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Bert Rürup
«La position de la Suisse est tout, sauf enviable»

Par Michel Guillaume - Mis en ligne le 19.10.2011 à 14:05

Selon le professeur allemand, notre pays a beau maîtriser remarquablement ses finances publiques, il subit de plein fouet les effets de la crise de l’eurozone.

 

Ce professeur de l’Université de Darmstadt est l’un des plus écoutés en Allemagne. Bert Rürup, qui a jadis conseillé l’ancien chancelier Gerhard Schröder, sera le 7 novembre prochain l’un des éminents orateurs du Forum européen de Lucerne, consacré à la crise de la dette.

«L’ARRIMAGE DU FRANCÀ L’EURO SIGNIFIE UN RENONCEMENT À L’AUTONOMIE MONÉTAIRE.»
Bert Rürup, professeur à Darmstadt

Aujourd’hui copropriétaire d’un cabinet de conseil au service de banques et d’assurances, il commente pour L’Hebdo la situation de la Suisse dans cette crise.

Quel sera votre message lors du Forum européen de Lucerne?

La crise des ménages publics qui dure depuis un an et demi n’est qu’en apparence celle de la Grèce, de l’Irlande, du Portugal, voire de l’Espagne. En fait, nous revivons une crise globale bancaire, comme celle qui a été provoquée en septembre 2008 par la faillite de la banque Lehman Brothers.

La Grèce et dans une moindre mesure le Portugal ont mal géré leurs finances publiques. Mais que l’Espagne soit devenue la cible des marchés financiers est dû au fait que l’Etat a dû venir au secours de ses banques en difficulté. Aujourd’hui, nous en sommes arrivés au point que même des Etats bien gérés se retrouvent déstabilisés en raison de leurs banques insolvables.

Ce n’est pas du tout le cas de la Suisse, dont le niveau de la dette publique est bas. Enviez-vous notre pays?

La Suisse est un pays riche avec un endettement bas, une industrie compétitive et une fiscalité favorable aux entreprises. Cela dit, en tant que petit pays très ouvert au monde, la Suisse est entrée dans une spirale infernale. D’abord, des capitaux y affluent du monde entier, étant donné que le franc suisse a la réputation d’être une valeur refuge.

Le cours du franc s’envole, pénalisant alors l’économie d’exportation et le tourisme. Ensuite, la conjoncture s’affaiblit en raison des mesures d’austérité draconiennes prises dans les pays de l’eurozone. Pour résumer, on peut affirmer que si ses structures sont admirablement solides, la Suisse a des problèmes monétaires à court terme qui sont tout sauf enviables.

Que peut faire la Suisse?

Elle peut espérer que la conjoncture mondiale s’améliore le plus tôt possible et tenter de gagner du temps en intervenant sur le marché des devises face au dollar et à l’euro. Mais ce n’est ni facile ni bon marché.

Toutefois, le contrôle des capitaux et les intérêts négatifs sur les avoirs des étrangers ne peuvent constituer qu’une solution de secours pour une place financière aussi importante que la Suisse, jamais une solution à long terme.

La BNS a décidé d’un taux plancher de l’euro à 1 fr. 20. L’opération peut-elle réussir?

Un certain temps, oui. Mais elle signifie un renoncement à l’autonomie monétaire de la Suisse. L’Autriche a réussi durant plusieurs décennies à stabiliser le cours de change entre le schilling et le mark allemand, au prix de la perte de sa propre politique monétaire.

Je doute qu’à long terme, la Suisse veuille calquer sa politique sur celle de la Banque centrale européenne.

Combien cela coûtera-t-il à la Suisse?

Une augmentation des réserves de devises et l’abandon de la souveraineté politique. En contrepartie, les chances d’exporter et le marché du travail se stabiliseront.

Cet arrimage du franc à l’euro signifie-t-il que la Suisse est plus dépendante de l’Europe qu’elle ne veut l’avouer?

La Suisse ne devient pas dépendante de l’Europe, elle l’est depuis longtemps. Elle se situe au cœur de l’eurozone. Cette proximité géographique avec l’Italie, la France, l’Allemagne et l’Autriche est bien plus grande que celle d’un pays de l’eurozone comme la Finlande.

Vous dites qu’il faut créer les Etats-Unis d’Europe. N’est-ce pas une illusion politique?

Si l’Europe ne veut pas se limiter à une zone de libre-échange, elle a besoin de davantage de coordination dans sa politique économique et financière, ainsi que d’une régulation commune des banques. Je suis confiant: je ne pense pas que l’Europe reculera au point d’en revenir à une simple zone de libre-échange.




Tags: Bert Rürup, Suisse, finances publiques, crise de l’eurozone, Université de Darmstadt,

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