bancaire, soit un avantage comparatif qui permettait à tout le monde de vivre agréablement. C’est dans la nature humaine de ne pas changer, même lorsqu’on discerne des dangers.

Puis la crise financière a tout précipité...

Oui. Je vois personnellement quatre leçons à tirer. 1. Les crises, si douloureuses soientelles, permettent d’avancer. 2. Dans leurs rapports avec l’économie, les politiciens doivent être sûrs d’eux quand ils sont méprisés pour être capables d’être sûrs d’eux quand on leur demande d’intervenir. 3. Il ne faut pas limiter la grandeur des entreprises suisses, mais réfléchir aux moyens à mettre en œuvre pour qu’elles ne représentent plus un risque systémique. 4. Il y a toujours une solution à un problème, mais, parfois, il faut se montrer un peu autoritaire.

L’Etat n’a donc pu intervenir que comme pompier?

Mais bien sûr. Dans notre vision libérale des choses, l’Etat n’intervient pas dans l’économie.

Le 15 septembre 2008, le Gouvernement américain laisse tomber Lehman Brothers. Ce jour-là, avez-vous senti la menace du boulet?

J’avais à l’époque encore confiance en nos banquiers qui disaient que les banques suisses étaient solides et qu’elles ne travaillaient qu’avec des titres «AAA» (les mieux notés, ndlr). Ce fut une douloureuse révélation de découvrir que tout cela n’était qu’un château de cartes.

Tout va donc encore bien à ce moment-là?

Non. Les banquiers savent que les problèmes existent, mais pensent qu’ils vont réussir à les résoudre. Un dirigeant du monde bancaire m’a avoué que lui et ses collègues avaient eu l’illusion de croire qu’ils étaient couverts avec des titres «AAA». Echaudée par ses pertes sur le marché hypothécaire dans les années 90, UBS s’était juré de ne plus jamais prendre de risques et n’a donc plus travaillé qu’avec ces titres bien notés. Sans savoir que ce qui se cachait derrière, c’était du «BBB».

Faut-il blâmer les banquiers?

Je me rappelle une des grandes expériences de ma vie économique. Voici une trentaine d’années, j’ai acheté 20 ou 30 kilos d’argent ici en Valais. Et j’ai demandé à les voir. Le banquier a répondu que je n’avais en réalité qu’un droit à faire valoir auprès de la même banque à Zurich. J’ai demandé à voir cet argent à Zurich. Impossible, car tout se traitait sur une Bourse de l’argent quelque part dans le monde. En fait, j’ai compris que ces 20 kilos d’argent devaient encore être extraits par un quelconque paysan mexicain et qu’il pourrait y avoir des problèmes s’il ne les trouvait pas parce qu’il était malade ou pour une autre raison.

Quelle leçon avez-vous tirée de tout cela?

Depuis lors, je n’ai plus acheté de produits dont je ne connaissais pas la nature exacte.

Comment avez-vous vécu l’opération de sauvetage d’UBS?

Ce fut une opération menée quasiment militairement, avec une très grande discipline au sein du Conseil fédéral, dont tous les membres se sont montrés collégiaux, même s’il y a eu des divergences sur l’un ou l’autre point. Nous avons été au bord du gouffre à tout instant. Il fallait surtout éviter de faire un faux pas.

On a évité le pire, mais qu’advient-il des actifs toxiques repris par la BNS?

Pour l’Etat, le prêt consenti à l’UBS s’est déjà soldé par un bénéfice de plus de 1 milliard de francs. Quant à la Banque nationale, elle a de bonnes chances de s’en sortir «les pieds blancs», soit sans pertes. Sur le marché, ces actifs reprennent de la valeur.

Avez-vous craint un jour qu’UBS ne fasse faillite?

Bien sûr. Une indiscrétion dans la presse aurait provoqué une débâcle en quelques heures. Tout le monde aurait cessé de faire confiance à UBS et les titulaires d’un compte se seraient rués aux guichets. Aujourd’hui, heureusement, ce danger est écarté.

Vous avez réussi le sauvetage d’UBS. Vous en tirez une fierté personnelle?

Non. Dans une telle opération, chacun doit jouer son rôle. Une vingtaine, voire une trentaine de personnes ont contribué à sa réussite. Nous éprouvons tous une fierté collective. Mais personne ne peut être considéré comme le sauveur.

Faut-il limiter les bonus?

Ils sont évidemment très choquants. Ils illustrent une âpreté au gain qui relève du dérèglement des passions et non de la morale. Les bonus sont plus un problème de sensibilité dans l’opinion publique qu’un problème réel. Ils ont eu un effet négatif dans la mesure où ils étaient liés à des performances à court terme.

«LES BONUS SONT TRÈS CHOQUANTS. ILS RELÈVENT DU DÉRÈGLEMENT DES PASSIONS ET NON DE LA MORALE.»
Pascal Couchepin, conseiller fédéral

Faut-il donc distribuer des bonus sur des performances de trois à cinq ans?

C’est un problème de spécialistes. Si les banques ne limitent pas les bonus, elles s’exposeront à des règles étatiques.

Que pensez-vous de l’initiative des jeunes socialistes visant à plafonner le revenu du patron à douze fois celui des petites mains?

Elle est horriblement dogmatique. J’y suis opposé.

Quel être humain vaut douze fois plus qu’un autre?

Je n’ai jamais pensé que quelqu’un qui gagnait plus que moi – même vingt fois plus – était meilleur que moi. J’ai parfois même pensé qu’il ne valait pas grand-chose. C’est choquant, mais cela ne m’émeut pas.


PASCAL COUCHEPIN

1942  Naissance à Martigny.

1979  Election au Conseil national.

1984  Président de Martigny.

1989  Chef du groupe parlementaire radical.

1998  Conseiller fédéral.

2009  Démission du Conseil fédéral.



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Tags: Pascal Couchepin, Conseil fédéral, UBS,

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