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BERNARD RAPPAZ. Devant sa ferme de Saxon lors de sa détention provisoire à domicile, à la fin de juillet 2010.
Jean-Christophe Bott/Keystone

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Grève de la faim
La prise d’otages collective de Rappaz

Par Isabelle Falconnier - Mis en ligne le 10.11.2010 à 09:48

Le chanvrier a enlisé médecins, juristes, médias, politiciens et public dans un chantage sans issue.

Cat and Mouse Act. La loi Chat et Souris. C’est ainsi que l’on surnommait le Prisoners Temporary Discharge for Ill Health Act de 1913 en Angleterre: quand une gréviste de la faim était trop faible, elle était relâchée puis réincarcérée une fois sa vie hors de danger. C’est que, dès 1905, les suffragettes emprisonnées pour avoir revendiqué le droit de vote ont fait la grève de la faim, et que les obliger à manger ne les arrêtait pas.

«SI J’AVAIS ÉTÉ CONSEILLER D’ETAT, RAPPAZ N’AURAIT (...) PAS ENTAMÉ SA GRÈVE DE LA FAIM» Pascal Couchepin

C’est ce qui se passe aujourd’hui avec Bernard Rappaz qui, depuis ce printemps, retient en otage la Suisse romande entière, de ses institutions au public, en passant par l’ordre médical et les instances juridiques, ces dernières se retrouvant même dos à dos dans une confrontation inédite et malsaine.

Nous ne pouvons nous en prendre qu’à nous-mêmes: en convoquant dans les débats Exit, l’euthanasie et l’assistance au suicide, nous oublions que Bernard Rappaz est avant tout un militant, un idéologue qui a décidé d’utiliser la stratégie politique de la grève de la faim pour faire plier l’autorité à propos de la peine de prison de 5 ans et 8 mois – pourtant confirmée par le Tribunal fédéral en avril 2009 – qu’il purge depuis le 20 mars 2010 pour, entre autres, «violation grave de la loi fédérale sur les stupéfiants, violation de diverses lois d’assurance sociale et gestion déloyale aggravée».

«L’analyse de mes activités passées démontre mon engagement constant pour une société plus juste, plus équitable, non violente et écologique», écrit dans sa demande de grâce envoyée aux autorités du Valais ce pionnier des objecteurs de conscience pour raisons idéologiques et non religieuses, cultivateur de chanvre depuis 1971. «Seuls, de par le monde, les prisonniers religieux, d’opinion ou politiques ont la motivation nécessaire à tenir de longues grèves de la faim, car leurs causes s’avèrent justes.»

Justice. Juste ou pas, un simple coup d’oeil à la chronologie rocambolesque des derniers mois suffit à confirmer que nous sommes en plein jeu du chat et de la souris: le 20 mars, incarcération en Valais et grève de la faim immédiate. Le 1er mai, transfert aux HUG à Genève.

Le 9 mai, renvoi à son domicile. Le 22, reprise de sa grève de la faim. Le 24, grève de la soif. Le 10 juin, nouveau transfert à Genève. Le 12 juillet, transfert à l’Hôpital de l’Ile à Berne, où les médecins s’opposent à une alimentation forcée. Le 15, ordre du Tribunal fédéral à la cheffe du Département valaisan de la sécurité de prendre «toutes les mesures nécessaires à la sauvegarde de la vie du recourant».

Le 21, détention à domicile provisoire. Le 26 août, rejet de son recours au TF, reprise de sa grève de la faim. Le 16 octobre, hospitalisation à Sion, puis transfert à Genève. Le 4 novembre, ordre du Conseil d’Etat valaisan aux HUG d’alimenter le détenu.

Tollé. Depuis, l’affaire tourne au pugilat entre la justice et les médecins, qui refusent d’alimenter de force Rappaz, assimilant cet acte à de la torture: le 6, le Tribunal cantonal du Valais menace le médecin responsable de la médecine pénitentiaire aux HUG de sanctions pénales.

Le directeur de l’Institut d’éthique biomédicale de l’Université de Genève déclare que les médecins «n’ont pas à faire le jeu du pouvoir judiciaire», et la Fédération des médecins suisses exprime «une vengeance collective» et la rigidité de juges «jaloux de leurs prérogatives». Ambiance.

Certes, ce père de deux enfants a perdu son fils de 4 ans dans des circonstances dramatiques. Certes, son flirt avec les limites de ce que son corps peut supporter donne à penser qu’il souhaite la mort. Mais Rappaz n’est pas suicidaire: Rappaz est un combattant politique. Comme nous ne sommes ni à Cuba ni en Irlande, nous n’étions pas prépa r é s .

Cette impréparation, ce manque de culture idéologique dans un pays ou le consensus règne en maître, est la faille dans laquelle il s’est engouffré. Pascal Couchepin l’a bien compris, qui a déclaré: «Si j’avais été conseiller d’Etat, Rappaz n’aurait (...) pas entamé sa grève de la faim», sous-entendant qu’il n’aurait pas plié mais l’aurait joué à la Thatcher, ne laissant à Rappaz aucune chance de victoire.

Issues. Sauf en Irlande en 1981, sauf à Cuba parfois, la politique du Cat and Mouse prévaut en matière de grèves de la faim, et on en meurt proportionnellement peu.

Du coup, quelle raison aurait Rappaz de s’arrêter en si bon chemin, lui qui est toujours en vie après avoir eu recours à cette arme déjà en 2001 et en 2006 lors de sa détention préventive? Une seule: que son geste, au contraire de provoquer l’enflure médiatique comme il le fait, ne suscite qu’indifférence. «C’est l’opinion publique qui décide si la cause d’une grève de la faim est juste ou non, rappelle Eric Volant, auteur de Culture et mort volontaire (Liber).

Il ne suffit pas que la cause soit bonne, il faut aussi convaincre la population de l’urgence de la situation.» L’affaire Rappaz n’a que trois issues possibles: lui accorder la grâce «au nom de la raison et de l’humanisme», comme le demande Philippe Roch, ancien directeur de l’Office fédéral de l’environnement – solution la plus simple, la plus lâche mais aussi la plus lourde de conséquences.

Le nourrir de force comme le demande, quasi seul, Jean-Charles Rielle, médecin genevoise et conseiller national PS – un répit, certes, mais temporaire. Ou jouer au chat et à la souris, en espérant que la souris se lasse plus vite que le chat. Car la solution la plus courageuse politiquement est aussi la plus humainement intenable, et donc irréaliste: se taire. Faire silence, tous. Refuser le chantage. Que la bombe humaine qu’est devenue Rappaz se transforme en pétard mouillé.


Repères

1953 Naissance

1971 Commence à cultiver du chanvre

2001 Première grève de la faim

2006 Deuxième grève de la faim

2008 Condamné en appel à cinq ans et huit mois de réclusion

2009 Peine confirmée par le TF

20 mars 2010 Incarcération, grève de la faim

9 mai Retour chez lui

22 mai Reprise de la grève de la faim

10 juin Transféré à Genève

12 juillet Transfert à l’hôpital de l’Ile à Berne

21 juillet Détention à domicile provisoire

26 août Le TJ rejette son recours. Reprise de sa grève de la faim

16 octobre Hospitalisé à Sion

21 octobre Transféré à Genève

18 novembre Examen de son recours en grâce par le Grand Conseil valaisan




Tags: Bernard Rappaz, grève de la fin,

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Réaction de nowar
le 25.11.2010 à 14:13
Il ne s'agit pas de donner raison à quelqu'énergumène que...
 
Réaction de Scipion
le 25.11.2010 à 09:50
La seule issue acceptable est de laisser Bernard Rappaz mener...
 
Réaction de nowar
le 11.11.2010 à 08:03
Bernard Rappaz a tout à fait raison de lutter contre...
 



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